Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : dans un nouvel avis, le conseil scientifique précise comment et quand arrêter le passe sanitaire

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : dans un nouvel avis, le conseil scientifique précise comment et quand arrêter le passe sanitaire

Dans un texte rendu le 5 octobre au gouvernement, les experts présidés par Jean-François Delfraissy ont étudié deux dates pour la sortie potentielle : dans les deux à trois semaines ou entre le 15 novembre et la fin de l’année 2021.

Par Rémi Barroux

Publié le 08/10/2021

Alléger progressivement les mesures mises en place dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 car la situation semble s’apaiser. Tout en restant prudent, car nombre de paramètres peuvent encore conduire à une reprise de la circulation du virus. Tel est le message du conseil scientifique sur l’épidémie dans l’avis transmis au gouvernement, mardi 5 octobre, en réponse à la saisine qui lui a été faite le 23 septembre par le ministre des solidarités et de la santé sur la question « d’un allègement des mesures visant à limiter la circulation du virus, notamment en ce qui concerne le champ des activités et lieux soumis au passe sanitaire ».

Alléger donc, mais pas n’importe comment et pas n’importe quand. Dans leur avis, les scientifiques proposent plusieurs scénarios pour accompagner cette « situation apaisée ». Dans un premier scénario, « une sortie rapide voire immédiate » du passe sanitaire, le conseil envisage son arrêt ou sa limitation dans les deux ou trois prochaines semaines, à condition que la circulation virale reste basse et en diminution constante. Cet arrêt pourrait être global ou limité à certains lieux où les risques de contamination semblent faibles, « restaurants en extérieur, lieux culturels à l’exception des concerts, centres commerciaux, trains… ».

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En faveur de cette mesure, le conseil scientifique pointe plusieurs arguments, tels « l’efficacité limitée du passe sanitaire comme mesure de protection » – l’instance avait déjà dit, lors de sa mise en place, que ce passe ne pouvait être à lui seul le garant d’une absence de contamination, qu’il pouvait même induire chez les gens l’illusion d’être complètement protégés, et que son utilisation devait être limitée dans le temps. Ce scénario permet aussi de répondre à un « certain nombre d’interrogations sociétales/démocratiques ». Enfin, insiste le conseil, il faut communiquer sur l’évolution possible de cette stratégie de réouverture. « La notion d’un possible retour en arrière serait annoncée d’emblée et associée à une dégradation significative, peu probable à court terme. »

Conditions sécurisées
Dans le deuxième scénario, l’échéance est différée, « pour préparer une sortie du passe sanitaire dans des conditions sécurisées », et envisagée entre le 15 novembre et la fin de l’année 2021. Ce délai permettrait de consolider la baisse observée de l’incidence, de « vérifier l’absence d’effet de la rentrée scolaire, universitaire et professionnelle, et du retour de conditions climatiques [baisse des températures] favorables à la circulation du virus ».

Autre avantage, la date plus tardive permettrait de favoriser le rappel avec une troisième dose de vaccin pour les personnes éligibles – 35 % de ces personnes seraient actuellement vaccinées. Le conseil scientifique rappelle qu’un grand nombre de personnes à risque, notamment chez les plus de 75 ans, restent non vaccinées, « plus que dans d’autres pays ». Ce qui reste pour lui un « point de fragilité ». Ce délai permettrait aussi de vérifier que la baisse de la protection des vaccins contre l’infection en fonction du temps, soit moins 50 % après six mois, se stabilise. L’exemple du Danemark qui a mis fin à son passe sanitaire le 10 septembre pourrait aussi être étudié.

Quel que soit le scénario retenu, le conseil suggère d’écarter des déclinaisons départementales ou régionales de levée du passe sanitaire, qui seraient faites en fonction d’indicateurs épidémiologiques. Si cette déclinaison territoriale paraît « logique », elle est peu justifiée « par les variations interrégionales observées » et elle pourrait « rapidement devenir complexe et peu lisible pour la population ».

In fine, si le passe sanitaire disparaissait, en totalité ou en partie, de la vie quotidienne des Français – la situation en Guyane restant préoccupante –, il faudrait observer un maintien strict des gestes barrière. « La situation est meilleure que prévue, mais on ne doit pas tout laisser tomber. On avait une inquiétude liée au retour des vacances, à la réouverture des écoles, à la baisse de la température… Mais on a mieux contrôlé l’épidémie, grâce à la politique de vaccination, notamment chez les jeunes, à la mise en place du passe sanitaire, probablement aussi grâce à une prise de conscience collective. Mais il faut rester prudent, maintenir les gestes barrière », affirme Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat, à Paris, et directeur de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes. Alors que la situation, depuis septembre, se dégrade, avec un port du masque « moins respecté dans les lieux ad hoc », sauf quand celui-ci est obligatoire. Et le lavage des mains avec le gel hydroalcoolique s’est nettement relâché, note le conseil scientifique.

Plusieurs données restent à surveiller. La saison automnale et hivernale, avec le refroidissement des températures, est propice à la circulation et à la transmission du virus. Selon les travaux de l’équipe Modélisation mathématique des maladies infectieuses de l’Institut Pasteur dirigée par Simon Cauchemez, une amplitude de 33 % a été constatée entre la période de juillet-août, quand les taux de transmission sont les plus bas et celle de décembre-janvier, où ils sont les plus hauts. Par ailleurs, « une épidémie de grippe concomitante à l’épidémie de Covid-19, ce qui n’est pas à écarter, pourrait augmenter la pression sur le système de santé ».

Enfin, la survenue d’un nouveau variant pourrait changer la donne. « Celui-ci pourrait être issu d’un sous-variant du variant Delta ou être un nouveau variant issu en particulier de pays ayant une couverture vaccinale insuffisante », écrivent les auteurs de l’avis.