Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : début de sixième vague ou ressac de la cinquième ? L’Institut Pasteur anticipe plusieurs scénarios

11 mars, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : début de sixième vague ou ressac de la cinquième ? L’Institut Pasteur anticipe plusieurs scénarios

Le taux d’incidence repart légèrement à la hausse en France. De nouvelles modélisations prévoient des rebonds épidémiques dont les pics resteraient bien inférieurs à celui de janvier.

Par Delphine Roucaute

Publié le 10/03/2022

Plateau montant ? Prémices de rebond épidémique ? Les qualificatifs manquent encore pour décrire la situation dans laquelle se trouve actuellement la France. Depuis une petite semaine, le taux d’incidence repart légèrement à la hausse, parallèlement au taux de positivité, ce qui indique une augmentation des contaminations de Covid-19. On comptait, mercredi 9 mars, 56 251 cas quotidiens en moyenne, soit une augmentation de 6 % par rapport à la semaine précédente.

France : où en est l’épidémie de Covid-19
57 077 cas et 145 morts en moyenne chaque jour pendant la semaine du vendredi 4 au jeudi 10 mars 2022.
79,6 % de la population complètement vaccinée (au 9 mars 2022, source JHU).
Tous les chiffres dans notre tableau de bord Covid-19

Si elle reste limitée au niveau national, cette tendance s’observe plus nettement dans les départements de la zone B, dont les familles sont revenues de vacances scolaires il y a presque trois semaines. Une dynamique déjà observée à de nombreuses reprises puisque, comme le rappelle Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes, « les vacances scolaires ont toujours joué un rôle de frein contribuant à ralentir l’épidémie, donc il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui ce frein se relâche ». Il faut ajouter à cela la présence du sous-variant BA.2, plus transmissible que la souche d’origine d’Omicron, qui ralentit la décrue de la cinquième vague, ainsi que le changement de comportement de la population française, lié notamment aux annonces sur la fin du passe vaccinal et de l’obligation du port du masque à partir du 14 mars.

Omicron sans Delta
Difficile de savoir dès maintenant si l’on assiste à un début de sixième vague ou au ressac de la cinquième, tant des scénarios divers sont sur la table. Dans une analyse publiée jeudi 10 mars, l’équipe de modélisations de l’Institut Pasteur anticipe différents scénarios pour le mois en cours en fonction des hypothèses sur l’augmentation des contacts sociaux. Deux scénarios extrêmes sont envisagés : l’un où la population française maintiendrait ses contacts au même niveau que fin février (+ 40 % d’augmentation entre janvier et mars), provoquant un plateau dans les contaminations ; l’autre, sans doute assez proche d’un schéma où la population ne ferait plus aucun effort dans le maintien des gestes barrières (+ 130 %), qui pourrait conduire jusqu’à un pic de 170 000 cas quotidiens. « Actuellement, le scénario à + 40 % ne peut être exclu, mais avec les annonces sur le port du masque, il serait étonnant qu’on n’observe pas au moins un léger rebond dans les contaminations », analyse Simon Cauchemez, qui dirige l’étude.

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« Ce qui est rassurant, c’est que dans tous ces scénarios, même le moins favorable, on reste à des pics de contaminations inférieurs à celui qu’on a vécu en janvier [plus de 366 000 cas quotidiens au 26 janvier] », ajoute le modélisateur. Par ailleurs, le mois de mars jouit d’un avantage notable par rapport à fin décembre, où la vague Omicron se combinait à la vague Delta : les contaminations actuelles sont essentiellement le fait d’Omicron, un variant du SARS-CoV-2 pour lequel le risque d’hospitalisation est moins élevé. « Notre modèle ne quantifie pas l’impact sur l’hôpital à anticiper en mars, mais il restera probablement absorbable », explique M. Cauchemez, optimiste quant à la charge qu’aura à porter le système hospitalier.

La France ne fait toutefois pas figure d’exception dans sa dynamique épidémique, loin de là. « Ce rebond est partagé par tous les pays d’Europe de l’Ouest », observe Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève). L’Hexagone partage cette sorte de plateau montant avec ses voisins italien, espagnol et belge, tandis que la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche observent une véritable reprise épidémique, même si le pic de leur dernière vague n’était pas aussi élevé que celui atteint en France. En tête, les Pays-Bas enregistrent cinq fois plus de cas quotidiens que la France, soit plus de 250 000 par jour. Pour l’épidémiologiste, une telle reprise européenne pourrait s’expliquer en partie par le rôle de la pollution atmosphérique, qui favorise la propagation du virus par l’abrasion des voies respiratoires.

Plus de 130 personnes meurent encore du Covid-19 chaque jour à l’hôpital en France

En Angleterre, où l’incidence atteint un niveau proche de celui de la France (546 cas pour 100 000 habitants en une semaine), les hospitalisations sont déjà reparties à la hausse. Sur le territoire français, la tendance est encore à la baisse, mais le modèle de l’Institut Pasteur anticipant à court terme les besoins hospitaliers envisage « des plateaux pour les admissions à l’hôpital dans les jours qui viennent ». « On n’a jamais vu de vague de contaminations sans conséquences sur le système hospitalier », rappelle Antoine Flahault, ajoutant : « Il est possible que l’hôpital ne soit pas saturé mais qu’une mortalité élevée se maintienne ». Plus de 130 personnes meurent encore du Covid-19 chaque jour à l’hôpital en France.

Pour autant, étant donné la moindre sévérité d’Omicron, d’autant plus dans une population très majoritairement vaccinée (plus de 80 % des Français ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19), le sous-variant BA.2 ne devrait pas faire autant de dégâts que les variants précédents. « La bonne nouvelle, c’est qu’on est à des niveaux d’immunité assez élevés et qu’on arrive au printemps, une saison moins favorable aux transmissions du virus, avance Pascal Crépey. Même s’il y a un potentiel de nouvelle vague, elle sera probablement plus proche de ce qu’on a connu lors de la quatrième vague cet été. »

Améliorer la qualité de l’air en intérieur
Comment anticiper alors les semaines à venir ? « Si la fin de l’obligation du port du masque est considérée comme une obligation de ne plus le porter, on va avoir un problème, prévient l’épidémiologiste. Il faut que chacun adapte son comportement au risque individuel qu’il prend ; on identifie bien désormais les moments et les personnes les plus à risque. » Les immunodéprimés sévères, en première ligne, devront certainement continuer à porter un masque dans les lieux clos. Les personnes n’ayant pas contracté le variant Omicron en janvier-février seront également plus susceptibles d’être infectées et de tomber plus ou moins malades selon leur statut vaccinal, surtout dans les lieux clos sans ventilation.

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Pour M. Flahault, l’amélioration de la qualité de l’air dans les espaces clos, où ont lieu l’écrasante majorité des contaminations, reste un enjeu majeur pour les mois à venir. « Si l’on veut sortir de cette épidémie, la première chose à faire est de rendre à l’intérieur la qualité microbiologique de l’extérieur », avance-t-il, regrettant que les autorités sanitaires ne semblent pas vouloir prendre ce chemin. Que cela soit dans l’éventualité d’une nouvelle vague en mars ou à l’automne, la qualité de l’air intérieur doit devenir une priorité de santé publique.