Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : des scénarios actualisés de l’Institut Pasteur précisent l’ampleur possible du pic à l’hôpital

14 janvier, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : des scénarios actualisés de l’Institut Pasteur précisent l’ampleur possible du pic à l’hôpital

Jusqu’à 5 200 personnes par jour pourraient être hospitalisées si la trajectoire actuelle ne s’infléchit pas, estiment les modélisateurs. Les hôpitaux comptaient mercredi près de 24 000 patients atteints de la maladie.

Par Chloé Hecketsweiler

Publié le 13/01/2022

Un mois et demi après sa détection en Afrique du Sud, le variant Omicron représente déjà près de 90 % des nouveaux cas de Covid-19 en France. « Beaucoup plus contagieux, bien moins dangereux », son impact apparaît cependant difficile à anticiper, d’autant que le variant Delta continue de circuler à un niveau élevé. Parmi les quelque 400 000 personnes infectées chaque jour, combien devront être hospitalisées ? Combien de lits faut-il prévoir en hospitalisation conventionnelle et en réanimation selon le profil des malades ? Dans quelle mesure peut-on tirer des conclusions de ce qui se passe dans d’autres pays ? C’est à toutes ces questions que les modélisateurs de l’Institut Pasteur tentent de répondre dans une analyse mise en ligne mercredi 12 janvier, afin de préciser les scénarios élaborés fin décembre 2021 à partir des premières données disponibles.

Pour cela, les chercheurs ont comparé leurs courbes à celles tracées par le virus au cours des quinze derniers jours, afin d’écarter tous les scénarios qui s’en éloignaient pour ne garder que les plus « probables ». Selon les hypothèses les plus vraisemblables maintenant – un virus à la fois 80 % plus transmissible et 80 % moins sévère –, jusqu’à 5 200 personnes par jour pourraient être hospitalisées au pic de l’épidémie si la trajectoire actuelle ne s’infléchit pas. S’il apparaît qu’au retour des vacances les Français ont réduit de 10 % leurs contacts, le pic pourrait être réduit à 3 600 – soit le niveau atteint lors du premier pic de 2020 –, voire 2 500, si cette réduction est de 20 %.

« L’impact des mesures de contrôle – dont le télétravail – et des changements de comportements est très incertain. Ces chiffres sont des ordres de grandeur », précise Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique. « Un petit effort de chacun peut avoir un impact important et soulager l’hôpital. Il ne faut pas l’oublier », insiste-t-il.

Jusqu’à 6 000 personnes en soins critiques
En hospitalisation conventionnelle, le nombre de patients à prendre en charge simultanément pourrait s’élever à 32 000, 23 000 et 17 000 selon que les contacts sont réduits de 0 %, 10 % ou 20 % . En réanimation, en tenant compte d’une probabilité d’admission bien plus faible avec Omicron que Delta, les malades pourraient occuper 6 000, 4 700 ou 3 900 lits respectivement. Des scénarios plus optimistes ou plus pessimistes sont aussi envisagés. Par exemple si les patients, moins gravement atteints, passent moins de temps à l’hôpital ou si la campagne de rappel avance moins vite que prévu – 800 000 injections de rappel dans le modèle contre moins 600 000 en réalité. « Dans tous les scénarios, le pic des admissions à l’hôpital est attendu dans la deuxième moitié de janvier, avec un impact maximal sur l’occupation des lits fin janvier-courant février. Le pic des infections est attendu mi-janvier », précisent les modélisateurs.

Ces chiffres ont de quoi donner des sueurs froides aux soignants, épuisés par deux ans de crise. Avant même que les premiers patients Omicron ne soient admis, un grand nombre d’hôpitaux avaient déjà dû se résoudre à déprogrammer toutes les interventions chirurgicales non urgentes afin d’« armer » de nouveaux lits de réanimation. « Pousser davantage les murs » paraît difficile, compte tenu des difficultés de recrutement et des absences liées au Covid-19. « L’hôpital n’est pas dans le même état qu’au moment de la première vague, il faut en tenir compte », avertit Simon Cauchemez.

Selon les chiffres publiés mercredi soir par Santé publique France, la pression due à la cinquième vague de Covid-19 s’accentue encore sur l’hôpital, qui compte près de 24 000 patients atteints par cette maladie, dont près de 4 000 en soins critiques. En vingt-quatre heures, 249 personnes ont été emportées par la maladie, portant le nombre total de décès à un peu plus de 126 000 depuis le début de l’épidémie. Côté vaccination, un peu plus de 53 millions de personnes ont reçu au moins une injection (près de 80 % de la population totale) et plus de 52 millions sont complètement vaccinées (77 % de la population). Parallèlement, un peu plus de 29 millions de personnes ont reçu une dose de rappel.

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« Cela ne va sans doute pas s’arrêter avec cette vague »
Les modélisateurs n’ont pas encore esquissé de scénario pour la suite, mais « cela ne va sans doute pas s’arrêter avec cette vague, estime Simon Cauchemez. Lorsque les mesures de contrôle seront relâchées et que l’immunité baissera, il est possible que la circulation du virus reparte progressivement à la hausse, mais on peut espérer que cette circulation ait un impact de moins en moins important sur la santé des Français ». Plus de la moitié des Européens pourraient être touchés par le variant Omicron d’ici à deux mois au vu du « raz de marée » actuel, selon le bureau Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le variant Omicron, qui se propage à un rythme que le monde n’a pas connu depuis le début de la pandémie de Covid-19, « reste un virus dangereux », même s’il provoque des symptômes moins sévères, a ainsi mis en garde le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, mercredi 12 janvier, lors d’une conférence de presse : « Plus de transmissions, cela veut dire plus d’hospitalisations, plus de morts, plus de gens qui ne peuvent pas travailler, y compris des enseignants et des personnels de santé, et plus de risques qu’un autre variant émerge. »

« Ce n’est pas le moment d’abandonner, ce n’est pas le moment de baisser la garde, ce n’est pas le moment de dire que c’est un virus qui est le bienvenu, aucun virus n’est le bienvenu », a lancé pour sa part Michael Ryan, le responsable des situations d’urgence à l’OMS, alors que certains espèrent qu’en raison de son extraordinaire taux de transmission, Omicron remplace les variants plus dangereux et permette de transformer la pandémie en une maladie endémique plus facilement gérable.

Chloé Hecketsweiler