Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : la nouvelle vague épidémique met sous pression un système hospitalier déjà fragilisé

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : la nouvelle vague épidémique met sous pression un système hospitalier déjà fragilisé

Plus des trois quarts des patients admis en réanimation depuis la rentrée ne sont pas vaccinés. Les réactivations des plans blancs se multiplient.

Par Delphine Roucaute et Camille Stromboni

Publié le 04/12/2021
La cinquième vague de Covid-19 continue sa progression en France. Si la hausse du taux d’incidence s’observe depuis plus d’un mois, le rythme s’est accéléré ces deux dernières semaines. Le temps de doublement des cas est désormais de dix jours et on détecte plus de 30 000 nouveaux cas quotidiens en moyenne. Si toutes les classes d’âge sont atteintes, la progression la plus forte s’observe chez les moins de 9 ans (+ 80 %), tandis que les 30-39 ans continuent d’être la tranche d’âge où le virus circule le plus, avec une incidence de 467 cas pour 100 000 habitants.

Les répercussions sur l’hôpital sont nettes : vendredi 3 décembre, 11 103 patients atteints de Covid-19 étaient hospitalisés (soit une augmentation de 19 % par rapport à la semaine précédente), dont 2 058 en services de soins critiques (+ 26 %). « On est bien dans une situation préoccupante. Dans dix régions sur treize, le nombre d’admissions hebdomadaires à l’hôpital est déjà supérieur au pic de la quatrième vague », a souligné Patrick Rolland, épidémiologiste à Santé publique France, lors d’un point presse vendredi. Les décès à l’hôpital et en Ehpad sont aussi en augmentation de 38 % par rapport à la semaine passée.

« Cela réveille les mauvais souvenirs »
« Le nombre de patients [atteints du] Covid-19 est reparti à la hausse, sans qu’il y ait à ce jour de saturation des hôpitaux, décrit François-René Pruvot, à la tête de la conférence des présidents de commissions médicales d’établissement des centres hospitaliers universitaires (CME-CHU). Cela réveille les mauvais souvenirs, alors qu’on se trouvait déjà dans une situation préoccupante à l’hôpital, il y a une grande lassitude. » Depuis septembre et la sortie de la quatrième vague épidémique, les établissements sont loin d’avoir pu reprendre une activité normale, touchés par une pénurie d’infirmiers, notamment due aux départs et aux difficultés de recrutement, mais aussi de médecins, en premier lieu dans les services d’urgences, engendrant des fermetures les nuits et les week-ends.

Signe de la tension qui monte, les réactivations de plans blancs se multiplient, pour se réorganiser en temps de crise, rappeler des soignants sur leurs congés ou encore enclencher des déprogrammations de l’activité non Covid-19. A Rennes, Grenoble, Strasbourg, Lille, Angers, Colmar, Mulhouse, Annecy, au Mans… « Cela n’est pas dû seulement au Covid-19, mais aussi au manque de personnels et à l’absentéisme », décrit François-René Pruvot.

« On voit que le privé ne suit pas. Pour l’instant, c’est l’hôpital public qui paie seul le prix du Covid-19. » Jean-Luc Jouve, président de la CME de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille

« Certes, on n’est pas débordé aujourd’hui, mais il en faut bien moins qu’avant pour nous déstabiliser, pointe Thierry Godeau, à la tête des présidents de CME des centres hospitaliers. L’hôpital est de plus en plus fragile, vague après vague. On manque de personnels, on a des lits fermés, on va être plus rapidement saturé et en difficulté… C’est comme un boxeur qui prend des coups et dont on craint que le prochain, ce soit le KO. »

A Paris, cela fait une semaine qu’on voit remonter les hospitalisations. Bien loin encore des chiffres des dernières vagues, mais avec près d’un millier de postes d’infirmiers restés vacants, et 15 % à 20 % des lits fermés à l’AP-HP, selon Rémi Salomon, président de la commission d’établissement, « on n’a jamais vu un tel niveau d’inquiétude ». Le médecin évoque la crainte des soignants de ne pas être assez nombreux pour cette nouvelle vague et « d’être dans l’incapacité de soigner comme on devrait ».

A Marseille déjà, on repousse tout ce qui peut l’être. « On maîtrise à peu près le Covid-19, mais moyennant des déprogrammations très significatives, prévient Jean-Luc Jouve, président de la CME de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). On est dans l’impossibilité d’opérer tout ce qui ne relève pas de l’urgence, on ne programme plus avant février-mars. » Avec une déception pour le médecin : « On voit que le privé ne suit pas. Pour l’instant, c’est l’hôpital public qui paie seul le prix du Covid-19. »

« Dans le brouillard »
Difficile aussi d’y voir clair sur l’ampleur de l’épidémie actuelle. « Comme les tests de dépistage ne sont pas remboursés pour les personnes non vaccinées, on est un peu dans le brouillard », pointe Clarisse Audigier-Valette, du centre hospitalier de Toulon, dans un département qui fait partie des territoires où l’incidence est repartie le plus fortement. « Le nombre de malades remonte franchement à l’hôpital, essentiellement avec des patients non vaccinés, précise la médecin. On est lassés de voir des patients non vaccinés alors qu’ils auraient pu l’être. »

76,2 % des personnes admises en réanimation entre le 1er septembre et le 25 novembre n’étaient pas vaccinées

Selon les données de Santé publique France, 76,2 % des personnes admises en réanimation entre le 1er septembre et le 25 novembre n’étaient pas vaccinées, alors que cette population ne représente que 28,4 % des Français. « Alors que moins de 10 % des personnes de 65 ans et plus n’étaient pas encore vaccinées ou l’étaient incomplètement au 25 novembre, elles représentaient 49,5 % des 507 cas de ce groupe d’âge admis en réanimation », peut-on lire également dans le bulletin épidémiologique publié jeudi.

Alors que la campagne de rappel vaccinal avance à marche forcée, les plus de 65 ans ayant reçu une dose de rappel comptaient au 25 novembre pour seulement 1,4 % des réanimations, sachant que 40,7 % de cette population a eu accès à cette injection supplémentaire. Cette donnée tendrait à confirmer la protection très forte conférée par une dose supplémentaire d’ARN messager, notamment contre les formes graves de la maladie.

La plus grande inconnue des prochains mois réside dans le variant Omicron, pour lequel douze cas ont été détectés en France, dont au moins deux à La Réunion et au moins trois en Ile-de-France. Toutes les personnes concernées avaient des antécédents de voyage en Afrique australe. Ce variant « circule probablement depuis plusieurs semaines », a affirmé le ministre de la santé, Olivier Véran, vendredi sur France Info. Mais il est trop tôt pour savoir s’il est plus transmissible que le variant Delta ou s’il échappe à l’immunité conférée par l’infection ou par le vaccin. En attendant, la France a augmenté sa capacité de séquençage : plus de 10 900 séquençages ont été faits cette semaine afin de déterminer s’il s’agit du variant Omicron ou d’autres variants.

C’est toutefois Delta qui reste aujourd’hui ultramajoritaire sur le territoire, dans 96,8 % des prélèvements positifs criblés. « On parle beaucoup d’Omicron, mais on est dans une hausse épidémique liée à Delta », rappelle Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat (AP-HP). Le membre du conseil scientifique appelle ainsi à respecter les gestes barrières, ventiler les lieux clos, recourir au télétravail et se faire injecter une dose de vaccin supplémentaire pour booster sa protection en anticorps contre le SARS-CoV-2. Un conseil de défense sanitaire doit se tenir lundi afin de « voir s’il y a lieu de prendre des mesures complémentaires », a précisé jeudi le premier ministre, Jean Castex.

Delphine Roucaute et Camille Strombon