Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : la polémique sur l’origine du virus s’amplifie

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : la polémique sur l’origine du virus s’amplifie

Selon un rapport confidentiel, les autorités régionales chinoises ont passé sous silence le fait qu’en décembre 2019 plusieurs villes de la province du Hubei, dont sa capitale, Wuhan, enregistraient un nombre de grippes jusqu’à vingt fois supérieur à celui de l’année précédente.

Par Frédéric Lemaître(Pékin, correspondant)

Publié le 02/12/2020

Un an environ après son apparition, la polémique rebondit sur l’origine du Covid-19, sa transmission et sa gestion par les autorités chinoises. Un sujet scientifique devenu extrêmement politique. Mardi 1er décembre, la chaîne américaine CNN mais aussi le Wall Steet Journal ont fait de nouvelles révélations. La date ne doit peut-être rien au hasard : c’est, officiellement, le 1er décembre 2019 qu’un premier malade a été repéré à Wuhan, la capitale de la province chinoise du Hubei, présentant les symptômes d’une nouvelle maladie respiratoire.

Selon un rapport confidentiel de 117 pages rédigé par le centre de contrôle et de prévention du Hubei et transmis à la chaîne CNN par un lanceur d’alerte, les autorités régionales ont passé sous silence le fait qu’en décembre 2019 plusieurs villes de la province, dont Wuhan, enregistraient un nombre de grippes jusqu’à vingt fois supérieur à celui de l’année précédente. Elles auraient donc manqué de vigilance ou de professionnalisme et n’auraient pas fait le lien avec ce premier cas.

Officiellement, selon le Livre blanc publié par la Chine le 7 juin, c’est le 30 décembre 2019 que les autorités de Wuhan révèlent l’existence de plusieurs cas de pneumonie inconnue. Elles ne font pas état d’une transmission entre humains, un scénario qui, pourtant, inquiète déjà plusieurs médecins des hôpitaux de Wuhan.

Tâtonnements
Selon le rapport révélé par CNN, les autorités chinoises auraient également eu tendance à sous-estimer le nombre de personnes malades. Ainsi, le 10 février, elles signalaient 2 478 nouveaux cas confirmés. En fait, le même jour, les autorités du Hubei en signalaient 5 918 – en cumulant les cas confirmés, les cas « diagnostiqués cliniquement » et les « cas suspects ». Au même moment, le président Xi Jinping, inhabituellement absent des médias les jours précédents, tient une visioconférence avec le personnel hospitalier de Wuhan.

Présentées comme fracassantes, les révélations de CNN montrent surtout que les autorités chinoises semblent avoir tâtonné tout au long du mois de décembre 2019. Puis, dans un second temps, ont établi un comptage des cas, selon une estimation minimum. Incidemment, la publication d’un document classé confidentiel montre qu’il y a encore des personnes au sein du système de santé du Hubei qui ne se satisfont pas de la vérité officielle et prennent le risque de diffuser des informations à l’extérieur.

De leur côté, les autorités chinoises ne cessent depuis des mois de prétendre que le virus vient « probablement » de l’étranger. Le 12 mars, Zhao Lijian, un des porte-parole du ministère des affaires étrangères, avait même accusé les Etats-Unis. « Quand le patient zéro est-il apparu aux Etats-Unis ? Combien de personnes sont infectées ? Quels sont les noms des hôpitaux ? C’est peut-être l’armée américaine qui a apporté le virus à Wuhan. Soyez transparents ! Rendez publiques vos données ! Les Etats-Unis nous doivent une explication », écrivait-il sur Twitter.

Certes, en parallèle, les autorités chinoises affirmaient que c’était aux scientifiques de déterminer l’origine du virus, mais le mal était fait. De nombreux Chinois sont encore convaincus que ce sont les soldats américains qui ont introduit le virus à Wuhan lors des Jeux olympiques militaires qui s’y sont déroulés en octobre 2019. Ceux-ci avaient accueilli 9 300 athlètes du monde entier, dont 172 Nord-Américains. Furieux de ces allégations, le président Donald Trump ne cessera de qualifier le Covid-19 de « virus chinois » à partir du 16 mars.

Les produits importés visés
Depuis l’apparition de nouveaux cas liés à un marché de Pékin en juin, la Chine affirme que plusieurs dizaines sont inhérentes à la chaîne du froid de produits importés, une hypothèse qui semble laisser sceptiques de nombreux experts. Les ports de Tianjin, de Qingdao, de Dalian et de Shanghaï ont été touchés. Un phénomène en forte progression en novembre, selon le quotidien Global Times. Saumon norvégien, crevettes d’Equateur, bœuf brésilien, poulets argentins, poissons d’Indonésie, calamars de Russie ou porc américain ont été successivement pointés du doigt par les autorités et les médias ces dernières semaines.

Parfois des « traces » du virus auraient été détectées sur les produits eux-mêmes, parfois sur leurs emballages. A Shanghaï, ce serait des employés travaillant à l’aéroport de Pudong pour les sociétés américaines de fret UPS et Fedex qui seraient à l’origine des nouveaux cas apparus récemment. Désormais, les autorités recommandent aux consommateurs de désinfecter les produits surgelés venant de l’étranger. Un message sanitaire lui aussi à forte connotation politique. « Selon toutes les preuves disponibles, le coronavirus ne vient pas de la ville de Wuhan », affirmait le 26 novembre Le Quotidien du peuple.

La Chine met également en avant des études indiquant que des cas de Covid-19 seraient apparus dans le reste du monde avant décembre 2019. « Une étude de l’Institut national du cancer de Milan a trouvé le nouveau coronavirus dans des échantillons de sang collectés en octobre 2019 et des recherches menées par l’université de Barcelone ont montré la présence du virus dans des échantillons d’eaux usées dans la ville en mars 2019. Lundi, le Wall Street Journal a aussi cité une étude du gouvernement [des Etats-Unis] qui dit que le Covid-19 était probablement présent aux Etats-Unis mi-décembre, environ un mois avant que le pays ne fasse état de son premier cas et des semaines avant que la Chine signale son premier cas », écrit le Global Times le 1er décembre.

L’OMS attend toujours de pouvoir aller enquêter en Chine
De fait, le Wall Street Journal révèle que, sur 7 389 échantillons de sang collectés par la Croix-Rouge dans neuf Etats des Etats-Unis entre le 13 décembre 2019 et le 17 janvier 2020, 106 étaient infectés par le SARS-CoV-2. « Le virus s’est propagé dans le monde bien avant que les autorités sanitaires et les chercheurs en soient conscients », note le Wall Street Journal. Pékin y voit la confirmation de ses thèses. « Le Covid-19 était présent dans des pays comme les Etats-Unis, l’Italie et la France bien avant qu’on ne le pensait », écrit le China Daily le 2 décembre. Le « virus pourrait avoir circulé en Italie à partir de septembre 2019 », précise le journal.

Une chose est certaine. La Chine, malgré ses affirmations, n’est aucunement désireuse de voir des chercheurs internationaux enquêter dans le pays sur l’origine du virus. Une équipe de l’Organisation mondiale de la santé est prête à s’y rendre, mais elle « attend » depuis des mois le feu vert des autorités. Pour avoir osé réclamer une commission d’enquête internationale sur le sujet, en avril 2019, l’Australie fait d’ailleurs l’objet de sévères sanctions économiques et d’une véritable campagne de dénigrement de la part de Pékin.