Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Monde.fr : Covid-19 : la reprise du nombre de cas positifs dans les Ehpad, un « signal préoccupant »

il y a 2 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : la reprise du nombre de cas positifs dans les Ehpad, un « signal préoccupant »

Plusieurs Ehpad ont été reconfinés après la découverte de nouveaux clusters. Mais ils s’estiment désormais armés pour affronter une éventuelle deuxième vague.

Par Stéphane Mandard

Publié le 30/07/2020

« Un signal préoccupant qui doit être suivi avec la plus grande attention. » C’est en ces termes inquiets que l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF) qualifie la tendance à l’augmentation du nombre de cas positifs au Covid-19 chez les personnes de plus de 75 ans et des signalements dans les établissements accueillant des personnes âgées.

« Ces résultats invitent à la plus grande vigilance puisque c’est dans cette population [qu’est recensé] le plus grand nombre de décès dus au SARS-CoV-2 », commente SpF dans son dernier bilan épidémiologique, publié jeudi 23 juillet.

Les maisons de retraite, et en particulier les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ont déjà payé un très lourd tribut, avec près de la moitié des plus de 30 000 décès enregistrés en France depuis le début de l’épidémie.

Effets déconfinement et vacances combinés, la reprise de la transmission du virus concernait jusqu’ici surtout les plus jeunes. Chez les personnes de plus de 75 ans, l’incidence avait diminué de façon continue après le pic épidémique.

Elle augmente de nouveau (+ 24 %) depuis la semaine du 13 juillet. Une tendance qui s’observe aussi dans les maisons de retraite où le nombre de signalements est revenu au niveau observé à la mi-mai, après la levée du confinement, et qui progresse depuis trois semaines : 62, 98, puis 105 cas.

Vingt cas positifs dans un établissement à Bordeaux
Entre le 6 et le 19 juillet, cinquante-neuf établissements accueillant des personnes âgées (0,6 % d’entre eux) ont déclaré au moins un nouveau cas confirmé de Covid-19 parmi les résidents, mais aussi les personnels. Ces signalements s’observent dans des régions épargnées jusqu’ici.

En Bretagne, trois nouveaux Ehpad ont déclaré au moins un cas positif entre le 24 et le 28 juillet. Cinq clusters sont en cours d’investigation, dont deux dans le Finistère. Aussi, la préfecture vient de restreindre les conditions d’accès à ces établissements : interdiction pour les enfants de moins de 6 ans, visites limitées à deux personnes et port du masque obligatoire. A Ploudalmézeau, le directeur de la maison de retraite est allé plus loin : il a fermé l’établissement au public jusqu’au 3 août. « Face à la hausse du nombre de cas dans notre région et à la difficulté d’imposer le port du masque aux familles lorsqu’elles viennent voir leurs proches, cela permet de protéger nos résidents sans les confiner et sans renoncer aux activités », explique David Guével. Aucun cas n’est à déplorer parmi les 160 résidents ni le personnel, se félicite le directeur.

Ce n’est pas le cas de l’Ehpad La Riviera à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, où quarante résidents sur 109 sont décédés au printemps, et où le spectre d’une nouvelle hécatombe a ressurgi. L’établissement, propriété du groupe Korian, leader européen du secteur, est de nouveau confiné depuis le 25 juillet : interdiction de visite, suspension des repas en commun.

Une résidente, déjà malade en mars, a été testée positive lors d’un séjour à l’hôpital de Cannes, sans que l’on sache s’il s’agissait d’une nouvelle infection ou de traces de la première. L’ensemble des résidents et le personnel ont été dépistés ; tous les résultats sont négatifs. « Nous attendons désormais le feu vert de l’agence régionale de santé [ARS] pour lever le confinement », assure Korian au Monde. Le groupe, dont plus de 600 des 23 000 résidents ont été victimes du SARS-CoV-2, fait l’objet de nombreuses plaintes de familles.

« Rien à voir avec la situation de mars-avril »
Selon nos informations, un autre établissement du groupe Korian est actuellement reconfiné : la Villa Louisa, à Bordeaux. Vingt personnes (quatorze résidents et six soignants) ont été testées positives. Une cinquantaine de pensionnaires sont confinés jusqu’au 7 août, date de fin de la quatorzaine. Tous ont fait l’objet d’un dépistage après la découverte d’un important cluster dans le quartier des Chartrons, où est installée la résidence. « Il y a eu zéro décès et aucune hospitalisation, rassure-t-on chez Korian. Cela montre que les mesures de prévention et de dépistage systématique sont efficaces. »

En Nouvelle-Aquitaine, une autre maison de retraite sort tout juste du reconfinement, l’Ehpad Henri-Frugier, à La Coquille, en Dordogne. Neuf résidents avaient été testés positifs vendredi 10 juillet. Il s’agissait, comme à Mougins, d’une « récidive », selon les termes de l’ARS. Deux résidents y étaient décédés en avril. L’agence a appliqué le même protocole d’intervention que pour la Villa Louisa : dépistage pour l’ensemble des résidents (91) et du personnel (56), et isolement des personnes positives dans une « zone Covid » de l’établissement.

« On essaie d’être inquiet au moindre frémissement défavorable, mais avec un cluster sur 898 établissements, nous n’avons pas de raison de nous alarmer », commente Michel Laforcade, le directeur général de l’ARS de Nouvelle-Aquitaine.

Même constat en Ile-de-France où sur les 700 Ehpad de la région, « le virus est actif dans douze établissements », selon l’ARS. « On n’identifie pas de hausse significative de cas chez les personnes âgées et il y a très peu d’entrées en réanimation, indique son responsable Aurélien Rousseau. Notre première préoccupation reste les jeunes qui se contaminent à travers une sociabilité qui a repris ses droits, mais il faut évidemment continuer à protéger les personnes âgées car la transmission se fera à un moment donné par les jeunes. »

« Un sentiment de fatigue et un fort mécontentement »
Directrice générale du Synerpa, premier syndicat national des maisons de retraites privées, Florence Arnaiz-Maumé refuse également de tomber dans le discours alarmiste. « La situation actuelle n’a rien à voir avec celle de mars-avril où le virus avait fait des ravages dans nos établissements. Tout le monde reste en alerte mais il n’y a pas d’inquiétude particulière, à ce stade, quant à une reprise épidémique. »

Mme Arnaiz-Maumé relève que les cas qui lui sont signalés sont « très faiblement symptomatiques » et que le nombre de décès (moins de dix par semaine) est lui aussi « très faible ». Surtout, elle estime que les Ehpad sont désormais armés pour faire face à une éventuelle deuxième vague : « On teste de façon systématique dès le moindre symptôme, on confine ou on isole les personnes positives, et on a désormais les masques FFP2 qui faisaient défaut au plus fort de la crise. »

Malika Belarbi est moins optimiste. Aide-soignante dans un établissement des Hauts-de-Seine (« où le coronavirus a fait un massacre »), elle anime le collectif national Ehpad de la CGT. « On est certes mieux organisé mais s’il y a une deuxième vague, il y aura moins de héros ou d’héroïnes parmi les soignants, avertit la syndicaliste. Il y a un sentiment de fatigue et un fort mécontentement qui remonte du terrain. » Mme Belarki évoque des cas de personnels qui attendent toujours leurs primes et la multiplication des entretiens disciplinaires. Ainsi de cette aide-soignante « convoquée pour ne pas avoir respecté les règles de distanciation parce qu’elle avait pris un café avec une collègue à 7 heures du matin après une nuit de garde alors qu’on l’a essorée, comme les autres, pendant la crise ! »