Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : redoutant une quatrième vague cet été, le conseil scientifique appelle à la prudence de tous et met en garde l’exécutif

9 mai, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : redoutant une quatrième vague cet été, le conseil scientifique appelle à la prudence de tous et met en garde l’exécutif

Le 08/05/2021

A quelques jours de la réouverture des activités et de la levée progressive des mesures de freinage, c’est bien plus qu’un avis que le conseil scientifique a transmis aux autorités le 6 mai à 18 heures, mais un avertissement, une véritable mise en garde. Il en appelle autant à la responsabilité de l’exécutif qu’à celle de chacun d’entre nous.

L’instance insiste fortement sur l’importance d’une « réouverture prudente, maîtrisée ». Deux termes qui reviennent à de nombreuses reprises dans ce document de 36 pages ayant pour titre : « Printemps 2021 : pour une réouverture prudente et maîtrisée avec des objectifs sanitaires ».

Le conseil scientifique se serait autosaisi pour rédiger cet avis, contrairement à d’autres qui, eux, répondaient à une demande de l’exécutif.

Les spécialistes évoquent d’emblée le contexte « difficile » dans lequel interviennent les mesures d’allègement annoncées le 30 avril. En effet, si l’accélération du déploiement de la vaccination apparaît comme « une grande partie de la solution au cours des prochains mois », l’instance souligne le « décalage » entre les conditions d’ouverture envisagées et le taux insuffisant de la couverture vaccinale de la population – une situation pouvant exposer la population à la diffusion de variants. Le conseil scientifique rappelle que nous sommes à un « moment critique de fragilité ». En effet, explique-t-il, même si une immunité post-infectieuse s’est développée dans une fraction de la population déjà exposée au virus, cette dernière est néanmoins à un niveau insuffisant pour induire une immunité collective. Faute d’une couverture vaccinale protectrice, le virus est ainsi soumis à une pression immunitaire qui favorise la sélection de souches virales potentiellement porteuses de mutations d’échappement immunitaire, et donc susceptibles d’entretenir la circulation du virus dans la population non vaccinée.

Pour ces raisons, sur le plan proprement sanitaire, le conseil scientifique s’interroge sur « la temporalité du processus d’ouverture ». En d’autres termes, il estime que le moment n’est pas forcément le plus approprié pour autoriser la reprise des activités au regard d’un contexte épidémique qui demeure difficile. Et de souligner que, au Royaume-Uni, « malgré un rythme de vaccination soutenu, l’assouplissement des mesures de restriction s’effectue selon un plan de sortie du confinement prudent », et que « celui-ci se veut guidé par les données épidémiologiques, et non par un calendrier ». De même, le conseil scientifique fait remarquer que l’Irlande et le Portugal assouplissent très progressivement les mesures sanitaires afin d’éviter une reprise épidémique, et ce alors que la vaccination connaît dans ces pays un rythme de progression comparable à celui de la France.

Le « danger indiscutable » des nouveaux variants

L’instance considère que l’émergence de variants, en particulier ceux renfermant une mutation d’échappement immunitaire, telle la mutation E484K/Q, constitue « un danger indiscutable ». En effet, cette mutation en position 484 dans la protéine spike a été observée dans de nouveaux variants, dont l’émergence est, répétons-le, favorisée par un niveau élevé de diffusion du virus dans la population. Il apparaît donc que la détection de variants ayant acquis cette mutation constitue un marqueur important pour évaluer l’impact délétère de la pression immunitaire sur l’émergence de variants.

« Ces variants représentent un risque majeur pour la France à très court terme, risque qui s’accélère s’il est accepté un niveau de circulation non maîtrisé du virus, alors que la vaccination n’a pas atteint le niveau assurant une protection collective », résument les spécialistes. Ils soulignent que l’Ile-de-France, qui est la région dans laquelle le taux d’attaque est le plus élevé et l’incidence la plus forte, est également celle dans laquelle le pourcentage de virus présentant la mutation E484K est le plus important.

La course de vitesse entre vaccins et variants perdure

Dans un tel contexte épidémiologique national (et évolutif), et dans la mesure où la situation internationale est jugée sérieuse en raison de la circulation de variants préoccupants, le conseil scientifique considère que « la cinétique d’accélération de la campagne de vaccination est un élément majeur ». Il estime ainsi que, à court terme, la stratégie d’accélération du rythme de la vaccination doit concerner les adultes, et qu’il est essentiel de parvenir à réaliser 500 000 vaccinations par jour, y compris durant les week-ends de l’Ascension et de la Pentecôte.

L’instance estime que « la période difficile se situe entre début mai et fin juin, alors que se poursuivra la course de vitesse entre variants et vaccination, en particulier dans les régions où le virus continue à circuler à un niveau élevé ». Elle insiste sur le fait qu’il est « essentiel » de conserver les mesures de distanciation physique durant cette période. Mais pas seulement. Les spécialistes déclarent qu’il convient, dans le même temps, de dépister les personnes contagieuses asymptomatiques dans le cadre d’une stratégie Tester-tracer/Isoler.

Prendre conscience des enjeux soulevés par la réouverture

Selon le conseil scientifique, il importe que la population comprenne qu’elle a le pouvoir d’agir en maintenant les gestes et les mesures barrières. « Le relâchement des mesures de restriction ne doit pas être considéré comme un signal de relâchement général », insistent les spécialistes. Le maintien d’un relâchement contrôlé devrait également s’accompagner d’une adhésion de la population à un dépistage itératif par des tests salivaires et par des autotests antigéniques. Le conseil scientifique en profite pour faire remarquer que le Royaume-Uni autorise depuis le 9 avril ses citoyens à accéder gratuitement à deux autotests rapides par semaine.

Afin d’envisager plus sereinement le début de l’été, « nos concitoyens doivent avoir conscience des enjeux soulevés par la réouverture » et de l’importance de leur adhésion individuelle aux mesures de protection, martèle le conseil scientifique.

Contrôler les frontières

Sur le plan international, dans un contexte de reprise de l’épidémie en partie liée à de nouveaux variants, le conseil scientifique souligne la nécessité de mettre en place un contrôle strict des déplacements aériens en provenance des pays fortement touchés par des variants. Il recommande également de surveiller les vols entre l’Inde et la Réunion en raison de leurs liens particuliers.

Fixer des objectifs sanitaires

Au total, les spécialistes estiment que « la question fondamentale est celle du niveau auquel on souhaite voir l’incidence des cas se stabiliser, dans un contexte où l’élimination n’est pas envisagée à court terme », et où le choix de l’exécutif « s’intègre dans une vision stratégique de vivre avec le virus, y compris à un niveau élevé ».

Sans le formuler explicitement, le conseil scientifique critique le seuil de 400 cas pour 100 000 habitants, qui est celui fixé par Emmanuel Macron pour permettre une levée des restrictions. Il se borne à souligner que le point essentiel est que l’intensité des mesures de freinage pour se maintenir en plateau doit être identique, que ce plateau soit à 30 000, 10 000 ou 5 000 nouveaux cas par jour, ce qui correspond à des incidences de respectivement 300, 100 ou 50 pour 100 000 par semaine. Or, souligne le conseil scientifique, nos voisins européens visent des niveaux d’incidence bien moins élevés, allant progressivement de 100 à 50 pour 100 000 par semaine. En France, si l’on continuait sur la pente de décroissance actuelle (avec un taux de reproduction effectif de 0,78), il faudrait attendre respectivement le 25 mai et le 15 juin prochain.

Répondant par anticipation à ceux qui espèrent ou pensent que le virus pourrait beaucoup moins circuler en France pendant la période estivale, d’autant que l’on vit alors plus souvent en extérieur, l’instance rappelle que le SARS-CoV-2 a recommencé à circuler l’an dernier de façon active dès le début du mois de juillet, avec un taux de reproduction qui avait atteint 1,5 à la mi-août 2020. S’appuyant sur des données de modélisation, le Conseil scientifique estime qu’« un rebond important de l’épidémie est possible durant la période estivale si les mesures de contrôle sont relâchées trop rapidement, et cela même lorsque l’on considère un rythme important de vaccination ».

Les prochaines semaines restent incertaines et à risque de reprise épidémique

En conséquence, l’instance estime que les mois à venir seront plus faciles à gérer dans l’hypothèse où l’on parviendrait à vacciner 35 millions de personnes d’ici fin juin. Une première étape de franchie, mais qui ne serait cependant pas définitive, insistent les spécialistes. En revanche, « les mois qui viennent seront très incertains » si l’on ne parvenait pas à une incidence inférieure à 100/100 000 par semaine, préviennent-ils.

En cas de quatrième vague, alerte le conseil scientifique, l’épuisement des personnels de santé n’offrira plus les mêmes capacités de prise en charge, en soins critiques en particulier, surtout si cette vague intervenait pendant une canicule estivale.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn)