L’hôpital

Le Monde.fr : Crise de l’hôpital public : 1 200 médecins hospitaliers démissionnent de leur fonction d’encadrement

il y a 2 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Crise de l’hôpital public : 1 200 médecins hospitaliers démissionnent de leur fonction d’encadrement

Selon eux, il manque 600 millions d’euros aux 200 millions supplémentaires débloqués pour 2020 par le gouvernement en faveur de l’hôpital public.

Par François Béguin •

Publié le 14/01/2020

Le geste, sans précédent, témoigne de l’ampleur de la crise traversée par l’hôpital public. Près de 1 200 médecins hospitaliers, dont 600 chefs de service et 470 responsables d’unités, vont officiellement annoncer, mardi 14 janvier, lors d’une conférence de presse, leur démission de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, en l’absence de négociation avec le gouvernement sur les moyens de l’hôpital public.

Dans certains établissements, le mouvement est massif : à Marseille, par exemple, une cinquantaine de chefs de service participent à l’opération. Ils sont dix-neuf à Limoges, quinze à Nantes…

Dans une lettre adressée à la ministre de la santé, Agnès Buzyn, et publiée par Libération, les médecins démissionnaires font part de leur « profonde déception face à l’insuffisance du plan d’urgence » annoncé le 20 novembre 2019. Selon leurs calculs, il manque 600 millions d’euros aux 200 millions supplémentaires débloqués pour 2020 par le gouvernement en faveur de l’hôpital public. « C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps », jugent-ils.

« Nous sommes conscients qu’on ne corrige pas les insuffisances ou les erreurs du passé en deux ans, mais il y a urgence. La dégradation des conditions de travail des professionnels est telle qu’elle remet en cause la qualité des soins et menace la sécurité des patients. »

Geste politique

Cette action collective intervient après une longue mobilisation des personnels paramédicaux des services d’urgences et deux manifestations nationales des personnels hospitaliers. « C’est un geste politique qui dit, que nous, médecins, on ne peut pas continuer comme ça », explique André Grimaldi, du Collectif interhôpitaux, à l’initiative de l’action. « C’est l’ultime bataille, l’une des dernières cartouches de l’hôpital public », souligne le médecin, en rappelant la demande du collectif d’une revalorisation « significative » des salaires, d’une révision « profonde » du mode de financement, et de l’embauche de personnels supplémentaires.

Au-delà du symbole, dans la mesure où les soins aux patients seront toujours assurés, quel sera l’impact de cette action sur le fonctionnement de l’hôpital ?

« Ces démissions peuvent en partie gripper la machine, estime un praticien hospitalier. Si un chef de service démissionne, il n’assume plus la responsabilité médicale de son unité ; juridiquement, elle se retrouve dissoute dans l’ensemble des praticiens du service. Il ne gère plus non plus les plaintes, les plannings et tableaux de service des praticiens, et l’administration n’a plus d’interlocuteur pour le service en question. Il ne le représente plus dans les instances de l’hôpital. Plus aucun projet ne peut être porté efficacement. »

A l’hôpital Montfavet, à Avignon, la psychiatre Magali Trouvé, responsable d’une unité d’hospitalisation, reconnaît ne pas savoir si sa démission « aura des conséquences ». Si elle a choisi de participer au mouvement, c’est pour dénoncer les « économies de bout de chandelle », les lits de camps installés « à demeure dans les services », les arrêts de travail des infirmiers et des aides-soignants non remplacés, les délais pour obtenir une consultation qui s’allongent dans les centres médico-psychologiques… « On va arrêter de se taire, prévient-elle. Si on doit s’effondrer, on ne le fera pas en silence. »

Grève du codage

« Ça faisait longtemps qu’on espérait un sursaut de la communauté hospitalière », ajoute Ségolène Billot, neurologue au centre hospitalier de Montauban, qui décrit une situation « catastrophique » : « Les médecins partent, les infirmières ne postulent pas dans certains services… »

Au Centre hospitalier sud francilien, à Corbeil-Essonnes, quatre chefs de pôle sur neuf et dix-sept chefs de service sur quarante ont choisi de présenter leur démission. « Ça fait trente-cinq ans que je suis à l’hôpital et je n’ai jamais vu un mouvement de ce type », souligne Alain Devidas, le chef du service hématologie.

Huit services de l’hôpital ont également choisi de pratiquer depuis la mi-décembre 2019 la « grève du codage », c’est-à-dire la non-transmission des informations permettant à la direction de « facturer » à la Sécurité sociale les actes effectués. Cette grève du codage, qui divise les médecins eux-mêmes, commence à susciter des crispations et des tensions avec les directions des hôpitaux où elle a été mise en œuvre.

Une nouvelle journée de grève avec un appel à manifester pourrait être décidée par les représentants du Collectif interhôpitaux à la fin du mois.

François Béguin