présidentielle 2022

Le Monde.fr : Débat Macron-Le Pen : sur l’hôpital public, un constat partagé et une volonté commune d’investissements massifs

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Débat Macron-Le Pen : sur l’hôpital public, un constat partagé et une volonté commune d’investissements massifs

Les deux candidats à la présidentielle se sont néanmoins opposés, mercredi, lors du débat d’entre-deux-tours, sur la question du bilan du président sortant. « Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger », a affirmé la candidate d’extrême droite.

Par Camille Stromboni

Publié le 21/04/2022

Sans surprise ni rupture avec les programmes déclinés durant la campagne, les deux candidats à l’élection présidentielle ont chacun défendu leur formule pour sauver l’hôpital public de « l’effondrement ». Pénurie d’infirmiers, services d’urgence obligés de s’arrêter la nuit, « lits » fermés… le reflux de la crise du Covid-19 ces dernières semaines est loin d’avoir mis fin aux maux dont souffrent les établissements de santé.

Chez Emmanuel Macron, il s’agit de poursuivre un « investissement massif » dans la santé. Et ce, dans la droite ligne du plan enclenché par le Ségur de la santé à l’été 2020, avec des revalorisations salariales des personnels hospitaliers de 183 euros par mois, ou encore un investissement de 19 milliards d’euros dans les établissements de santé sur dix ans. « Ça n’est pas suffisant », a-t-il concédé. « Je sais qu’aujourd’hui, ce sont les conditions de travail qui sont les plus dures », a insisté le candidat La République en marche, qui promet de « réembaucher », et pour cela « [d’]attirer des gens à l’hôpital » et « [d’]améliorer les conditions de travail ».

« Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger », lui a rétorqué Marine Le Pen, en référence à l’épidémie du Covid-19. « L’effondrement de l’hôpital, on le connaissait, vous étiez déjà depuis trois ans au pouvoir », l’a-t-elle attaqué, citant « les infirmières en sous-effectifs » ou encore « les déserts médicaux » qui « datent depuis des années ». La candidate Rassemblement national (RN) a mis l’accent sur l’enveloppe de 20 milliards d’euros qu’elle promet pour l’hôpital sur cinq ans. « C’est 10 milliards pour la revalorisation du personnel, pour l’embauche, notamment dans les Ehpad, pour éviter des drames qui ont été révélés, et puis, la souffrance des soignants et des patients », a-t-elle précisé. Dix autres milliards sont destinés à des « investissements dans l’hôpital », pour le matériel ou encore un « plan scanner-IRM ».

La seule passe d’armes directe entre les deux candidats a eu lieu sur le numerus clausus, soit le nombre d’étudiants autorisés à poursuivre en médecine fixé nationalement, qu’Emmanuel Macron a supprimé pour le remplacer par un « numerus apertus », établi au niveau des universités, et fortement augmenté. La représentante du RN l’a brandi comme un exemple de cette inaction du président en dehors des crises, situant cette suppression à « l’année dernière ». Le président a contredit, à plusieurs reprises, son opposante, pour lui rappeler que la décision datait d’avant la crise, en 2018.

Sur les « déserts médicaux », dont la problématique s’est accrue ces dernières années dans de nombreux départements, le candidat La République en marche a mis en avant la nouvelle méthode qu’il promet « à l’échelle d’un territoire », ou encore la création de « référents santé » (pharmaciens, infirmiers, kinés…). Marine le Pen a de son côté prôné le rééquilibrage « entre les métropoles et la ruralité », le développement de la télémédecine, ou encore la mise en place d’incitations fiscales pour inciter à l’installation en zone sous dense.

Le temps consacré à la santé jugé insuffisant
Dans les rangs des acteurs de la santé, qui ont multiplié les appels à un vote barrage contre le Rassemblement national ces derniers jours, les quelques minutes consacrées au sujet ont paru souvent insuffisantes. « C’est assez décevant, alors que notre système de santé est au bord du gouffre, estime Djillali Annane, à la tête du syndicat des médecins réanimateurs. Ni l’un, ni l’autre, n’ont indiqué une quelconque vision pour l’hôpital, ou des mesures qui seraient disruptives. Comment va-t-on sortir du cercle vicieux du manque d’effectifs dû au manque d’attractivité ? »

D’autres voix veulent néanmoins apporter une touche d’optimisme. « C’est la première fois que l’hôpital est abordé ainsi dans un débat de l’entre-deux-tours, et que chacun y voit un sujet majeur avec la volonté de le prendre à bras-le-corps », fait remarquer Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.

Camille Stromboni