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Le Monde.fr : Des effectifs intérimaires en baisse et l’arrivée d’une nouvelle concurrence : les autoentrepreneurs

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Le Monde.fr : Des effectifs intérimaires en baisse et l’arrivée d’une nouvelle concurrence : les autoentrepreneurs

Après avoir atteint des sommets, les effectifs de l’intérim ont chuté de 4,7 % sur un an. La santé du secteur est-elle toujours bonne ?

Par Catherine Quignon •
Publié le 4 Décembre 2019*

Après plusieurs années de croissance ininterrompue, les baisses d’effectifs s’accumulent mois après mois dans l’intérim, même s’ils restent à un niveau historiquement haut. D’après le dernier baromètre de la fédération du travail temporaire Prism’emploi, rendu public le 25 novembre, les effectifs des agences de travail temporaire ont à nouveau chuté de 4,5 % en octobre 2019 par rapport à octobre 2018. Une confirmation de la tendance qui touche le secteur depuis fin 2017. En cumul sur dix mois, le recul est de 4,7 % comparé à la même période en 2018, le phénomène n’épargnant que la Bretagne.

Les chiffres de la direction de la recherche et des études du ministère du travail (Dares) ne disent pas autre chose. La Dares signale un tassement certain des effectifs intérimaires, repassant sous la basse des 800 000 au début de 2018. Ceci, malgré la baisse continue du chômage – excepté le troisième trimestre de cette année.

La tendance est générale. Si la baisse des effectifs se concentre dans l’industrie (– 7,6 par rapport à octobre 2018 selon Prism’emploi), elle est également visible dans les services (– 4,1 %). Si la pénurie de compétences est pointée du doigt par les acteurs du marché pour expliquer ce déficit de main-d’œuvre, « on est d’abord sur des problématiques de savoir être, estime Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale de Prism’emploi. Les entreprises n’hésitent pas à investir pour former leurs intérimaires sur des compétences techniques. »

Peut-on pour autant parler de retournement de tendance ? Isabelle Eynaud-Chevalier relativise : « On constate une tendance baissière depuis quelques mois, mais c’est après que l’intérim a atteint des sommets historiques. » Accompagnant la reprise de l’activité, l’intérim a en effet enregistré ces dernières années des niveaux de croissance inédits (+ 4,4 % en 2015, + 6,7 % en 2016 et + 8,5 % en 2017, selon les données communiquées par Prism’emploi).

Pour l’économiste Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode, le principal responsable de la chute des effectifs intérimaires est tout désigné : « C’est l’industrie. » En particulier la métallurgie, chroniquement en crise, la plasturgie, touchée par la hausse des matières premières, et la fabrication des machines-outils ont chacun perdu autour de 3 000 postes intérimaires sur un an, d’après les données de la Dares.

Pour Isabelle Eynaud-Chevalier, c’est paradoxalement la bonne santé du marché de l’emploi qui expliquerait en partie la chute de l’intérim : « les employeurs hésitent moins à embaucher sur des contrats plus longs », fait valoir la déléguée générale de Prism’emploi, soulignant que le CDI intérimaire continue sa progression. Selon les données de la Dares, leur nombre a crû d’environ 13 000 sur un an au deuxième trimestre 2019.

En creux, le bonus-malus sur les contrats courts pourrait aussi avoir fait varier les chiffres de l’intérim : « on estime que 30 % de nos clients seront exposés, affirme Isabelle Eynaud-Chevalier. Il est possible que certains aient anticipé sa mise en place, bien que nous ne soyons pas en mesure pour le moment de quantifier cet impact. »

Mais au-delà de ces aléas conjoncturels, les autoentrepreneurs viennent jouer les trublions. Le PDG de la plate-forme d’intérim Kobaltt & Karma, Ahmed Otmane, reconnaît une problématique plus structurelle : le secteur se voit concurrencé par l’arrivée de nouveaux acteurs. « Depuis deux ans environ, plusieurs plates-formes d’autoentrepreneurs se sont positionnées sur le marché de l’intérim », souligne-t-il.

Malgré les risques d’infraction pour travail dissimulé, ces plates-formes séduisent les chefs d’entreprise, qui y voient un moyen de trouver en un clic de la main-d’œuvre à un bon compte. « Un grand compte aura conscience des risques juridiques qu’implique le recours à ces plates-formes, mais pas forcement la petite TPE du coin », souligne Ahmed Otmane.

Au demeurant, les grands noms de l’intérim militent auprès des pouvoirs publics pour que ces concurrents rentrent dans le rang des agences de travail temporaire classiques. A l’instar de Side, une plate-forme de jobs étudiants devenue en ce début d’année une entreprise de travail temporaire. A voir, dans quelque temps, qui finira par l’emporter dans ce nouveau bras de fer.

Catherine Quignon