Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Face à la vague Omicron, les hôpitaux britanniques résistent pour l’instant

il y a 4 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Face à la vague Omicron, les hôpitaux britanniques résistent pour l’instant

Si le nombre d’hospitalisations augmente, cela ne submerge pas à ce stade le système de santé. Boris Johnson n’annoncera pas d’autres restrictions avant la nouvelle année.

Par Eric Albert(Londres, correspondance)

Publié le 30/12/2021

Alors que le Royaume-Uni a été le premier pays européen touché par Omicron – le premier cas détecté remonte au 28 novembre –, il est scruté par tous les spécialistes de santé publique. Avec un nouveau variant qui est à la fois plus contagieux, mais provoque apparemment des formes moins sévères de la maladie, l’un des principaux tests est de savoir si les hôpitaux britanniques vont être submergés.

Pour l’instant, les premiers signes semblent encourageants. « Ça va pour le moment, ce n’est rien comparé aux vagues précédentes », confie un médecin anesthésiste d’un hôpital du sud de Londres, qui requiert l’anonymat. « Ce n’est plus la même maladie, a estimé, sur la BBC, John Bell, professeur de médecine à l’université d’Oxford, très impliqué dans le développement du vaccin AstraZeneca. Les scènes horribles de l’an dernier – les soins intensifs qui sont pleins, beaucoup de gens qui meurent prématurément – sont de l’histoire ancienne. » Paul Hunter, professeur de médecine à l’université d’East Anglia, fait le même diagnostic, bien qu’un peu plus prudemment : « Personne ne sait avec certitude si les hôpitaux seront débordés par la vague, mais j’aurais tendance à penser que ce ne sera pas le cas. »

Les premières statistiques nationales – incomplètes en cette période de fêtes, où les relevés sont parfois compilés en retard – sont plutôt rassurantes, montrant une rupture entre le nombre de cas et les hospitalisations. Mercredi 29 décembre, le Royaume-Uni a certes enregistré 183 000 personnes positives sur les dernières vingt-quatre heures, de loin son niveau le plus élevé depuis le début de la pandémie de Covid-19. Sur sept jours, la moyenne quotidienne est de 130 000, soit deux fois et demie plus que lors du pic de la vague Alpha de janvier. Mais les hospitalisations sont pour l’instant trois à quatre fois moindres, avec 10 400 patients au Royaume-Uni, contre 34 000 en janvier. Même à Londres, d’où est partie la vague, les hôpitaux tiennent le choc : ils traitent actuellement 3 300 patients, loin des 7 800 de janvier. « En valeur absolue, les niveaux restent relativement bas », souligne le professeur Bell.

« Admissions incidentes »
Ces chiffres pourraient en outre donner une image déformée de la réalité. « Beaucoup de malades qui vont à l’hôpital ont le Covid, mais n’y sont pas à cause du Covid, explique Chris Hopson, le directeur de NHS Providers, l’organisation représentant les hôpitaux anglais. Nous avons pas mal de gens qui, par exemple, sont tombés de vélo et se sont cassé un bras ou se sont cogné la tête. Ils n’ont pas de symptômes, mais, à leur arrivée, ils font un test Covid qui se révèle positif. »

Combien sont dans cette situation ? Les dernières statistiques à jour, remontant au 21 décembre, indiquaient qu’au Royaume-Uni, parmi les patients hospitalisés atteints du Covid, 70 % l’étaient à cause de cette maladie, et 30 % étaient des « admissions incidentes », c’est-à-dire des hospitalisations pour d’autres raisons. Depuis, ces dernières ont probablement augmenté, selon M. Hopson. « Le directeur d’un hôpital du sud-ouest [de l’Angleterre] me disait que le nombre de patients atteints du Covid avait augmenté de 30 % en sept jours, mais que la majeure partie venait d’admissions incidentes. » Dans cet hôpital, le nombre total de patients est resté stable, preuve que la vague Omicron n’y constitue pas une pression supplémentaire.

Une autre indication plutôt rassurante vient du nombre de patients sous ventilation artificelle au Royaume-Uni, qui n’augmente pas fortement : 757 le 21 décembre, 771 le 29 décembre. De même pour le nombre de décès, avec 86 morts en moyenne par jour sur la semaine finissant le 23 décembre, un niveau relativement stable depuis le mois d’août.

Accélérer la cadence pour le rappel
Un effet retard n’est-il pas à redouter, alors que la vague Omicron est encore récente ? Le nombre de patients à l’hôpital atteints du Covid-19 a malgré tout progressé de 47 % au Royaume-Uni en une semaine (entre le 22 et le 29 décembre) et de 62 % à Londres.

Autre signal inquiétant : les autorités britanniques surveillent de très près le nombre de nouvelles hospitalisations quotidiennes à Londres, estimant que la barre des 400 patients par jour est critique. Le chiffre n’a pas été dépassé le jour de Noël (364 patients) ni le lendemain (374), mais l’a été lundi (437), dernière journée pour laquelle les statistiques sont disponibles. La crainte est aussi que les fêtes familiales aient donné un coup d’accélérateur à la propagation de la maladie.

« On ne saura vraiment si les hôpitaux ont tenu que dans quelques semaines », estime le professeur Hunter, qui souligne que les opinions trop tranchées sur les dangers d’Omicron sont à l’heure actuelle imprudentes. Il espère que le pic est proche. « Mi-décembre, le nombre de cas doublait tous les deux jours. Si ç’avait continué à la même vitesse, on serait à un million par jour », précise-t-il. Quant à comparer ce variant à une simple grippe, il considère que « c’est vraiment aller trop loin ». Une étude préliminaire de l’agence de sécurité sanitaire britannique évalue le risque d’hospitalisation entre 50 % et 70 % inférieur à celui du variant Delta. Une autre, de l’Imperial College, est un peu moins optimiste, évoquant 15 % de risque en moins de passer une journée à l’hôpital et 40 % de risque en moins d’y passer au moins une nuit.

Hausse de l’absentéisme dû au Covid-19
La vague actuelle pose enfin un grave problème d’absentéisme. Avec plus d’une centaine de milliers de cas quotidiens, énormément de Britanniques doivent s’isoler sept jours au moins (ils peuvent sortir après cette période s’ils font deux tests antigéniques se révélant négatifs en deux jours). Cela provoque de nombreuses tensions dans les entreprises, ainsi que dans… les hôpitaux. M. Hopson souligne que les règles d’auto-isolement provoquent beaucoup d’absences parmi le personnel médical, ce qui pourrait devenir « un problème plus important » que la maladie elle-même.

Dans ces circonstances, Boris Johnson va-t-il réussir son pari ? Contrairement au Pays de Galles, à l’Ecosse, à l’Irlande du Nord – et à la France –, il n’a pas annoncé de nouvelles restrictions sanitaires avant le Nouvel An. Les boîtes de nuit ou les stades de football restent ouverts, même si un passe sanitaire est désormais nécessaire pour y entrer. « Tout le monde doit pouvoir célébrer le réveillon, mais faites-le de manière raisonnable », se contentait de rappeler le premier ministre mercredi. Il appelait aussi les Britanniques à accélérer la cadence pour recevoir leur troisième dose. Au 28 décembre, 89,9 % de la population âgée de 12 ans et plus avait reçu au moins une dose de vaccin et 33 millions de personnes – soit 57,5 % de la population éligible – avaient eu leur booster. « 90 % des patients en réanimation n’ont pas eu leur troisième dose », a martelé M. Johnson.

Rectificatif le 30 décembre à 7 h 50 : correction d’une erreur dans le variant majoritaire lors de la vague de janvier 2021.

Eric Albert(Londres, correspondance)