Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Infirmiers libéraux et médecins généralistes, au cœur de la campagne de vaccination pour les plus de 75 ans ne vivant pas en Ehpad

il y a 3 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Infirmiers libéraux et médecins généralistes, au cœur de la campagne de vaccination pour les plus de 75 ans ne vivant pas en Ehpad

Dès le 18 janvier, la vaccination sera ouverte au-delà des seuls résidents en Ehpad, grâce à un réseau de 300 centres dans toute la France.

Par Elisabeth Pineau
Publié le 14/01/21

Il y a encore quelques semaines, ils ne s’attendaient pas à être mobilisés avant la fin du mois de février, date alors prévue pour le début de la « phase 2 » de la campagne française de vaccination. Mais l’accélération du calendrier a remis les infirmiers libéraux et les médecins généralistes sur le devant de la scène.

A compter du 18 janvier, la vaccination sera ouverte sur tout le territoire aux plus de 75 ans résidant à leur domicile, et non plus seulement aux résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou aux personnels de santé, aux pompiers et aux aides à domicile âgés de plus de 50 ans ou présentant une comorbidité.

Certains malades chroniques ou atteints de maladies rares exposés à une forme grave de Covid-19 devraient également pouvoir en bénéficier, a fait savoir, mercredi 13 janvier, Alain Fischer, le président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.

Salles des fêtes et de spectacle réquisitionnées
Le gouvernement ouvre ainsi la voie au déroulement de la vaccination dans un cadre ambulatoire, et non plus seulement en milieu hospitalier. Dans les faits, cela se traduira par l’ouverture, d’ici à la fin du mois de janvier, de « 600 centres de vaccination accessibles pour la ville » – soit un pour 100 000 habitants, « dix fois plus que la plupart de nos voisins », avait vanté le ministre de la santé, Olivier Véran, le 7 janvier.

« On ne doit pas se limiter à six centres par département, il est pertinent d’en mettre huit ou dix. Il faut partir du principe de rapprocher le vaccin des patients, et non les patients du vaccin, et respecter les habitudes de consultation des gens », estime Jacques Battistoni, président de MG France, premier syndicat chez les généralistes, qui rappelle que les professionnels de santé libéraux « ont eux-mêmes souvent des organisations sur place », notamment au travers des communautés professionnelles territoriales de santé et des maisons de santé pluriprofessionnelles.

Des « centres Covid » déployés au début de l’épidémie pour organiser des consultations, puis pour effectuer des tests antigéniques, ont été réactivés pour la campagne vaccinale. Des salles des fêtes ou de spectacle ont également été réquisitionnées.

Tous les centres de vaccination – plus de 300 à ce jour – sont référencés sur le site Sante.fr et, à compter de jeudi 14 janvier, les plus de 75 ans désirant se faire vacciner pourront y prendre rendez-vous (ou un de leurs proches) soit directement en appelant le centre, soit par le biais de trois plates-formes en ligne (Doctolib, Maiia et KelDoc), ou bien encore, pour les personnes isolées ou ne disposant pas d’un accès à Internet, en appelant un numéro vert qui sera dévoilé jeudi. Un « bon de vaccination » leur sera adressé par l’Assurance-maladie, par mail ou par courrier, pour les informer de la campagne en cours.

« La médecine libérale peut s’organiser »
L’option de recourir à de grands « vaccinodromes », généralement installés dans des gymnases, et décriés par une partie des médecins libéraux, n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour. « Lors de la grippe A (H1N1), en 2009, les gens ne se sont pas déplacés dans les vaccinodromes, ça a été un fiasco. Il y a des médecins généralistes partout, des infirmiers qui maillent le territoire de façon homogène, la médecine libérale peut s’organiser, soutient Philippe Vermesch, président du Syndicat des médecins libéraux. Il faut donner confiance. Quand je dis à mes patients que je me suis fait vacciner, ils me disent : “Alors moi aussi je vais le faire.” Le médecin traitant vaut mieux que n’importe quelle campagne de communication. »

Le conseil scientifique lui-même, dans son avis du 9 juillet 2020, soulignait que les professionnels de soins de santé primaires « sont parmi les acteurs à investir pour réussir une campagne de vaccination pertinente, efficiente et avec un haut niveau d’acceptabilité ».

Au moment du dévoilement de sa stratégie vaccinale début décembre 2020, le gouvernement avait posé comme principe l’organisation de consultations prévaccinales par des médecins avant la vaccination proprement dite. Devant la lenteur du processus, le ministre de la santé, Olivier Véran, est finalement revenu sur ce dispositif le 7 janvier en donnant la possibilité d’enchaîner les deux.

Simplification « maximum »
Dans les centres de vaccination, les plus de 75 ans seront accueillis par un infirmier qui évaluera lors d’un bref questionnaire s’ils présentent ou non des contre-indications. Le cas échéant – ou si la personne le réclame –, une consultation sera organisée avec un médecin sur place, dont la présence est obligatoire et qui peut lui-même procéder à l’injection. « On est allé au maximum de la simplification », soutient le ministère. Chaque personne vaccinée sera ensuite gardée en observation pendant quinze minutes, sur place, afin de vérifier que tout se passe bien.

Les infirmiers libéraux se sont organisés « en référençant les disponibilités de celles et ceux qui pourront aller assurer des vacations dans les centres pour vacciner dès la semaine prochaine les plus de 75 ans, à l’instar de ce qui s’est fait pour les tests antigéniques », précise Catherine Kirnidis, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).

Les quelque cinq millions de Français âgés de plus de 75 ans vivant chez eux ne sont pas tous capables de se déplacer. Une vaccination à domicile doit être ultérieurement mise en place à leur égard, dont les modalités ne sont à ce stade pas encore connues. « On pourrait très bien démultiplier encore la capacité de vacciner avec nos 700 000 infirmiers pour atteindre encore plus rapidement les objectifs, en fonction de la disponibilité des vaccins, avec une telle vaccination au plus près des patients », estime Patrick Chamboredon, président de l’ordre national des infirmiers.

Les pharmaciens bientôt au cœur du dispositif
Le dispositif de vaccination ambulatoire sera amené à s’élargir « dans un second temps, quand il pourra y avoir des vaccins disponibles en pharmacie et chez le médecin généraliste qui permettront, après avoir bien expliqué les choses, de vacciner », affirmait Alain Fischer, sur France Inter mardi 12 janvier, sans avancer de calendrier.

Jusqu’à présent, les pharmaciens sont mobilisés à travers le circuit officinal de livraisons dans certains Ehpad et la vaccination n’est possible qu’au sein des centres déployés. « Les pharmaciens seront d’autant plus au cœur du dispositif à l’horizon de la fin janvier, avec la montée en puissance du vaccin Moderna et l’arrivée peut-être de celui d’AstraZeneca. La question se posera alors de les utiliser dans les officines et de définir le rôle du pharmacien », indique le ministère de la santé.

En attendant d’être davantage sollicités, les pharmaciens se disent prêts à jouer un rôle de premier plan dans cette campagne vaccinale. « Les pharmaciens ont vacciné 1,3 million de personnes contre la grippe en quatre jours, on a une capacité d’organisation à laquelle il vaut mieux avoir recours. On pourrait approvisionner les médecins à côté de chez nous, les infirmières… », relève Yves Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, qui assure que lui et ses confrères pourraient être opérationnels « dans la semaine qui suit la décision de faire appel à [eux] ».