Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : La forte proportion de cas asymptomatiques complique la lutte contre le Covid-19

il y a 3 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : La forte proportion de cas asymptomatiques complique la lutte contre le Covid-19

Plus de la moitié des personnes testées positives au virus SARS-CoV-2 ne présentent pas de symptômes.

Par Rémi Barroux

Publié le 01/08/2020

L’équation est simple : en testant plus, on trouve plus de cas positifs de Covid-19. Et en testant tous azimuts, sans cibler de populations particulières, on identifie plus de cas asymptomatiques, de personnes ne se sentant pas malades. Ces personnes porteuses du virus qui l’ignorent, n’ayant pas pris les mêmes précautions qu’un malade, sont devenues des propagateurs du virus sans le savoir.

Selon le dernier point épidémiologique de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), en date du jeudi 30 juillet, les personnes asymptomatiques représentaient 51 % des cas positifs dans la semaine du 20 au 26 juillet, un pourcentage en baisse puisqu’il était de 55 % deux semaines plus tôt. Les asymptomatiques représentaient cependant 65 % de l’ensemble des personnes testées, une statistique stable par rapport aux semaines précédentes.

« On n’empêchera pas les jeunes de faire la fête »
La forte proportion des personnes asymptomatiques parmi les cas dépistés positifs est à mettre en regard avec l’incidence du virus chez les 20-30 ans − alors que le taux d’incidence est de 8,6 cas en moyenne pour 100 000 personnes en France métropolitaine, il est le double pour les 20-29 ans. « [Les asymptomatiques et les jeunes] sont deux identités qui peuvent se recouper mais, attention, des jeunes peuvent aussi développer des formes graves de la maladie, prévient l’infectiologue Jean-François Delfraissy. Et d’autres [tranches d’âge] que les jeunes peuvent être asymptomatiques. Sans compter les asymptomatiques qui vont voir apparaître des symptômes trois jours plus tard : les présymptomatiques. »

Pour le président du conseil scientifique, installé en mars par le gouvernement, il n’y a qu’une méthode : « Il faut rentrer dans une stratégie encore plus active de dépistage, aller plus dans les zones touristiques, autour des clusters identifiés, là où les systèmes de soins sont plus absents. »

Deux stratégies doivent se compléter, explique Jean-François Delfraissy. D’un côté, le médical : « Suivre le fil d’Ariane des personnes contacts autour des cas contaminés, c’est la logique de la symptomatologie. » Le reste est une question de santé publique, dit-il, de dépistage massif, notamment dans les zones de forte concentration de population.

« On n’empêchera pas les jeunes de faire la fête, c’est compliqué culturellement, mais on peut leur dire de porter un masque et, surtout, de se faire tester fréquemment », professe Yazdan Yazdanpanah, le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat, à Paris, et membre du conseil scientifique.

Deux causes évoquées
L’exemple du cluster de Quiberon, dans le Morbihan, est éloquent. Au 30 juillet, 81 cas positifs avaient été identifiés, dont 45 % de jeunes entre 18 et 25 ans. « Si cette tranche d’âge est le plus souvent asymptomatique, une fois contaminée, elle transmet toutefois le virus et expose les populations les plus fragiles », fait valoir l’agence régionale de santé (ARS) Bretagne. Un discours relayé par SpF qui, le 29 juillet, communiquait aussi sur les jeunes qui « ont peu de risque de développer une forme grave de la maladie », mais peuvent « s’ils ne respectent pas les mesures barrières, contaminer leurs proches, parents, grands-parents et les personnes fragiles ».

A Quiberon, 55 % des infections au SARS-CoV-2 restaient asymptomatiques, selon l’ARS. « Ils ne présentent pas de signes cliniques de l’infection, mais ils peuvent en revanche transmettre l’agent infectieux à d’autres personnes avec qui ils sont en contact », rappelle Anne-Briac Bili, directrice de cabinet à l’ARS Bretagne.

Selon elle, deux causes sont évoquées pour expliquer que ces porteurs sains ne présentent pas de manifestation clinique : « Soit le virus est peu virulent, l’agent est trop faible pour entraîner des réactions de l’organisme et donc des symptômes. Soit ses défenses immunitaires sont très efficaces et empêchent l’apparition des symptômes. »

Une question demeure : un porteur sain est-il moins contagieux qu’une personne présentant des symptômes ? Ne toussant pas, n’éternuant pas, il n’excrète pas de gouttelettes et diffuserait moins le virus, avance encore Anne-Briac Bili. A moins, ce qui arrive aussi, qu’affecté d’une allergie, il éternue souvent et soit particulièrement contaminant. « Enfin, il faut garder à l’esprit que la transmission en phase présymptomatique de Covid est avérée et semble importante peu avant l’apparition des signes », ajoute-t-elle.

« Portez un masque »
Une analyse partagée par Jean-François Delfraissy. « Nous nous sommes rendu compte que les asymptomatiques avaient une charge de virus plus faible. Mais le fait qu’ils ignorent être porteurs de la maladie peut en faire des transmetteurs actifs, d’où la nécessité de respecter les gestes barrières et de tester massivement. » Pour Yazdan Yazdanpanah, « on ne peut pas dire qu’un asymptomatique est moins contagieux qu’un autre ».

De fait, le Covid-19 présente une spécificité : « Dans les autres coronavirus, le SRAS, le MERS…, c’était seulement les symptomatiques qui contaminaient, ce qui fait une grosse différence », avance Jean-François Delfraissy. Et l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah confirme : « Je n’ai pas le souvenir, pour les autres viroses respiratoires, d’avoir vu un tel nombre d’asymptomatiques. C’est ce qui rend difficile la lutte contre ce virus. »

L’arme la plus efficace reste donc les campagnes de tests massives pour détecter les propagateurs silencieux de la maladie. « Au moindre signe, si vous croyez, si vous imaginez que vous avez des symptômes, quels qu’ils soient, allez vous faire tester… et portez un masque », insiste Jean-François Delfraissy.

Seul problème, reconnaît-il, la communication du gouvernement comme des autorités sanitaires n’arrive pas à faire passer le message. Dans son avis n° 8, à paraître prochainement, le conseil scientifique insiste sur la nécessité de changer le type de communication. Pour toucher les jeunes notamment qui, à la rentrée, vont rejoindre les grandes villes, renforçant le risque d’un redémarrage massif de la pandémie.