Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Monde.fr : La « positive attitude » des directeurs d’hôpitaux face au coronavirus décontenance la commission d’enquête

il y a 4 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : La « positive attitude » des directeurs d’hôpitaux face au coronavirus décontenance la commission d’enquête

Devant les députés lundi, Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, et Christophe Gautier, directeur du CHU de Strasbourg, ont mis en lumière leur « mobilisation » et leur « réactivité » plutôt que les éventuels dysfonctionnements.

Par Chloé Hecketsweiler

Publié le 07/07/2020

Pendant plusieurs semaines, ils ont été en première ligne dans la lutte contre la pandémie de Covid-19. Du jour au lendemain, pour ainsi dire, ils ont dû réorganiser leurs hôpitaux, libérer des lits de réanimation, dénicher des respirateurs, « appeler la terre entière » pour récupérer les masques et les surblouses qui leur faisaient défaut.

Et pourtant, lundi 6 juillet, devant les députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ce qui s’est passé ces dernières semaines, Martin Hirsch, directeur de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), et Christophe Gautier, directeur général du CHU de Strasbourg, ont préféré mettre en lumière leur « mobilisation » et leur « réactivité » plutôt que les éventuels dysfonctionnements.

A la demande du rapporteur Eric Ciotti, Martin Hirsch a commencé par revenir sur le taux de mortalité des patients atteints de Covid-19 dans les services de réanimation de l’AP-HP. Citant deux sources de données différentes − le système officiel de remontée des données de la direction générale de la santé et le suivi d’une cohorte −, il l’a estimé entre 25 % et 35 %, et non 43 % comme affirmé par Didier Raoult. L’infectiologue marseillais avait dit devant la même commission le 24 juin : « La mortalité dans les réanimations [de l’AP-HP] (…) est de 43 %. Chez nous, elle est de 16 % », en s’appuyant sur un rapport de la cellule de crise de l’AP-HP daté du 14 avril. Martin Hirsch a confirmé l’authenticité de ce document mais souligné qu’il datait d’il y a près de trois mois et était obsolète.

Les critères d’hospitalisation
« Je réfute ce qui a été dit sur notre négligence ou notre incompétence. C’est factuellement faux », a martelé le directeur général de l’AP-HP. Il avait protesté dès le 26 juin contre les déclarations de Didier Raoult, dans un courrier au président (La République en marche, LRM) de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, dans lequel il estimait que ses propos « semblent s’apparenter à un faux témoignage ».

« Personne ne peut donner aujourd’hui le taux de mortalité définitif pour une bonne raison : nous avons encore des patients qui sont en réanimation et que nous espérons sauver », a indiqué Martin Hirsch, en précisant qu’une étude − « Covid ICU » − était en cours pour comparer les taux de mortalité en fonction de différents critères comme l’âge des patients. « Quand vous avez peu de patients en charge, vous pouvez mettre des patients plus légers en réanimation, alors que quand vous avez beaucoup de patients à prendre en charge, vous faites en sorte que ce soit les patients graves qui aient accès aux réanimations, ce qui a une influence sur le taux de mortalité », a-t-il rappelé.

Interrogé sur les critères d’hospitalisation, Martin Hirsch a indiqué qu’aucun « tri » n’avait été effectué parmi les patients. Un constat partagé par son homologue de Strasbourg : « Tous les critères qui ont présidé à l’admission en réanimation pendant la crise, étaient identiques à ceux qui existaient avant la crise », a assuré Christophe Gautier.

Le directeur de l’hôpital de Strasbourg a défendu les évacuations sanitaires, insistant sur le fait qu’elles avaient précisément permis d’offrir à tous les patients les « meilleures techniques de réanimation » lorsque la capacité maximale des hôpitaux avait été atteinte dans l’est du pays. Il a aussi mis l’accent sur la création d’une « équipe mobile », en lien avec les médecins coordonnateurs des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), pour les aider à évaluer l’état de santé de leurs patients, et répondre aux éventuelles demandes de transfert.

Les pénuries de masques
Christophe Gautier est aussi revenu sur la question des pénuries de masques. Admettant des « tensions », il a toutefois indiqué qu’il n’y avait « pas eu de rupture » dans les hôpitaux grâce aux livraisons issues du stock national.

En bon soldat, le patron de l’hôpital de Strasbourg a défendu le « système » élaboré par son hôpital pour se conformer à la doctrine du Secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN) du 16 mai 2013 sur la « protection des travailleurs face aux maladies hautement pathogènes à transmission respiratoire ».

Selon les chiffres communiqués aux députés, l’hôpital disposait d’un stock de 125 000 masques chirurgicaux − soit environ trente jours de consommation − avec un déclenchement de commande dès que le niveau atteignait vingt jours. « Ce qui n’était pas prévisible, évidemment, c’est la rupture de la filière d’approvisionnement », a-t-il insisté en soulignant qu’en temps normal, l’établissement était livré cinq jours après la commande.

« Il y a eu des périodes difficiles où nous avions des incertitudes sur combien de temps nous pourrions tenir », a, pour sa part, témoigné Martin Hirsch, qui a indiqué avoir 1,2 million de masques chirurgicaux en stock et 1,8 million en commande au début de la crise pour une consommation quotidienne qui a atteint 170 000 unités au printemps (contre 37 000 l’an passé). Préférant, malgré les questions des députés, ne pas s’avancer sur les origines de cette pénurie, il a simplement confié son regret de ne pas avoir pu donner des masques aux soignants qui se déplaçaient en métro.

Députés décontenancés
Il a aussi raconté avoir « appelé la terre entière » pour essayer de mettre la main sur des surblouses avant de se résoudre à recommander l’utilisation de « sacs plastiques redécoupés ». « Cette période a été particulièrement inconfortable pour nos personnels », a souligné le patron de l’AP-HP.

Un peu décontenancés par le discours très mesuré des deux directeurs, plusieurs députés se sont interrogés sur ce qu’ils devaient en conclure.

« On a du mal à identifier finalement où étaient vos difficultés », a ainsi avoué Boris Vallaud (PS, Landes), revenant à la charge sur la question des stocks stratégiques d’état. « Est-ce qu’ils ont fait défaut ? Faut-il reconstituer des stocks de FFP2 ? Est-ce que vous-même, vous devez avoir des stocks plus importants », a-t-il demandé, sans obtenir de réponse.

« J’ai un peu eu l’impression quand même, dans la présentation des choses d’une forme de positive attitude, a, quant à lui, regretté Pierre Dharréville (PCF, Bouches-du-Rhône). Est-ce que vous n’avez pas été en colère à la place où vous êtes, face à la situation dans laquelle vous vous êtes trouvé ? »