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Le Monde.fr : Le pari du « 113 » pour diminuer la fréquentation des urgences

il y a 3 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Le pari du « 113 » pour diminuer la fréquentation des urgences

Un rapport, rendu jeudi à la ministre de la santé, propose de mettre en place un numéro « totalement dédié à la santé », qui se déclinerait en site Internet et application smartphone

Par François Béguin • Publié aujourd’hui à 05h25, mis à jour à 08h47

Composer le « 113 » permettra-t-il bientôt d’obtenir une réponse à toute demande imprévue de soins, quelle qu’en soit la gravité ou l’urgence ? C’est ce que proposent le député Thomas Mesnier (La République en marche, Charente) et le patron du SAMU de Paris, le professeur Pierre Carli, dans un rapport rendu jeudi 19 décembre à la ministre de la santé, Agnès Buzyn. Une solution présentée en complément des mesures déjà annoncées en septembre pour « refonder » des services d’urgences lessivés par l’augmentation continue du nombre de passages.

La ministre devrait annoncer courant janvier si elle retient ce dispositif, soutenu par les médecins urgentistes et des associations de patients, mais contesté par les pompiers et les syndicats de médecins libéraux. Le collectif Inter-Urgences, qui revendique 268 services en grève au 1er décembre, a déploré jeudi que le rapport ne retienne « aucune des trois revendications réfléchies et défendues par les experts du terrain depuis neuf mois », portant sur les effectifs, les réouvertures de lits ou les revalorisations salariales.

Abandon du « 15 »

Objectif du futur service d’accès aux soins (SAS) : être rien de moins que « la clef de voûte d’une nouvelle organisation des réponses aux demandes de soins », et ainsi mieux répondre à une partie des Français, qui se tournent vers les urgences hospitalières – quitte parfois à y attendre longtemps –, faute d’avoir trouvé une autre solution. Pour y parvenir, les auteurs du rapport préconisent l’abandon du « 15 » et la mise en place du « 113 » comme numéro unique « totalement dédié à la santé », le « 112 » devenant le numéro consacré aux demandes de secours et de sécurité. Une solution d’une « modernité absolue », selon eux. Un tel dispositif pourrait être lancé d’ici à juin 2020 avec des sites pilotes, l’objectif étant d’être « pleinement opérationnel sur tout le territoire d’ici à la fin du quinquennat », selon M. Mesnier.

Avec un tel « guichet unique », qui se déclinerait en site Internet et application smartphone, les usagers seraient assurés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, d’obtenir une réponse adaptée : l’envoi d’un SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation) s’il s’agit d’une urgence vitale, un rendez-vous avec un généraliste « le jour même ou dans les vingt-quatre heures », ou une téléconsultation dans les autres cas. Le périmètre du SAS doit par ailleurs « répondre progressivement à l’ensemble des besoins de santé » et permettre, à terme, d’accéder aux centres antipoison, aux alertes suicides ou aux appels « à connotation plus sociale que médicale ».

Des assistants de régulation médicale (ARM), comme il en existe aujourd’hui dans les centres d’appel 15, assureraient, sous la présence d’un « superviseur », un « décroché » dans un délai maximal de trente secondes. Pour faire face à des appels plus nombreux (évalués à environ 15 % supplémentaires), « plusieurs centaines » de nouveaux ARM devraient être formés et recrutés, explique M. Mesnier.

Prise de rendez-vous en ligne

Pour être en mesure de proposer un rendez-vous avec un médecin dans les vingt-quatre heures (sous réserve de l’indisponibilité du médecin traitant), un partenariat serait noué avec les plates-formes de prise de rendez-vous en ligne, dont la valeur ajoutée est jugée « indéniable » : 43 % des médecins généralistes présents sur Doctolib sont par exemple aujourd’hui disponibles dans les vingt-quatre heures, et 74 % d’entre eux ont « déjà paramétré leur agenda pour recevoir des soins non programmés ».

La mise en place de communautés professionnelles territoriales de santé à travers tout le pays devrait par ailleurs permettre de mieux répondre aux demandes de soins urgents. Des médecins pourraient, par exemple, s’organiser au niveau d’un bassin de population pour recevoir à tour de rôle ces patients en quête d’une solution rapide.

Si la Société française de médecine d’urgence a « salué » et « approuvé » les préconisations du rapport Carli-Mesnier, les médecins libéraux et les pompiers ont, eux, défendu un modèle différent. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France a ainsi rappelé son souhait de voir arriver les appels pour des urgences vitales directement au « 112 », « le numéro de l’appel aux secours qui décroche en moins de quinze secondes et déclenche directement les secours avec les moyens adaptés ». Les patients qui chercheraient simplement un rendez-vous pour des soins non programmés pourraient fort bien, selon eux, composer le 116 117, qui existe déjà dans trois régions (Normandie, Corse, Pays de la Loire) et permet de joindre un médecin généraliste de garde.

Une position identique à celle de la Confédération des syndicats de médecins libéraux, qui a rappelé jeudi « son attachement à un numéro d’identification tel que le 116 117, permettant de séparer les appels pour les services d’urgences des demandes pour des soins non programmés ». Une solution « peu opérationnelle » et « à risque », font valoir les auteurs du rapport, qui estiment que « faire porter au patient la qualification de la gravité entraîne, de facto, un pourcentage d’erreurs générateur de risques ».

L’argument des syndicats de médecins libéraux est, enfin, financier. « Partager son agenda et se rendre disponible a un coût pour le médecin, celui-ci doit être assumé par l’assurance maladie », fait valoir MG France, le premier syndicat chez les généralistes, qui estime qu’à « cette mission nouvelle doivent correspondre des moyens nouveaux ». Le coût total du dispositif ces trois prochaines années, tel qu’il a déjà été annoncé en septembre, est de 340 millions d’euros.

François Béguin