Luttes et mobilisations

Le Monde.fr : Les soignants mettent la pression sur le gouvernement

il y a 2 semaines, par infosecusanté

Le Monde.fr : Les soignants mettent la pression sur le gouvernement

Un rassemblement est prévu à Paris, mardi 16 juin, devant le ministère de la santé. Les personnels hospitaliers, héros de la crise du Covid-19, demandent un engagement financier précis pour les salaires.

Par François Béguin et Camille Stromboni

Publié le 15/06/2020

Les personnels hospitaliers sont de retour dans la rue. Salués comme des « héros en blouse blanche » par le chef de l’Etat pendant la crise du Covid, applaudis tous les soirs à 20 heures par une partie de la population pendant le confinement, les soignants entendent rappeler au gouvernement la promesse d’un « plan massif » en faveur de l’hôpital public, annoncé le 25 mars, à Mulhouse (Haut-Rhin), par Emmanuel Macron.

Organisée à l’appel de plusieurs syndicats et collectifs de soignants, dont la CGT, FO, SUD et l’UNSA, cette nouvelle journée de mobilisation doit prendre la forme d’un rassemblement « avec masques et distanciation », mardi 16 juin, à 13 heures, avenue de Ségur à Paris, à proximité du ministère de la santé. Des actions sont également prévues devant des hôpitaux, des agences régionales de santé (ARS) et des mairies dans tout le pays. Les Français sont invités à apporter leur soutien au mouvement en se mettant à leurs fenêtres à 20 heures.

« Soignants désabusés »
Si la date du 16 juin avait été fixée avant l’organisation par le gouvernement du « Ségur de la santé » visant à « refonder » en sept semaines le système de soins, la journée vise désormais à exercer une « forte pression » avant la conclusion de cette concertation. L’annonce des décisions issues de ce Ségur sont attendues au cours de la première quinzaine de juillet, avant la cérémonie du 14-Juillet au cours de laquelle Emmanuel Macron souhaite rendre un « hommage » aux personnels soignants place de la Concorde.

Le président de la République a de nouveau promis, dans son discours du 14 juin, « une relance par la santé », avec un Ségur « qui non seulement revalorisera les personnels soignants mais permettra de transformer l’hôpital comme la médecine de ville, par des investissements nouveaux et une organisation plus efficace et préventive ».

Echaudés par les différents plans « santé » présentés depuis le début du quinquennat, médecins et paramédicaux se montrent globalement méfiants sur l’issue des discussions. « A l’hôpital, ce qu’on entend actuellement, ce sont des soignants désabusés, décrit Agnès Hartemann, diabétologue à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et membre du Collectif inter-hôpitaux (CIH). Ils ont beaucoup donné pendant la crise, ils sont fatigués, cela fait plus d’un an qu’ils se mobilisent… Les soignants sont en perte de confiance, ils n’y croient plus beaucoup. » Pour la professeure de médecine, cette journée est d’autant plus nécessaire : « Il faut continuer à se montrer, la crainte est grande de se faire avoir, et que cela accouche d’une souris mi-juillet. »

Depuis quelques semaines, dans plusieurs hôpitaux à travers tout le pays, des mobilisations baptisées « Mardis de la colère » ou « Jeudis de la colère » réunissent des personnels mécontents. A Paris, jeudi 11 juin, près de 200 personnes se sont ainsi retrouvées devant l’hôpital Robert-Debré au son de sifflets et de casseroles, autour d’une large banderole « La santé ça ne se négocie pas ».

« Parodie » de négociation
Chez les soignants, tout le monde a en tête la manifestation du 14 novembre 2019 qui avait rassemblé des milliers de blouses blanches dans les rues de la capitale. « On avait manifesté par service, les chefs de service avec les aides-soignants, c’était du jamais-vu », se souvient Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat, à Paris, et membre du CIH. Pour lui, sept mois plus tard, le secteur est toujours en « ébullition ».

Christophe Prudhomme, de la CGT, s’attend à une « forte mobilisation » dans les établissements mardi. « Les personnels se mobilisaient déjà ces derniers mois sans y croire beaucoup, mais là, avec la crise, la glorification des soignants et le soutien de la population, ils sont très motivés pour ne pas se retrouver avec des clopinettes », dit-il.

Plus de trois semaines après le début du « Ségur », les participants se montrent dubitatifs sur le déroulé du processus. Plusieurs d’entre eux plaident pour l’annonce rapide par le gouvernement de l’enveloppe budgétaire qu’il est prêt à mettre sur la table, notamment pour revaloriser les salaires. « Le gouvernement aligne les milliards d’euros dans d’autres secteurs, comme l’aéronautique. Nous, nous demandons un plan d’urgence de 15 milliards pour augmenter les soignants, embaucher et remettre à zéro les déficits des hôpitaux. Qu’il nous dise déjà oui ou non ! », lance M. Prudhomme. « Tout le monde est d’accord sur la nécessité d’un rattrapage rapide sur les salaires, on ne comprend pas pourquoi ils n’ont pas commencé par ça », abonde Olivier Milleron.

Dans un communiqué publié vendredi 12 juin, le collectif exprime aussi son inquiétude vis-à-vis du « Ségur ». Il s’est dit « étonné de l’absence de méthode, de la rapidité sur certains sujets qui mériteraient un travail de fond, de changement de calendrier impromptu (…) et du défaut de transparence sur les options retenues ou écartées ». Dénonçant une « parodie » de négociation, SUD-Santé sociaux a claqué la porte du Ségur, mardi 2 juin. « Mme Notat [la médiatrice désignée par le gouvernement] s’est présentée en nous disant qu’elle n’avait ni marge de manœuvre ni mandat », regrette Olivier Youinou, le représentant du syndicat.

Auditionné au Sénat mercredi 10 juin, le ministre de la santé, Olivier Véran, s’est montré confiant sur le processus en cours. « J’entends qu’il y a eu une attente très forte de la profession. (…) J’entends l’impatience », a-t-il déclaré. « Les négociations avancent, elles progressent », a-t-il ajouté, précisant qu’il était tenu par l’agenda qu’il avait lui-même fixé. A la CGT, on annonce déjà de nouvelles mobilisations de soignants, le 30 juin et le 14 juillet.

Les universitaires appellent à soutenir les soignants
La journée de manifestation des personnels de santé du 16 juin a reçu le soutien d’un autre pan de la fonction publique : celui du monde universitaire. Plusieurs syndicats de l’enseignement supérieur, de la recherche, et des étudiants (CGT, FSU, FO, SUD, UNEF…), ainsi que la coordination nationale des « facs et des labos en lutte » qui se mobilise depuis plusieurs mois contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche, ont appelé à marcher aux côtés des soignants. « Comme la recherche, l’hôpital est confronté depuis des années à une destruction de la logique de service public sur le long terme, dénonce l’un des membres de la coordination, le chercheur CNRS, Samuel Hayat. La crise sanitaire a montré combien le service public était nécessaire, en santé, comme en recherche, il faut un engagement de l’Etat, et cela passe par des financements pérennes. »