Les mobilisations dans les hôpitaux en 2019 et 2020

Le Monde.fr : Partout en France, des centaines de médecins démissionnent pour mettre la pression sur le gouvernement

il y a 12 heures, par infosecusanté

Le Monde.fr : Partout en France, des centaines de médecins démissionnent pour mettre la pression sur le gouvernement

En une semaine, ce sont plus de 300 praticiens qui ont quitté leurs fonctions administratives pour dénoncer l’état de l’hôpital.

Le Monde avec AFP•

Publié aujourd’hui le 03/02/2020

Démissions en série dans les hôpitaux de France. A Rennes, Marseille, Paris ou Caen, des médecins chefs de service renoncent à leurs fonctions administratives et d’encadrement – tout en continuant d’assurer les soins – pour remettre la pression sur le gouvernement à l’approche d’une nouvelle mobilisation de l’hôpital public le 14 février.

Lundi 3 février au matin, une vingtaine de départs ont été enregistrés à Saint-Louis, à Paris, dont celui de l’hématologue Hervé Dombret, qui ne veut plus discuter avec sa direction des « restrictions budgétaires imposées à l’hôpital depuis plus de dix ans ». « Tant que nous ne crions pas, on ne nous entend pas, on ne réfléchit même pas », déplore-t-il, interrogé par l’Agence France-Presse.

A Caen, 36 médecins ont à leur tour annoncé renoncer à leurs fonction dans l’après-midi. D’autres vagues de démissions étaient attendues dans la journée, notamment à Marseille (64 praticiens), selon le Collectif Inter-hôpitaux (CIH), à l’origine de ce mouvement inédit. En une semaine, ce sont plus de 300 praticiens hospitaliers qui ont ainsi quitté leurs fonctions.

Chaîne humaine

Les médecins du CHU de Rennes ont donné le coup d’envoi le 27 janvier : d’un seul coup, 54 médecins ont remis leur lettre de démission. Ils entendaient ainsi protester contre « la diminution du financement global de la santé, et des missions qui n’arrêtent pas d’augmenter, sans qu’il y ait des ressources en regard », selon le pneumologue Hervé Léna.

La scène s’est reproduite au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) le 29 janvier, avec la démission de 56 chefs de service de six hôpitaux de l’ouest et du sud de Paris.

Même scénario dimanche dans le nord-est de la capitale, avec 27 démissions à Robert-Debré et quelques centaines de personnes formant une chaîne humaine autour de cet établissement pour enfants. Malheureusement, le gouvernement n’en a cure », regrettait Julie, infirmière en réanimation pédiatrique et « pas loin du burn-out », convaincue qu’après les médecins « les soignants (allaient) aussi finir par quitter le navire » .

« Pour un plan d’urgence digne de ce nom »

Dix mois après le début de la grève des services d’urgences, la crise s’est étendue à tout l’hôpital public, dont les personnels ont manifesté par milliers à la mi-novembre. Pour calmer la tension, le gouvernement leur a promis des primes, une rallonge budgétaire et une reprise massive de dette.

Trop peu et trop tard pour de nombreux médecins, qui ont « alerté solennellement » la ministre de la santé, Agnès Buzyn, le mois dernier, de leur intention de démissionner à défaut de réelles « négociations » sur les salaires et, plus largement, sur le « mode de financement » et la « gouvernance » du secteur.

Reçus le 17 janvier par la ministre, les représentants du CIH n’ont « pas pu obtenir de réponses » à ces demandes et ont appelé « à poursuivre le mouvement pour un plan d’urgence digne de ce nom ».

Un sujet « plus que jamais à l’agenda » du ministère

Dimanche, le collectif faisait état de 1 266 « engagements à démissionner », dont près de 200 avaient été mis à exécution la semaine dernière, à Rennes et Paris, mais aussi à Lyon, Orléans, Douai, Salon-de-Provence, ou encore Dax. Cette semaine, des médecins de Brest, Nantes, Avignon, Annecy et Corbeil-Essonnes doivent passer à l’acte, puis d’autres « dans les prochains jours » à Grenoble, Toulouse, Limoges…

De quoi tenir jusqu’au vendredi 14 février, date d’une nouvelle journée nationale de grèves et de manifestations, également soutenue par le Collectif inter-urgences et l’ensemble des syndicats de la fonction publique hospitalière, dont la CGT, FO et la CFDT.

Le sujet est « plus que jamais à l’agenda », assure le cabinet de Mme Buzyn, dont « la priorité est la mise en œuvre des mesures annoncées ». Deux nouvelles primes ont d’ailleurs été créées par décret vendredi, pour les soignants de la région parisienne et les aides-soignantes en gériatrie.