L’industrie pharmaceutique

Le Monde.fr : Pénurie de médicaments : Agnès Buzyn dévoile les pistes du gouvernement

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Pénurie de médicaments : Agnès Buzyn dévoile les pistes du gouvernement

Le sujet est devenu très médiatisé, en raison de ruptures de stock portant sur des produits courants, comme des antibiotiques, des vaccins ou des anticancéreux.

Le Monde avec AFP•

Publié le 8 juillet 2019

Le ministère de la santé a dévoilé, lundi 8 juillet, ses pistes pour « lutter contre les pénuries et améliorer la disponibilité des médicaments en France ». Cette feuille de route 2019-2022 pourra être enrichie d’ici septembre par les acteurs concernés, promet la ministre Agnès Buzyn. Il y a urgence car de multiples molécules sont en tension, voire indisponibles, dans les pharmacies de ville et hospitalières. Trois classes de produits d’intérêt thérapeutique majeur sont plus particulièrement exposées : anti-infectieux, médicaments du système nerveux, anticancéreux, rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). En dix ans, le nombre de médicaments en rupture de stock a plus que décuplé. Pour 2018, plus de 600 molécules sont concernées, un chiffre qui pourrait passer à 1 200 pour 2019, craint même France Assos Santé, qui représente 80 associations.
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La feuille de route ministérielle comprend 28 actions regroupées en 4 axes. D’abord, il s’agit de promouvoir la transparence et la qualité de l’information, ensuite de mener des actions de prévention et de gestion sur l’ensemble du circuit du médicament. Troisième axe : renforcer la coordination nationale et la coopération européenne, notamment en mettant en place des établissements pharmaceutiques publics européens afin de produire certains médicaments, et en relocalisant la fabrication des matières premières et des médicaments en Europe. Enfin, le ministère de la santé propose une nouvelle gouvernance en instaurant un comité de pilotage.

« Un sujet majeur »

« Des portes sont entrouvertes pour plus de transparence et la mise en place de sanctions, commente Gérard Raymond, président de France Assos Santé, c’est un sujet majeur : la santé et la vie d’une personne ne peuvent être tributaires de la seule logique de rentabilité financière de l’industrie pharmaceutique. »
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« Le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres, il ne peut être soumis aux mêmes règles de business », abonde Carine Wolf-Thal, présidente de l’ordre des pharmaciens, plutôt satisfaite de ces propositions qui devraient permettre d’agir à tous les niveaux. « La feuille de route met en avant le rôle du pharmacien et l’outil DP-Rupture, que l’ordre a développé pour fluidifier l’information entre industriels et officines », souligne-t-elle. Déjà utilisé par près de 15 000 des 22 000 pharmacies en France, ce logiciel permet aux pharmaciens de signaler les ruptures d’approvisionnement au laboratoire concerné. Le document prévoit de le mettre également à disposition des grossistes répartiteurs. Carine Wolf-Thal juge aussi primordiale la volonté de coordination européenne et se félicite du renforcement de l’ANSM, qui aujourd’hui n’a pas de réel pouvoir de police sur les industriels et les grossistes répartiteurs, estime-t-elle.

Le professeur Francis Berenbaum (hôpital Saint-Antoine, AP-HP) se réjouit lui de la « volonté de transparence et d’information, et de discussions au niveau européen pour la réglementation et les prix ». Le rhumatologue regrette toutefois que le document ne distingue pas les divers types de pénuries, qui nécessitent des réponses différentes. Il plaide aussi pour une autre mesure qui ne figure pas dans la feuille de route : réduire la liste des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur – qui recouvre actuellement la moitié des molécules – mais en imposant davantage d’obligations pour les fabricants.

L’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, une nouvelle organisation lancée par des militants pour l’accès aux traitements, a de son côté jugé cette feuille de route « ni concrète ni opérationnelle ». Il évoque de « simples pistes », la ministre n’ayant pas mesuré « l’importance vitale des enjeux ».

Sandrine Cabut et Pascale Santi