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Le Monde.fr : Petite enfance : face à la pénurie de personnel, les solutions du gouvernement très attendues

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : Petite enfance : face à la pénurie de personnel, les solutions du gouvernement très attendues

Le ministre des solidarités, Jean-Christophe Combe, doit faire de nouvelles annonces en septembre, notamment sur les revalorisations salariales.

Par Solène Cordier

Publié le 30/08/2022

Dans le secteur de la petite enfance, la rentrée s’annonce difficile. Comme l’illustre la pénurie de personnels, désormais quantifiée – 10 000 professionnels manquent à l’appel selon une étude inédite de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) datée du 11 juillet –, l’attractivité de ces métiers est un enjeu-clé. Conséquence directe de cette pénurie, de nombreux établissements d’accueil collectif (le deuxième mode de garde pour les enfants de moins de 3 ans en France, derrière les assistantes maternelles) sont à la peine. « Ces derniers mois, on a des structures qui ont diminué leur amplitude horaire, d’autres qui ont fermé des sections pour continuer d’accueillir les enfants en toute sécurité. Les professionnels qui restent en poste doivent bien souvent faire des heures supplémentaires pour pallier les absences de leurs collègues », résume Véronique Escames, co-secrétaire générale du Syndicat national des professionnel·le·s de la petite enfance (SNPPE).

Il existe « un vrai gouffre entre le contenu de la formation, qui insiste sur le bien-être et le développement des enfants et l’accompagnement à mettre à œuvre, et la réalité du terrain », abonde Emilie Philippe, du collectif Pas de bébés à la consigne. Dans les faits, « on se retrouve en permanence à travailler dans l’urgence, à se relayer dans les sections pour pallier le manque de professionnels », ajoute-t-elle.

« Revaloriser ces métiers »
Les tensions actuelles de recrutement suscitent, sans surprise, le mécontentement des parents pour qui la garde de leur tout-petit vire au casse-tête. Conscient de la problématique, le précédent gouvernement a mis sur pied un comité de filière petite enfance, afin de réunir autour de la table tous les acteurs du secteur pour plancher sur des solutions. Ses premières conclusions, rendues au début de l’été, sont censées inspirer l’action des pouvoirs publics.

Dans la foulée de leur présentation, le ministère des solidarités a annoncé les premières mesures urgentes, le 11 juillet. En tête, la création d’un observatoire de la qualité de vie au travail dans la petite enfance, doté de 500 000 euros, ainsi que l’annonce de l’organisation d’une campagne de valorisation de ces métiers dès l’automne.

Des premières pistes de réponses plutôt bien accueillies par les acteurs, qui se disent cependant vigilants à ce que le gouvernement n’en reste pas là. « On attend beaucoup du ministre pour qu’il nous aide à améliorer les conditions de travail, et à revaloriser ces métiers, y compris sur le plan financier », indique Elsa Hervy, déléguée générale de la Fédération française des entreprises de crèches, qui représente 2 000 crèches et 52 000 places. « L’une des solutions pour lutter contre la pénurie, c’est de lancer les négociations avec les régions pour augmenter le financement des places dans les formations d’éducateurs de jeunes enfants et d’auxiliaires de puériculture », ajoute-t-elle.

Professionnels échaudés
Interpellé sur ces sujets au cœur de l’été, le tout nouveau ministre des solidarités, Jean-Christophe Combe, avait donné rendez-vous en septembre pour de nouvelles annonces, notamment ce qui touche aux revalorisations salariales. « Le rendez-vous sera respecté », assure l’entourage du ministère des solidarités, sans donner de calendrier plus précis. Une confirmation attendue par les professionnels, dont certains ont été échaudés par la publication d’un arrêté le 29 juillet qui élargit la liste des professionnels chargés de l’encadrement des enfants et permet de recourir à des personnels non diplômés dans les territoires où les centres de protection maternelle et infantile (PMI) auront identifié une pénurie.

« On voit mal comment déroger à la liste des diplômes et certifications obligatoires, de même que recourir à des personnes éloignées de l’emploi [une autre piste du gouvernement annoncée en mars] pourrait améliorer les choses. Cela va mettre les professionnels encore plus en difficulté », déplorait auprès du Monde, avant même la publication de l’arrêté, Emilie Philippe, du collectif Pas de bébés à la consigne.

Au contraire, plaide l’entourage du ministère en rappelant que ces dérogations sont possibles depuis 2000, « on sait qu’on va traverser une année pas évidente en termes de pénurie de personnels, et on aurait pu avoir un afflux de personnels pas qualifiés sans encadrer les dérogations. Là, cela permet d’en profiter pour que ces personnes soient formées, puisque non seulement elles n’exerceront de manière autonome qu’au terme d’un parcours d’intégration de 120 heures, mais en complément elles devront être accompagnées dans un délai d’un an dans une formation qualifiante dans le domaine de l’enfance. » L’enjeu est en effet de taille : lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a promis de créer 200 000 places d’accueil supplémentaires pour les jeunes enfants au cours de son second quinquennat. Encore faut-il qu’il y ait des professionnels pour s’en occuper.

Solène Cordier