Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Monde.fr : Pourquoi la « guerre » au coronavirus divise-t-elle autant Israël ?

il y a 2 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Pourquoi la « guerre » au coronavirus divise-t-elle autant Israël ?

Le gouvernement d’union nationale s’est avéré incapable d’endiguer la relance de la pandémie, qui avive les contradictions internes à la société israélienne.

Israël a franchi, le 5 septembre, le seuil symbolique des mille décès dans la pandémie de Covid-19, dont la moitié enregistrée depuis le début du mois d’août. Cette aggravation de la crise sanitaire est d’autant plus inquiétante que Benyamin Nétanyahou s’est maintenu au pouvoir en constituant, en mai dernier, un gouvernement d’union nationale, voué à combattre la pandémie. Le bilan israélien, pour une population de 9 millions d’habitants, est plus lourd qu’en Cisjordanie (225 décès pour 3 millions) et à Gaza (13 morts pour 2 millions). Surtout, la Jordanie voisine, un peu plus peuplée qu’Israël, n’a enregistré que 22 décès. Il est vrai que les confinements en Jordanie et en Palestine ont été nettement plus rigides qu’en Israël, entre autres du fait des calculs politiciens de Nétanyahou.

LE PIEGE DE LA SECONDE VAGUE

Les sévères restrictions que le gouvernement israélien a imposées en mars et avril 2020, au nom de la crise sanitaire, ont commencé d’être levées dès le mois de mai, une fois que Nétanyahou a consolidé la majorité parlementaire de son nouveau cabinet. Le Premier ministre doit reconnaître en juillet que la réouverture de l’économie avait été « prématurée », tandis que le président Reuven Rivlin, malgré son engagement historique à droite, dénonce l’absence d’une « doctrine claire et cohérente pour combattre le virus« . La démission de la directrice de la santé publique alimente les polémiques et conduit Nétanyahou à désigner Ronni Gamzu « coordinateur Covid-19″, après le retrait d’autres personnalités médicales, en désaccord ouvert avec le ministère de la Santé. Gamzu, chef de l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv, s’assigne publiquement pour tâche de « restaurer la confiance du public dans la capacité du gouvernement à répondre à la pandémie ».

Le défi est d’autant plus ardu à relever que les rassemblements festifs de la période estivale entraînent une accentuation sensible de la propagation de la pandémie, avec désormais plus de 4000 nouveaux cas quotidiens. Gamzu, déclarant le pays « en guerre« , lance un vibrant appel à la suspension des « mariages » et des « évènements de masse ». Il fait adopter par le gouvernement un plan classant les villes du pays, suivant les critères épidémiologiques, en catégories « verte », « jaune », « orange » et « rouge ». Les rassemblements dans ces villes « rouges » sont théoriquement limités à vingt personnes en extérieur et dix en intérieur. Mais le confinement que Gamzu veut imposer à cette quarantaine de localités et quartiers « rouges », dont les villes arabes d’Umm al-Fahem et de Kfar Qassem, ainsi que le bastion ultra-orthodoxe de Bnei Brak, est finalement limité à un couvre-feu de 19h à 5h, du fait d’une levée de boucliers dans les milieux fondamentalistes.

LA FRONDE DES ULTRA-ORTHODOXES

Les disciples du rabbin Nahman de Breslev (1772-1810) sont les premiers à s’opposer ouvertement au gouvernement israélien, au nom de leur « droit » à se rendre pour le Nouvel an juif (Rosh Hashana) sur la tombe de leur maître spirituel, dans la ville ukrainienne d’Ouman, à 200 kilomètres de Kiev. Des fidèles de cette obédience ultra-orthodoxe rejoignent dès lors les manifestations hebdomadaires, pourtant marquées à gauche, qui demandent la démission de Nétanyahou, mis en examen depuis novembre dernier pour corruption, fraude et abus de confiance. Plus grave pour le Premier ministre est la fronde des deux partis religieux qui détiennent à son cabinet les portefeuilles de l’Intérieur et de l’Habitat et l’accusent de stigmatiser la communauté ultra-orthodoxe. Nétanyahou accepte sous leur pression de remiser le plan de confinement localisé que lui avait proposé Gamzu.

Le chef du gouvernement israélien a pu profiter une partie de l’été de l’indéniable succès personnel qu’a représenté pour lui la normalisation des relations avec les Emirats arabes unis, suivis depuis peu par Bahreïn. Mais il est de nouveau confronté aux conséquences délétères de sa gestion politicienne de la crise sanitaire. Son ancien bras droit, Avigdor Lieberman, devenu à l’extrême-droite le fer de lance de la laïcité, accuse les partis religieux d’avoir pris les Israéliens en « otages » et appelle au non-respect des décisions désormais « illégales » du gouvernement. Quant aux municipalités ultra-orthodoxes, elles refusent même le couvre-feu nocturne qui, entré en vigueur le 8 septembre, reste de fait lettre morte pour les 1,3 millions Israéliens auxquels il est censé s’appliquer. Le même soir, le vice-ministre ultra-orthodoxe de l’Education rejoint les centaines de participants d’un mariage religieux à Haïfa, en violation des consignes de son propre gouvernement. Nétanyahou est contraint de se rendre à Beit Shemesh, à forte population ultra-orthodoxe, pour appeler ses compatriotes à un minimum de discipline. Par ailleurs, le ministère de la Santé affirme qu’au moins 20 manifestants atteints du coronavirus ont participé aux manifestations anti-gouvernementales durant le mois écoulé (les mesures de distanciation, en vigueur lors des premiers rassemblements, ne sont en effet plus respectées, comme l’illustre la photo ci-dessus).

La société israélienne avait, au début de la pandémie, impressionné par sa détermination collective à surmonter l’épreuve. Cela semble à l’évidence moins le cas durant la seconde vague de ce fléau. Le gouvernement vient finalement de trancher en faveur d’un reconfinement généralisé, effectif avant le début, le 18 septembre, des célébrations du Nouvel an juif. Les détails de ce plan seront finalisés ce dimanche sous l’égide de Nétanyahou, qui pourra ainsi se rendre, le 15 septembre, à Washington pour la cérémonie officielle de normalisation avec les Emirats et Bahreïn. Cette fois, ce sont des commerçants et restaurateurs qui menacent de rester ouverts, invoquant un risque « d’anarchie ». Il reste dès lors à savoir si de telles restrictions, même appliquées à l’ensemble des Israéliens, parviendront à restaurer une authentique unité nationale face à la pandémie.