Les mobilisations sur les retraites 2019-2020

Le Monde.fr : Réforme des retraites : les cortèges n’ont pas désempli pour la 7e journée de manifestations

24 janvier, par infosecusanté

Le Monde.fr : Réforme des retraites : les cortèges n’ont pas désempli pour la 7e journée de manifestations

Les chiffres de mobilisation étaient souvent en légère hausse par rapport à celle du 16 janvier. De nouvelles manifestations sont prévues le 29 janvier. Le projet de loi a, lui, été adopté en conseil des ministres.

Le Monde avec AFP•

Le 24/01/2020

Selon le syndicat, 1,3 million de personnes ont manifesté dans plus de 200 cortèges. De quoi conforter son secrétaire général, Philippe Martinez, qui assurait au départ du cortège parisien que cette journée n’était « absolument pas » un baroud d’honneur.

De leurs côtés, police et préfectures ont comptabilisé plus de 127 000 manifestants dans une soixantaine de villes hors Paris, selon un décompte provisoire de l’Agence France-Presse (AFP). Ils étaient notamment 9 000 à Lyon, 8 000 à Marseille, 7 500 à Bordeaux et au Havre, 5 000 à Toulouse ou encore 4 000 à Rennes et à Caen, selon les autorités. Des chiffres souvent en légère hausse par rapport à la précédente journée de mobilisation du 16 janvier, mais loin des sommets atteints au début du mouvement, les 5 et 17 décembre.

« Ce mouvement reste massif, on a des taux de grève importants, il s’inscrit dans la durée », a affirmé Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, majoritaire dans l’éducation. « La démocratie sociale et politique ne s’est pas exercée. Espérons que, dans les mois qui viennent, à l’occasion du débat parlementaire et des amendements, la démocratie reprenne un peu ses droits », a insisté le président de la CFE-CGC, François Hommeril.

A Paris, les manifestants sont arrivés dans le calme place de la Concorde peu après 16 heures en provenance de celle de la République. Aux côtés des nombreux enseignants se trouvaient aussi des cheminots, des agents de la RATP, des avocats, des lycéens, des dockers, des égoutiers ou encore des « gilets jaunes ». Au total, la CGT a comptabilisé plus de 350 000 personnes dans le cortège.

« Retraités à points, retraités à poil », « Age pivot = âge idiot », « Des paillettes dans nos retraites », pouvait-on lire sur les pancartes parisiennes. Sous la verrière de la Gare de l’Est, une centaine de danseuses ont exécuté une chorégraphie et chanté A cause de Macron, après une assemblée générale de cheminots qui ont voté pour la reconduction de la grève.

A Marseille, le cortège est passé dans le calme devant la préfecture. « On va les rendre fous », pronostiquait Olivier Mateu, secrétaire de l’union départementale CGT, qui s’est félicité de la présence de nouveaux venus dans le cortège.

« Les cheminots ont besoin de reprendre du souffle mais ils restent dans le conflit avec d’autres formes d’action, et on voit par exemple arriver les enseignants-chercheurs. »

A Montpellier, où la manifestation s’est élancée en fin de matinée, on pouvait lire sur les pancartes « Age pivot, âge pipeau » ou « Re-Traite moi bien ».

A Bordeaux, des « gilets jaunes » se sont placés en tête du cortège pour demander la fin des violences policières et réclamer des assemblées citoyennes. Quelque 200 avocats du barreau de la ville se sont réunis sur les marches du tribunal, en robe et portant tous des masques blancs, symbolisant, selon l’un d’eux, « la mort promise à 30 % des avocats à cause de la réforme des retraites ».

A Lyon, quelque 500 avocats ont accueilli, dans le silence, les participants à l’audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire de Lyon. « Destruction massive des avocats », « Mensonge d’Etat, les avocats ne survivront pas », « 70 000 à ne pas comprendre », « Avocats, magistrats, même combat », pouvait-on lire sur les pancartes.

Emmanuel Macron a dénoncé, au cours du conseil des ministres vendredi, « les actes de violence et la radicalité de certains blocages » lors des protestations contre la réforme des retraites, selon la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Le chef de l’Etat « a appelé à la plus grande fermeté à l’égard de leurs auteurs », a-t-elle ajouté. « La haine de l’autre, l’intimidation de l’autre au prétexte d’une divergence, qu’elle soit politique ou syndicale, ne peuvent en aucun cas être acceptables », selon les propos rapportés d’Emmanuel Macron.

La CGT-Energie, notamment, a multiplié ces derniers jours les opérations de blocage : « port mort » à Marseille, mise à l’arrêt du barrage hydroélectrique de Grand’Maison (Isère) et de trois incinérateurs d’Ile-de-France. Jeudi, plusieurs garages de camions poubelles parisiens ont également été bloqués.

Face aux ministres, le président a également « souhaité que, lorsque des fautes sont commises par les forces de l’ordre, elles soient évidemment systématiquement sanctionnées, comme c’est le cas ». Mais il a, « dans le même temps, refusé que ne s’installe une forme de relativisme qui laisserait croire que la violence exercée par une minorité de manifestants ou des actions de blocage très, très radicales seraient justifiées par une supposée violence d’État organisée, ce n’est évidemment en aucun cas le cas », selon la porte-parole.

Des étudiants et des personnels de l’Education nationale rassemblés à la Gaîté lyrique, à Paris, rejoignent le cortège place de la République pour le départ de la manifestation contre la réforme des retraites.

Des étudiants et des personnels de l’Education nationale rassemblés à la Gaîté lyrique, à Paris, rejoignent le cortège place de la République pour le départ de la manifestation contre la réforme des retraites. BENJAMIN GIRETTE POUR « LE MONDE »

Les deux projets de loi – l’un organique, l’autre ordinaire – visant à créer un « système universel » de retraite par points, qui ont été adoptés vendredi en conseil des ministres, vont être transmis à l’Assemblée nationale pour un débat en séance publique à partir du 17 février en vue d’un premier vote début mars. Les députés examineront ces textes au pas de charge : audition des ministres la semaine prochaine, examen des amendements à partir du 3 février, débat en séance publique à partir du 17, en vue d’un premier vote début mars, juste avant la trêve imposée par les élections municipales.

En parallèle, les discussions se poursuivent entre gouvernement, syndicats et patronat sur des points clés comme la pénibilité, le minimum de pension, les fins de carrière et l’emploi des seniors. Autant de sujets qui rendent incertain le coût final de la réforme, dont « l’équilibre d’ici 2027 » est renvoyé à une « conférence des financeurs », qui sera lancée le 30 janvier et doit proposer une solution avant fin avril. Pour l’heure, la CGT et FO n’ont pas indiqué si elles y participeront. La CGT décidera lundi.

•Des transports et des services publics perturbés
Dans les transports, après un quasi-retour à la normale ces derniers jours, le trafic était de nouveau perturbé. Du côté de la SNCF, la situation est conforme au plan annoncé avec un trafic quasi normal sur les TGV et l’international, 70 % des TER/Intercités et 60 % des Transiliens, a précisé l’entreprise vendredi matin.

Le réseau RATP est lui moins fluide avec quelques dépôts de bus rapidement débloqués vendredi matin et seulement trois lignes de métro qui fonctionnent normalement. « La ligne 10 est perturbée avec trois trains sur quatre qui circulent et le reste est très perturbé », indique la centrale qui relève toutefois un léger mieux sur la ligne 3, entièrement ouverte jusqu’à 10 h 30.

Dans l’éducation, le taux de grévistes était de 15,84 % dans le primaire et de 10,30 % dans le secondaire (collèges et lycées) selon le ministère, mais de 40 % pour chacun d’après les syndicats. Des chiffres en hausse par rapport à la mobilisation du 16 janvier.

Le secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’action et des comptes publics a fait état d’un taux de grévistes de 4,42 % dans la fonction publique : 7,98 % dans la fonction publique de l’Etat, 1,91 % dans la fonction publique territoriale et 2,6 % dans la fonction publique hospitalière.