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Le Monde.fr : Sanofi et un vaccin contre le Covid-19 en priorité pour les Etats-Unis : une polémique vite devenue politique en France

il y a 3 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Sanofi et un vaccin contre le Covid-19 en priorité pour les Etats-Unis : une polémique vite devenue politique en France

Le directeur général du groupe a affirmé qu’il servirait « en premier » les Etats-Unis s’il trouvait un vaccin. La réaction au sommet de l’Etat ne s’est pas fait attendre.

Le Monde avec AFP

Publié le 14/05/2020

Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a expliqué, mercredi 13 mai, le directeur général du groupe.

La réaction au sommet de l’Etat ne s’est pas fait attendre. Après le premier ministre, l’Elysée s’est « ému » de l’annonce selon laquelle le groupe pharmaceutique Sanofi servirait en priorité les Etats-Unis s’il trouvait un vaccin contre le Covid-19. « Les efforts déployés ces derniers mois montrent qu’il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché », a ajouté la présidence jeudi 14 mai, tout en précisant qu’Emmanuel Macron recevrait des dirigeants de Sanofi en début de semaine prochaine pour en discuter.

C’est également le message que répète le groupe depuis mercredi soir, assurant qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir quant au fait que certains pays seraient privés d’un tel traitement. Dans la soirée, le groupe avait précisé dans un communiqué que « la production sur le sol américain sera[it] principalement dédiée aux Etats-Unis et le reste de [ses] capacités de production sera[it] alloué à l’Europe, à la France et au reste du monde », s’engageant toutefois à ce que son éventuel vaccin « soit accessible à tous ».

« Les Américains sont efficaces »
Théoriquement, « l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux Etats-Unis, en France et en Europe de la même manière », a promis jeudi le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot, dans un entretien à BFM-TV. Mais, dans les faits, cela sera possible « si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains », a-t-il précisé. Le responsable de Sanofi a ainsi renvoyé les autorités européennes à leurs responsabilités, soulignant que les Etats-Unis avaient déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches.

« Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace, en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin », a insisté M. Bogillot, rapportant en être au stade des « pourparlers » avec les autorités européennes ainsi qu’avec des pays comme la France et l’Allemagne.

Mercredi, le directeur général du groupe, Paul Hudson, a affirmé que Sanofi servirait « en premier » les Etats-Unis s’il trouvait un vaccin, car ce pays « partage le risque » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec l’Autorité pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda). Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a-t-il argué dans un entretien à l’agence de presse Bloomberg. Il a précisé que cette avance pourrait être de quelques jours ou de quelques semaines.

Une « décision scandaleuse »
Ces déclarations ont suscité une série de réactions indignées dans le monde politique français, de l’opposition de gauche à celle d’extrême droite.

Dans le premier camp, le chef de file des socialistes, Olivier Faure, a dénoncé les « jeux du marché », évoquant le bien-fondé d’une nationalisation et appelant le gouvernement à l’action. « Cette décision est scandaleuse ! Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision », a réagi mercredi matin le Parti socialiste dans un communiqué, ajoutant :

« L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. […] Parce que la santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché, aucune entreprise française ne doit pouvoir jouer contre notre propre souveraineté sanitaire sans s’exposer à une nationalisation. »

Interrogée sur France Inter, Ségolène Royal, ancienne ministre de l’écologie, a dit de son côté : « Il est évident que la santé doit être exclue des règles du marché financier, ce n’est pas un bien comme un autre. »

Dans le second, Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national, a posé la question : « Est-ce-qu’on pleure sur le patriotisme économique mis en place par les autres [les Etats-Unis] ou est-ce que nous aussi on décide d’en faire un peu ? » Elle souligne aussi que Sanofi « n’est plus une entreprise française ». De fait, les actionnaires du groupe sont, à plus de 60 %, des investisseurs étrangers.

La polémique a également débordé du monde politique, l’organisation non gouvernementale militante Oxfam s’insurgeant contre des informations « tout simplement scandaleuses » et critiquant « les motivations financières et la recherche de profits par les géants de l’industrie pharmaceutique ».

Quant aux recherches elles-mêmes, où en sont-elles ? Le responsable de Sanofi a confirmé qu’il tablait toujours sur un vaccin prêt d’ici à dix-huit ou vingt-quatre mois, soulignant à quel point un tel calendrier était rapide par rapport à la normale. En temps normal, « développer un vaccin, ça prend dix ans », a rappelé M. Bogillot. « On essaie d’accélérer toutes les phases. »

Un vaccin contre la maladie Covid-19 pourrait être prêt d’ici un an dans un scénario « optimiste » selon les données provenant d’essais en cours, a estimé jeudi l’Agence européenne des médicaments (EMA).