Politique santé sécu social du gouvernement

Le Monde.fr : « Ségur de la santé » : les 6 milliards d’Olivier Véran ne convainquent pas tous les partenaires sociaux

il y a 1 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : « Ségur de la santé » : les 6 milliards d’Olivier Véran ne convainquent pas tous les partenaires sociaux

Les négociations rentrent dans leur dernière ligne droite, avant l’échéance du 9 juillet. Après avoir révélé l’enveloppe prévue pour les personnels non médicaux, le ministre doit annoncer lundi la somme réservée aux praticiens hospitaliers.

Par François Béguin

Publié le 27/06/2020

Un mois après le lancement du « Ségur de la santé », les négociations sur les revalorisations salariales des personnels hospitaliers entrent dans leur dernière ligne droite.

Le ministre de la santé, Olivier Véran, doit annoncer lundi 29 juin le montant de l’enveloppe destinée à revaloriser les salaires des praticiens hospitaliers. Mercredi 1er juillet, au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation des personnels hospitaliers, il devrait préciser comment il entend répartir les 6 milliards d’euros promis le 24 juin à destination des personnels non médicaux (infirmiers, aides-soignants, personnels administratifs et techniques…) des hôpitaux et Ehpad publics, mais aussi, pour partie, du secteur privé.

La somme, qui ne comprend pas les Fnouveaux investissements également promis par le chef de l’Etat, est conséquente. Sans commune mesure avec ce qui avait pu être mis sur la table lors des précédents plans en faveur du secteur, elle devrait se répartir entre une hausse de salaire nette, une évolution des grilles et une refonte des primes.

« Cette somme correspond à ce qu’on attendait pour l’hôpital public, explique-t-on à la Fédération hospitalière de France, la structure qui représente les établissements publics. Le sujet, désormais, c’est la répartition la plus intelligente possible de manière à répondre à l’enjeu de juste reconnaissance des personnels et à l’enjeu d’attractivité. »

Si Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a estimé jeudi que cette somme était « un bon point de départ, un bon point d’appui », les autres organisations syndicales ont jugé que le compte n’y était pas. « Six milliards, ce n’est pas sérieux, il faut aller très nettement au-delà », fait valoir Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral de la CGT-Santé. L’organisation, la première du secteur, a proposé un plan global à 57 milliards d’euros, dont près de 32 milliards pour les rémunérations, toutes catégories et tous types d’établissements confondus. « Si mercredi le gouvernement ne met pas d’emblée 15 milliards sur la table, ça n’a pas de sens », estime M. Bourdillon.

« Poudre aux yeux »
« Ça va être extrêmement compliqué », abonde Didier Birig, le négociateur pour FO, en regrettant que l’enveloppe promise mercredi par le ministre prévoie d’inclure – sans plus de détails à ce stade – des revalorisations pour les personnels du privé lucratif et non lucratif, soit près de 500 000 salariés de plus. « Rien que pour accorder à tout le monde les 300 euros de revalorisation immédiate que nous demandons, il faudrait 9 milliards d’euros », calcule-t-il.

« Il faut arrêter de nous jeter de la poudre aux yeux », lance Olivier Youinou, conseiller national à SUD-Santé, qui a claqué la porte des négociations au début du processus. Pour lui, aucun des trois préalables formulés en début de processus n’est satisfait : revalorisation de 300 euros pour chacun, « création de lits là où on en a trop fermé », et 100 000 embauches dans les hôpitaux publics et 200 000 dans les Ehpad.

Le déroulement de la négociation est lui aussi sévèrement critiqué. « Ce sera le protocole le plus important pour l’hôpital public des vingt ou trente dernières années mais c’est celui avec la méthodologie la plus merdique, et j’assume le terme. C’est à croire qu’ils n’ont jamais discuté un protocole, c’est du n’importe quoi ! », regrette Didier Birig, à FO, qui craint de ne pouvoir disposer que de quelques heures en milieu de semaine pour réellement négocier.

Pour tenir le calendrier extrêmement serré fixé par le gouvernement, la négociation pourrait s’achever dès le milieu de la semaine prochaine. Une conclusion rapide qui répond à une double contrainte. Celle du ministre, qui a affirmé jeudi vouloir aboutir d’ici au 9 juillet, « par anticipation de quelques jours à l’objectif du 14 juillet », et celle des organisations syndicales, qui disent avoir besoin de huit à dix jours pour consulter leur base sur l’accord proposé. « Le risque, c’est que personne ne signe et qu’il y ait une application unilatérale », met d’ores et déjà en garde la CGT.

François Béguin