L’hôpital

Le Monde.fr (Tribune) : « L’ensemble des professions de santé doivent se mobiliser autour des structures d’urgence »

il y a 3 jours, par infosecusanté

« L’ensemble des professions de santé doivent se mobiliser autour des structures d’urgence »
Le Monde

Tribune
Agnès Ricard-Hibon
Médecin urgentiste

Si les conditions d’exercice de la médecine d’urgence sont de plus en plus tendues, la solution n’est pas dans l’affrontement, plaide Agnès Ricard-Hibon, présidente de Société française de médecine d’urgence.

Publié le 27 juillet 2019

Nous sommes à la fin du mois de juillet. Les structures d’urgence, déjà fragilisées, se préparent à assurer leur mission de service public du mois d’août dans des conditions saisonnières difficiles. Effectifs réduits, fermetures temporaires de lits d’aval et risque potentiel d’augmentation des flux de patients fragiles : chaque année, les conditions d’exercice de la médecine d’urgence se tendent de plus en plus.
Pour autant, au-delà de toutes les difficultés, les urgences vitales ou potentiellement vitales seront toujours assurées et les soins non programmés seront gérés. Le service rendu à la population est de qualité : l’engagement personnel des professionnels de santé, qui ont choisi les métiers de l’urgence médicale par vocation, est en effet sans faille, et le maillage national conséquent : 713 structures d’urgence situées dans 637 établissements de santé en amont, desquels 101 SAMU-Centre 15 (réception des appels urgents) et 390 SMUR (ambulances médicalisées d’urgence et de réanimation) assurent la prise en charge pré-hospitalière.
Les structures d’urgence et leurs professionnels ne peuvent cependant pas continuer de porter seuls l’augmentation des tensions inévitables de cette période critique de l’année. La Société française de médecine d’urgence (SFMU), attentive aux bonnes conditions d’exercice de la spécialité, en particulier en cette période estivale, appelle l’ensemble des professions de santé à une mobilisation solidaire autour des structures d’urgence.

Des conditions de travail difficiles
Car si la première préoccupation des professionnels de l’urgence (médecins et paramédicaux) reste la santé et la qualité de prise en charge des malades, elle ne peut se maintenir au détriment de la santé des soignants. Ces dernières semaines ont levé le voile sur la souffrance engendrée par des conditions de travail difficiles, dans des services parfois au bord de la rupture. L’été 2019 est une période à risque, qu’il faut aborder avec un esprit de solidarité.

En effet, la médecine d’urgence ne s’improvise pas. Elle répond à des règles précises de gestion des flux de patients, de hiérarchisation des pathologies et de répartition des tâches, définies par des années d’observation, de recherche et de recommandations coordonnées par la SFMU. Pour assurer le respect de ces recommandations, garantir la sécurité des usagers et la sérénité des soignants, il est impératif que tous les acteurs impliqués dans la chaîne de soins soient pleinement mobilisés sur leurs contributions respectives, aussi bien en amont qu’en aval des urgences.

C’est un contrat gagnant-gagnant que doivent passer les autorités de santé, la médecine libérale, la médecine hospitalière et les usagers avec la médecine d’urgence. Un contrat qui repose sur trois piliers indissociables : organisation, coopération interspécialités et solidarité. Il appartient aux institutions de santé de mettre en place une organisation sanitaire efficace et de valider les plans d’action et d’anticipation mis en place par les Agences régionales de santé (ARS), en première ligne pour prendre en compte les spécificités régionales. Il appartient aux médecins généralistes de s’organiser de façon à assurer une continuité des soins de ville (notamment par une meilleure coordination des fermetures estivales des cabinets de médecins traitants).

Il appartient aux structures hospitalières de prévoir une capacité en lits d’hospitalisation adaptée aux besoins pour éviter la maltraitance et la surmortalité liée au phénomène des « patients-brancards », séjournant dans les couloirs des services d’urgence. Enfin, il appartient à chaque citoyen de conserver un lien permanent avec ses proches les plus fragiles.

Il faut d’ailleurs rappeler à tous que le premier réflexe à adopter en cas d’urgence est d’alerter en composant le « 15 », et donc d’appeler avant de se déplacer aux urgences. Un médecin pourra alors évaluer le besoin de santé et apporter la réponse adéquate : l’envoi immédiat d’une équipe médicale, la consultation en ville, l’envoi de secouristes ou un conseil médical avec prescription téléphonique.

Une démarche d’engagement
C’est ainsi que la médecine d’urgence pourra garantir une qualité de soins dans la dignité, la sécurité et la sérénité des acteurs jusqu’à la rentrée de septembre, et au-delà. Car la solution des difficultés que rencontrent les hôpitaux pour trouver le juste équilibre entre le médical et le budgétaire ne se trouvera pas dans le seul affrontement entre les services d’urgence et leur hiérarchie hospitalière ou leurs autorités de tutelle.

Dans ce contexte, il importe d’élaborer et de partager des recommandations et des process fondés sur les données scientifiques et le retour d’expérience. C’est une démarche d’engagement qui doit permettre aux professionnels de santé concernés d’assurer dans les meilleures conditions possibles la qualité de prise en charge de la population qui sollicite les structures d’urgences durant cette période de tension particulière. Nous espérons que ce retour d’expérience de l’été 2019 – que nous souhaitons tous positif – permettra de nous améliorer.

L’investissement de la SFMU dans la mission confiée par Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, au professeur Pierre Carli et au député (LRM) Thomas Mesnier doit nous aider à trouver les solutions pour adapter le système de santé à l’évolution du besoin en soins urgents et contribuer à faire progresser la spécialité.
Agnès Ricard-Hibon est présidente de la Société française de médecine d’urgence (SFMU), chef de service au SAMU-SMUR du centre hospitalier René-Dubos à Pontoise (Val-d’Oise) et chef de service au SAU-SMUR du groupe hospitalier Carnelle-Portes de l’Oise (Val-d’Oise).
Agnès Ricard-Hibon (Médecin urgentiste)