Luttes et mobilisations

Le Parisien - Face aux colères sociales, Macron mobilise ses troupes

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Pour faire face, et surtout tenter de désamorcer, les mécontentements qui s’élèvent de toutes parts, le chef de l’Etat incite tous ses ministres à monter au créneau.
Emmanuel Macron a tenu à dire, depuis Épernay, sa « considération au personnel soignant ».

Par Pauline Théveniaud, envoyée spéciale à Épernay (Marne)
Le 14 novembre 2019

Un an a passé. Mais le temps semble suspendu. La journée d’Emmanuel Macron dans La Marne, pour honorer les combattants de la guerre 1914-1918, puis s’afficher au plus près des élus locaux, a un parfum de déjà-vu : celui de son « itinérance » de novembre 2018, dans l’Est et le Nord, où l’on a vu éclore les Gilets jaunes. Il s’agit toujours d’apaiser les colères. Huées et manifestations d’inquiétude en témoignent. « Même si Macron ne veut pas de nous, on est là ! » fredonnent certains. Moins que cet inédit mouvement, c’est à une crise sociale, catégorielle cette fois, que le président fait aujourd’hui face. « Ils commencent à flipper », observe un familier du pouvoir, tandis que les universités se soulèvent après l’immolation d’un étudiant, vendredi dernier à Lyon. « Un geste terrible », souffle Macron.

Les banderoles « urgences en colère » le rappellent sur la façade de l’hôpital : avant la grande grève des cheminots le 5 décembre, les blouses blanches sont dans la rue. Pas celles d’Épernay. Pour cause de visite présidentielle, les manifestations ont été interdites ici, comme dans dix communes voisines. Le centre-ville est sous cloche. Le chef de l’Etat, qui sait combien le sujet est éruptif, est toutefois contraint de bousculer son programme pour annoncer un « plan d’urgence conséquent » pour l’hôpital, dont Édouard Philippe livrera le détail mercredi prochain.

L’occasion, aussi, de dire qu’il ne croit pas à une « coagulation des luttes ». « Je distingue les sujets. » Ou encore : « Les situations sont très différentes. » Les multiples points de tension, l’exécutif entend les traiter un par un. « Il faut prendre les choses de manière séquentielle », recommande l’Elysée. Et bannir tout retard au démarrage.

« Il faut se montrer le plus souple, le plus ouvert, possible »
« Personne n’a vu venir les Gilets jaunes. Là, il y a le devoir de ne pas se laisser surprendre », rapporte un conseiller ministériel. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, étant en déplacement dans l’Antarctique, Gabriel Attal a ainsi été prié, dès mardi par Matignon, de monter au front dans les universités. Gare aussi aux couacs. Consigne a été passée dans les ministères, après les échappées solitaires de Jean-Paul Delevoye ou Agnès Buzyn : « Vérifiez bien, avant les sorties médias que les sujets ont été arbitrés et quel arbitrage a été rendu », retient un conseiller.

En cette période trouble, « le droit dans ses bottes » à la Juppé fait figure d’anti-modèle. Pour preuve, la rondeur avec laquelle Macron a tenu à dire, depuis Épernay, sa « considération au personnel soignant », insistant : « J’ai entendu leur colère et leur indignation. » Selon nos informations, le message a été passé mercredi soir, lors d’une réunion rassemblant les communicants du gouvernement. « Ils s’attendent à un mois de décembre très mouvementé. Quand on est au cœur de la crise, on apparaît toujours plus raide. Donc, avant, il faut se montrer le plus souple, le plus ouvert, possible », témoigne un participant. Un autre résume la recommandation : « Pas de la raideur avant la raideur ! »

Chacun est sommé de s’y mettre. Certes, le président endosse le costume de démineur en chef à Épernay. Mais l’un de ses proches rappelle, à bon entendeur, qu’« il n’y a pas qu’un seul homme, mais un gouvernement, un parti, des parlementaires ». Façon de ne pas laisser le président seul en première ligne. Macron l’a lui-même dit, en répondant à des élus sur les taxes foncières : « Bibi, il en a déjà assez pris. »