La Sécurité sociale

Le Parisien - Fraudes : une sénatrice dénonce la « curieuse » formation des agents de la Sécu

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Sénatrice UDI, Nathalie Goulet s’élève contre le coût et l’efficacité de la formation à la détection des mensonges des fraudeurs dont devraient bénéficier les agents de la Sécu.

Par Catherine Gasté
Le 30 juillet 2019

Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne et membre de la commission des finances, doit remettre début septembre à Édouard Philippe, un rapport sur la fraude aux prestations sociales . Avec la députée LREM de Meurthe-et-Moselle Carole Grandjean, elle est chargée d’évaluer et de recommander les moyens d’action pour renforcer le contrôle et les sanctions contre la fraude aux cotisations sociales et prestations sociales et la fraude documentaire.

Son sang n’a fait qu’un tour quand elle a pris connaissance de l’étonnant appel d’offres lancé par l’institut 4.10 sous tutelle de l’Union des caisses de sécurité sociale (l’Ucanss) et révélé dans nos colonnes le 28 juillet . Il s’agit, pour un coût potentiel de 749 999 euros hors taxe, de former les agents « aux techniques d’audition et de détection du mensonge » basées sur la théorie de la « programmation neurolinguistique » (PNL). Une sorte de mode d’emploi psychologique pour décoder les signes du mensonge — qui a inspiré la série américaine « Lie To me » — inadapté aux enjeux actuels de la fraude dénonce Nathalie Goulet. Elle s’en explique et en appelle à la ministre de la Santé.

« On touche le fond ! » avez-vous réagi dans un tweet. Pourquoi cet appel d’offres vous fait-il bondir ?

NATHALIE GOULET. Alors que beaucoup de rapports sur le sujet ont été publiés et que le nôtre est à venir, c’est une initiative extrêmement curieuse. La teneur de cet appel d’offres, c’est-à-dire la « détection du mensonge », ne figure dans aucun des travaux menés à ma connaissance. Par ailleurs, la rencontre physique entre les assurés et les caisses se raréfie aujourd’hui en raison de la numérisation galopante. Autrement dit, le jeu de « je te tiens tu me tiens par la barbichette » pour savoir à travers un écran qui ment, me semble assez décalé par rapport à la situation.

Savoir décoder le mensonge grâce à cette méthode de détection des signes physiques, ne fait pas, pour vous, partie des outils efficaces ?

Dans le cadre de notre mission, nous avons rencontré de nombreux praticiens de terrain des caisses de Sécurité sociale. Ils savent très bien si les gens mentent ou pas. Ils n’ont pas besoin qu’on leur donne un mode d’emploi pour savoir si les gens clignent de l’œil, se frottent l’oreille ou agitent leurs mains. Je ne parle pas de la fraude de survie qui est marginale, mais bien de la fraude intentionnelle.

Ces fraudeurs-là, qui représentent la fraude massive, sont en réseau et ne sont pas des amateurs. Aujourd’hui, la majeure partie de la fraude concerne les faux documents ou est à lier à l’usurpation d’identité. Les agents des caisses ont besoin d’un équipement biométrique, de formations à la fraude documentaire, de data mining pour explorer les données, et bien d’autres choses encore afin de rendre la chasse à la fraude beaucoup plus performante. Je ne vois donc pas l’intérêt d’une telle formation.

La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) teste déjà depuis plusieurs mois cette méthode dans un département…

Si la Sécurité sociale décide qu’elle a les moyens de dépenser 750 000 € pour ça, franchement, j’en suis très étonnée. Parce que les hôpitaux sont au bord de la crise de nerfs, que les infirmières n’en peuvent plus et que les urgences sont saturées. Ce qui m’interpelle particulièrement c’est le montant d’une telle offre de formation : 749 999 € hors taxes. C’est une somme astronomique.

À vous entendre, cela revient à jeter l’argent par les fenêtres ?

Si vous faites l’adéquation des besoins en formation, évidemment essentiels, et du sujet censé devoir être traité par cet appel d’offres, pour moi, le compte n’y est pas, du moins pas où il faut. Cela soulève un véritable problème de fond : qui a passé cet appel, qui a signé un budget prévisionnel de plus de 700 000 € pour cela ? C’est de l’argent public et une très grosse dépense dont la justification ne saute pas aux yeux. Il y a beaucoup d’autres priorités. L’autorité de tutelle (NDLR : le ministère de la Santé) devrait regarder cela de plus près. C’est la secrétaire de la commission des Finances qui parle ! Si nous n’étions pas en période de vacances parlementaires j’aurais posé une question d’actualité à la ministre de la Santé.