Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Parisien - Masques, surblouses, lunettes de protection : les soignants du 93 manquent de tout

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Gwenael Bourdon

Le 2 avril 2020

Désormais, quand elle arrive au travail, Yasmina Kettal, infirmière aux urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), chausse… des lunettes de snowboard. L’hôpital en a reçu une centaine, donnée par un magasin de sport, pour remplacer les protections habituelles, en rupture de stock.

L’idée est ingénieuse, mais elle illustre aussi à quel point le matériel le plus élémentaire se fait rare, à Saint-Denis comme dans tous les hôpitaux d’Ile-de-France, frappés de plein fouet par l’épidémie de coronavirus. Alors, on compte sur les dons, et on surveille les stocks.

« On est dans le rationnement permanent, confie Yasmina Kettal, 31 ans dont quatre passés aux urgences de Saint-Denis. Le matin, on prend notre tenue : une surblouse jetable, un masque FFP2, une charlotte, nos lunettes personnelles, marquées à notre nom. S’il faut changer de masque, dans la journée, alors qu’on est en plein milieu de soins, on n’en a pas à disposition. Il faut s’interrompre, aller jusqu’au bureau de la cadre de santé… C’est épuisant. Pareil lorsque nos collègues du service de réanimation ou le manipulateur radio viennent aux urgences. Il faut les accompagner pour prendre une tenue. Ce sont des pas en plus, du stress en plus… »

Après les masques, un manque de surblouses
Il y a dix jours, les soignants couraient après les masques. Ces jours-ci, ce sont les surblouses qui manquent, glisse Stéphane Deglinnocenti, de Sud Santé. Aux urgences, explique Yasmina Kettal, plus de « BAVU » jetables. Le personnel utilise désormais une version réutilisable de ces masques à oxygène, utilisés pour des patients sur le point d’être intubés.

« Après chaque utilisation, il faut les démonter, les nettoyer, les désinfecter, les faire sécher… On n’a plus le temps de faire ça. C’est l’enfer sur terre. Et c’est une perte de chance pour les patients. Dans l’urgence, il faut disposer du matériel, le plus vite possible. Aujourd’hui on ne se dit pas : il y a un patient à intuber, mais par qui on commence ? », glisse l’infirmière, qui raconte ses « KO techniques » en rentrant de ses journées de 12 heures.

Membre du collectif Inter urgences, la jeune infirmière dénonçait déjà, avant l’épidémie, le « travail en mode dégradé » au sein des urgences de Delafontaine : « On était quinze de moins qu’à l’hôpital Cochin (Paris), pour le même nombre de passages ». Aujourd’hui, elle en appelle « à un vrai plan d’urgence pour les hôpitaux du 93 ». « On est comme les patients atteints par le Covid. On est asphyxiés, et c’est maintenant qu’on a besoin d’oxygène. »

« On ne va pas nier les difficultés, mais il ne faut pas perdre de vue la mobilisation extraordinaire qui est à l’œuvre », estime de son côté le docteur François Lhote, directeur de la cellule de crise de l’hôpital. L’établissement s’est entièrement réorganisé pour accueillir les malades (235 ce jeudi, dont 30 en réanimation).

« Des dons d’entreprises ont permis de résoudre certaines difficultés. La situation s’améliore », assure encore le médecin. Sous la houlette de l’association Plaine Commune Promotion, association d’entreprises du territoire, des sociétés telles que Baccardi (Saint-Ouen), Eurasia Group, Générali, mais aussi les Archives nationales (Pierrefitte) ont offert à l’hôpital et aux cliniques privées alentours des masques (plusieurs dizaines de milliers), ainsi que du gel hydroalcoolique. La société de vente en ligne Veepee (ex-Vente-Privée), basée à Saint-Denis, a fourni des trottinettes électriques pour faciliter les déplacements du personnel hospitalier.

Mais les difficultés d’approvisionnement demeurent. « Il faut garder une gestion précautionneuse, pour éviter d’être confrontés à des carences », estime encore François Lhote. « Aujourd’hui, ce n’est pas le temps des critiques. Après la crise, il faudra sans doute tout revoir de fond en comble. Oui, aujourd’hui en Seine-Saint-Denis, on manque de lits de réanimation. »

A Bobigny, hôpital cherche 2000 mètres de tissu !

Après les masques, c’est l’autre denrée rare du moment. La pénurie de surblouses a frappé l’hôpital Avicenne, à Bobigny, dès le week-end dernier. Ici on soigne actuellement environ 250 patients Covid. Dans les unités accueillant les malades, « on travaille avec une surblouse, toute fine, par personne et par jour. En principe, on devrait la jeter dès qu’on sort de la chambre d’un patient », glisse un professeur de l’hôpital Avicenne.

Pour tenter d’équiper au mieux le personnel, les médecins n’ont d’autre recours que de lancer un appel aux dons de tissu, et aux petites mains. « Il faut du tissu 100 % coton. Nous en avons déjà récupéré 300 m, mais pour fabriquer 1000 blouses, il nous en faut encore 2000 m ! Pour le moment, les fournisseurs que nous avons contactés veulent nous faire payer », indique un médecin, mobilisé sur cette opération inédite. Les dons de ruban élastique sont aussi les bienvenus. Un patron de blouse a déjà été sélectionné sur Internet : reste à trouver les amateurs de couture bénévoles, dûment équipés de machines, pour fabriquer les pièces en série. Il faudra ensuite résoudre un dernier problème : où laver les blouses chaque jour ? La mairie de Bobigny a été sollicitée, pour ouvrir ses crèches, dotées de machines à laver.