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Le Quotidien du Médecin - « Super zen », « bien payé », « une bonne retraite »… Heureux les médecins salariés ?

18 février, par Info santé sécu social

« Super zen », « bien payé », « une bonne retraite »… Heureux les médecins salariés ?
Stéphane Long
| 16.02.2019

Jeune généraliste de 32 ans, le Dr Clément Levy a opté pour le second choix. Embauché par la mairie d’un petit village des Bouches-du-Rhône, le médecin expliquait au « Quotidien », peu avant de prendre ses fonctions, vouloir privilégier la qualité des soins que ce mode d’exercice lui permettrait. Les avantages du salariat (horaires, congés payés…) constituaient un plus à ses yeux.

Le Dr Levy n’est pas le seul à raisonner ainsi… Réagissant à cet article publié il y a quelques jours, des lecteurs du « Quotidien » ont eux aussi manifesté leur intérêt pour le salariat. Et pas seulement parmi les plus jeunes générations.

« Si j’étais jeune médecin généraliste pas encore installée, je m’orienterais sûrement vers ce mode d’exercice. La médecine n’est pas plus un sacerdoce qu’une autre profession ! Ce qui n’empêche pas de l’exercer avec dévouement et empathie… une quarantaine d’heures par semaine… Avec le "confort" de véritables congés maternité… »citation
Plusieurs confrères approuvent…

« Zéro paperasserie une fois chez moi »

Les aspirations des médecins évoluent… et l’attractivité de l’exercice libéral s’est érodé. Ces deux médecins en sont convaincus :

« Perso, ayant tâté des deux, je suis capable de pertinence. Mes dernières années en salarié m’ont convaincu de la différence fondamentale d’avec l’exercice dit "libéral" mais qui n’en a que le nom, la Sécu étant le véritable patron. […] J’ai fait le compte : on gagne plus en salariat qu’en libéral, infarctus en moins. La qualité de vie est incommensurable ; on finit sa journée là où le libéral la commence, à 16h30, hors heures supplémentaires à négocier. Le tout est d’obtenir un contrat correct et solide. »

« 25 ans, 80 % libéral et 20 % hôpital salarié. En libéral, je n’ai pas compté mes heures. Depuis 10 ans 100 % salarié, 4 jours 1/2 par semaine, en week-end le vendredi à midi. Je gagne autant, voire plus (intéressement, primes diverses, 13e mois, 7 semaines de vacances…), je suis super zen, je ne dépends plus des patients et zéro médecine ou paperasserie une fois chez moi. Alors quand j’entends parler dévouement, pas compter ses heures, au service du patient… on n’est plus dans les années 70. »

« Un libéral gagne à peine mieux mais pour près de 70 heures de travail »

La question des revenus est souvent au centre des discussions. Et sur ce plan, le libéral ne semble plus aussi attrayant, comme le souligne ce lecteur :

« Un libéral gagne à peine mieux mais pour près de 70 heures de travail. Le salariat est donc payé deux fois mieux à l’heure. Si je devais m’installer aujourd’hui, c’est ce que je choisirais ! […] »

Sur le plan du régime de retraite, ce lecteur semble convaincu que le libéral n’est pas plus avantageux…

« Un de mes meilleurs amis l’a été [salarié dans les mines, NDLR] Résultat : retraite nettement meilleure que la mienne, pour 35h/semaine pendant sa carrière, et retraité à 57 ans (génération années 1950). Heureusement qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie ! »

« Pensons aussi retraite. Après 40 ans de libéral très actif : 3 000 euros par mois. Un de mes amis qui a fait 20 ans de libéral puis 20 ans de salariat comme médecin du travail : 8 000 euros par mois ! Le plan de carrière ne s’arrête peut-être pas au 35H ! »citation

Le salariat, nouvel eldorado ? Pas si sûr, clament certains confrères, qui évoquent les tracas et autres inconvénients de ce mode d’exercice.

« Aucun mot sur ce qui "pourrit" la vie des généralistes : les gardes seront-elles comprises dans les 35 H ?, Cotisera-t-il à la CARMF ou comme salarié ? Pourra-t-il récupérer la TVA sur les achats de matériel ? Quelle couverture juridique ? »citation
« Et la pointeuse va être installée où ? »

Quand ils ne se montrent pas carrément ironiques sur la logique du salariat, incompatible selon eux avec la médecine telle qu’ils la conçoivent :

« Et la pointeuse va être installée où ? J’ai du mal à comprendre qu’on fasse médecine pour faire (seulement) 35 heures de travail par semaine… logique comptable dans la tête. Vingt minutes par patient quelle que soit la pathologie ? »

« Quel médecin libéral sérieux et disponible pour ses patients pense d’abord à ses 35h, ses 5 semaines de congés payés, ses indemnités journalières maladies… ? »

« Tant d’années d’études pour finir employé communal, la nouvelle génération est asservie au confort. »
La critique est acerbe et renvoie à l’idée (préconçue) que les jeunes générations seraient moins investies dans leur profession. Une idée battue en brèche par cette lectrice :

« On ne s’occupe bien des autres qu’après avoir pris soin de soi-même. C’est le b.a ba. Dans la vie comme sur le plan professionnel. Ceux qui ne l’ont pas compris filent tout droit au burn-out. À méditer… »