Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Quotidien du médecin - Covid : l’Europe a levé trop brutalement ses mesures de protection, critique l’OMS

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

PAR COLINE GARRÉ - PUBLIÉ LE 22/03/2022

Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, ont levé trop « brutalement » leurs mesures anti-Covid et se retrouvent confrontés à une nette remontée des cas sous l’effet du sous-variant BA.2, environ 30 % plus contagieux - mais pas plus dangereux - que son prédécesseur, a déploré ce 22 mars l’Organisation mondiale de la santé.

Lors d’une conférence de presse délocalisée en Moldavie, le directeur de l’OMS en Europe, Hans Kluge, s’est dit « vigilant » sur la situation épidémique actuelle sur le continent, où 18 des 73 pays connaissent une remontée des cas. « Les pays où nous observons une hausse particulière sont le Royaume-Uni, l’Irlande, la Grèce, Chypre, la France, l’Italie et l’Allemagne », a-t-il précisé. « Ils ont levé les restrictions brutalement de "trop" à "pas assez" », a estimé le responsable onusien.

Au cours des sept derniers jours, plus de 5,1 millions de nouveaux cas et 12 496 décès ont été enregistrés dans la zone OMS Europe, portant le total de cas détectés depuis le début de la pandémie à près de 194,4 millions et le nombre de décès à plus de 1,92 million.

Les critiques fusent aussi en France, où le nombre de contaminations continue de progresser (89 002 en moyenne quotidienne ce 20 mars, versus 65 251 une semaine plus tôt) tandis que le nombre de nouvelles admissions à l’hôpital se stabilise. « Depuis deux jours, le nombre d’hospitalisations ne baisse plus », a reconnu ce 21 mars le ministre de la Santé Olivier Véran. « Les Français font moins attention car le message que fait passer le gouvernement, avec la levée des restrictions, c’est que tout va très bien, alors que ce n’est pas vraiment le cas », a regretté l’épidémiologiste Catherine Hill dans « L’Express ». « Les pays européens sont en train de constater les premiers effets de la désinvolture de leurs politiques vis-à-vis de la gestion de la pandémie », a taclé dans un récent tweet l’épidémiologiste Antoine Flahault.

Des raisons d’espérer

Hans Kluge s’est dit toutefois optimiste : « Il y a un très grand capital d’immunité (...) que ce soit grâce à la vaccination ou aux infections. L’hiver s’achève donc les gens vont moins se rassembler dans des petits espaces confinés. Enfin, le variant Omicron est moins virulent chez les personnes pleinement vaccinées avec une dose de rappel, même si dans les pays à faible vaccination, le Covid est toujours une maladie qui tue », a-t-il expliqué.

Pour se « débarrasser de la pandémie », le responsable définit quatre priorités : la protection des plus vulnérables, le renforcement de la surveillance et du séquençage, un meilleur accès de tous les pays aux nouveaux antiviraux, et la prise en charge du post-Covid.

En France, les experts soulignent l’incertitude quant aux mois à venir. « On est à la merci d’un nouveau variant qu’on attend plutôt, si on interroge la communauté scientifique, à l’automne. Moi je n’en suis pas certain, je ne sais pas. Il peut arriver avant », a souligné le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy. « Est-ce qu’il s’agira d’un variant plus transmissible  ? Est-ce qu’il va être plus sévère  ? Échapper au vaccin  ? Personne ne le sait ».

« Ma crainte, ce n’est pas tant ce qui arrive dans les semaines qui viennent mais plus dans les six prochains mois car l’hôpital est plus fragile qu’avant la pandémie », a expliqué Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, sur RMC.

C.G. avec AFP