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Le Quotidien du médecin - Dans le Val-d’Oise, les médecins de PMI confient leur mal-être au secrétaire d’État Adrien Taquet

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

« Nous avons des difficultés à répondre aux besoins de la population ». Ce froid constat du Dr Florence Fortier, chef du service de protection maternelle et infantile (PMI) du Val-d’Oise depuis 25 ans, dressée face à Adrien Taquet, résume les difficultés du département francilien en matière de démographie médicale.

« Nous avons 66 médecins sur tout le département avec des statuts très variables de titulaires, contractuels ou vacataires. C’est bien en deçà de nos besoins, quand on sait qu’il y a entre 19 000 et 20 000 naissances par année avec des spécificités locales de précarité et de monoparentalité », estime la médecin, dans les locaux récents de la PMI d’Argenteuil qu’est venu visiter le secrétaire d’État à l’enfance ce vendredi 14 juin. Au niveau national, on comptait en 2015 un peu plus de 2 600 médecins en PMI, dont 2 040 équivalents temps plein, selon les chiffres du ministère.

Administratif chronophage

En plus de l’accueil des familles – plus d’une vingtaine par jour dans ce centre à deux pas de la gare du Val d’Argenteuil –, médecins et paramédicaux doivent réaliser le bilan en école maternelle des enfants entre 3 et 4 ans et gérer les agréments des établissements accueillant les jeunes enfants (microcrèches, crèches privées). « Cela prend de plus en plus de temps, même si les tâches administratives ont été allégées. Les visites à domicile sont également dures à réaliser, par manque de temps. Pourtant, cela permet de suivre des grossesses difficiles ou de faire de la prévention », indique le Dr Florence Fortier.

Les médecins – le plus souvent des généralistes – tournent sur plusieurs PMI du département (Cormeilles-en-Parisis, Villiers-le-Bel, etc). Deux postes sont à pourvoir dans la sous-préfecture, mais le département peine à recruter malgré une communication et des apéros organisés pour les médecins.

Médecin de secteur, le Dr Thierry Ah-Hot est présent deux demi-journées par semaine à la PMI d’Argenteuil. Pour lui, le manque d’attractivité pour le métier vient de deux choses : « il y a un manque d’attractivité financière, même si les salaires en médecine territoriale ont été revalorisés, mais surtout, la PMI est peu vantée dans notre formation, très tournée vers l’hôpital ». Actuellement, le salaire brut mensuel pour un médecin territorial en tout début de carrière est de 2 160 euros, bien loin des salaires hospitaliers…

Délégation de tâches

Ces difficultés (qui se retrouvent pour la plupart sur l’ensemble de la France) ont poussé Adrien Taquet à se rendre sur place pour faire une série d’annonces. Pour éviter que la pénurie de médecins ne s’aggrave encore avec les nombreux départs à la retraite prévus en 2020, les « compétences professionnelles plurielles » des PMI doivent être mises au service des parents et des enfants. « Il faut aussi répondre aux attentes des jeunes médecins en encourageant les passerelles et les temps partagés entre PMI, hôpital et médecine de ville », estime Adrien Taquet.

Le secrétaire d’État souhaite aussi faire évoluer les missions des infirmières puéricultrices, qui seront « retravaillées » via un protocole national de coopération dans la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale. « Cela permettrait de faciliter la réalisation des bilans de santé à l’école », précise-t-il.

Quant à la chronophage gestion des agréments des modes d’accueil, une mission complémentaire pour leur simplification voire leur transfert a été demandée à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Objectif à l’horizon 2022 : faire en sorte que 100 % des bilans de santé en école maternelle soient réalisés (contre 70 % actuellement, avec de grandes disparités territoriales), tout en accentuant les visites des professionnels au domicile de l’enfant et de sa famille.

Booster l’attractivité

Ces propositions sont complétées par un rapport alarmant rendu ce jeudi 13 juin par la députée de Seine-et-Marne (LREM) Michèle Peyron (ainsi qu’aux ministres de la Santé et de l’Éducation nationale), que le « Quotidien » a consulté.

La parlementaire estime que si rien n’est fait pour la PMI, ce service créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour lutter contre la mortalité infantile « risque de disparaître dans dix ans ». Elle propose notamment de renforcer la démographie médicale en recrutant 300 ETP médecins d’ici 2022. Pour booster l’attractivité de la profession, une prime de lutte contre les inégalités territoriales de santé de 300 euros par mois devra être créée et un rapprochement avec les universités opéré, recommande Michèle Peyron.