Luttes et mobilisations

Le Quotidien du médecin - En grève, les internes exigent le décompte horaire de leur temps de travail

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Les 18 juin et 19 juin, les internes sont appelés par l’ISNI à la grève nationale pour réclamer le décompte précis (horaire) de leur temps de travail, refusé à ce jour par le ministère. Une manifestation est prévue samedi à Paris. Cette mobilisation vise à faire respecter la loi pour protéger les jeunes et valoriser leur rôle clé dans l’organisation des soins à l’hôpital.

« Nous ne sommes pas corvéables à merci  ! » Alexandre Brudon, interne en pneumologie et vice-président du Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP), se mettra en grève ce vendredi 18 juin pour réclamer comme ses collègues le décompte exact du temps de travail des internes.

À l’initiative de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), deux jours de grève nationale sont prévus soit « 48 heures pour symboliser le temps de travail maximum d’un interne », explique Gaétan Casanova, président de l’ISNI.

Mise en danger

De fait, alors que le droit européen impose cette durée maximum de travail de 48 heures hebdomadaires, la moyenne réelle pour un interne se situe à 58 heures — et plus de 70 heures dans une demi-douzaine de spécialités notamment chirurgicales. L’ISNI dénonce une situation inacceptable, voire « criminelle », source d’épuisement et de risques psychosociaux. À la clé, une « mise en danger » des juniors mais aussi de leurs patients.

Depuis mars, la campagne #Protègetoninterne sensibilise l’opinion au mal-être des jeunes médecins en formation et aux dommages collatéraux. « Ce que vous n’acceptez pas d’un pilote d’avion, l’accepteriez-vous de votre médecin ? Semaines de 80 heures, gardes de 24 heures sans dormir… qui en France pense encore que l’on ne met pas en danger les patients ? », a résumé le chef de file des internes sur Twitter.

Alerté depuis des mois, le ministère de la Santé aurait fermé la porte sur le calcul horaire. « Olivier Véran a finalement refusé de décompter notre temps de travail, selon lui c’était trop compliqué à mettre en place », confie, furieux, Gaétan Casanova. Après une rencontre stérile fin mai, l’ISNI a décidé de déposer un préavis de grève. « Nous demandons simplement le respect d’un droit fondamental », avance Alexandre Brudon.

« Ça n’a plus de sens de travailler autant »

Pour les internes, le relevé précis de leurs horaires (que ne permet pas la définition en demi-journée) serait aussi une étape vers la reconnaissance de leur rôle incontournable dans l’organisation des soins à l’hôpital. « On travaille dans l’anonymat le plus complet, avec le sentiment que c’est un acquis pour les services  ! À un moment, ça n’a plus de sens de travailler autant. On a l’impression de remplir tous les trous, de pallier l’insuffisance hospitalière », déplore le vice-président du SIHP.

Comment expliquer ces journées et ces semaines à rallonge, parfois jusqu’à l’épuisement  ? Pour les internes, « c’est une question de déontologie, un devoir moral d’être toujours là, car il faut bien que le service tourne », analyse Alexandre Brudon. Comme beaucoup de jeunes, il évoque le fléau du « glissement des tâches » dans les services hospitaliers, où la charge administrative s’ajoute au temps médical, « faire du secrétariat, remplir des dossiers, des biologies… ».

Quantifier les heures de travail permettrait d’objectiver enfin ces tâches annexes. « Si on respecte les 48 heures, on verra rapidement que le service ne tourne plus, parce qu’il manque en réalité une secrétaire ou que les chefs de service ne sont pas formés au management. Et on pourra enfin se poser les bonnes questions », souligne Gaétan Casanova.

Soutiens

Décompter oui, mais comment  ? Déjà en respectant strictement les tableaux de service, plaident les jeunes. Agnès Buzyn comme Olivier Véran s’étaient engagés en ce sens, sans mesure concrète. « Respecter les plannings, c’est le point de départ », cadre le président de l’ISNI. Trop floue, la demi-journée de travail doit être bornée sur le plan horaire, sans quoi aucune garantie du respect du temps de travail ne sera possible.

La solution pourrait s’inspirer de certains voisins européens, comme l’Allemagne, qui prévoit des heures supplémentaires payées par les hôpitaux, ce qui pousse à une organisation où les internes se recentrent sur l’exercice clinique. Même logique en Suisse : « L’interne ne fait que des consultations, pas de vie de service, pas d’administration », ajoute Alexandre Brudon.

Même si leur combat ne date pas d’hier, les internes ne désarment pas. La manif parisienne, ce samedi 19 juin au départ de la Pitié-Salpêtrière, marquera un arrêt devant le ministère de la Santé dans l’espoir qu’une délégation soit reçue par Olivier Véran. Plusieurs syndicats locaux hors région francilienne se sont mobilisés pour prendre en charge les frais de trajet des jeunes. La mobilisation des internes français a également reçu le soutien de leurs homologues belges, italiens et luxembourgeois. « Ils vivent les mêmes problématiques que nous. Et, comme en 2013, nous saisirons la commission européenne », assure Gaétan Casanova.

L’ISNI a enfin alerté les associations d’usagers. « En bout de course, ce sont eux qui en pâtissent, explique son président. On fait autant grève pour nous que pour les patients ».

Léa Galanopoulo