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Le Quotidien du médecin - Méthodes « ésotériques », pratique « mystérieuse » : il est temps de dérembourser l’homéopathie et de la sortir de l’Université, réclame le CNGE

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Marie Foult
| 10.01.2019

Cette fois, la coupe est pleine. Quelques mois après avoir demandé la suspension des diplômes universitaires (DU) d’homéopathie dans toutes les facultés de médecine, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) appelle officiellement ce jeudi à « dérembourser » les médicaments homéopathiques et à bouter l’homéopathie hors du champ universitaire !

Avant de se prononcer par communiqué de façon aussi tranchée, le CNGE a attendu l’avis de son conseil scientifique (CS) « sur l’état de la science concernant l’efficacité spécifique de l’homéopathie ». La synthèse de cet avis, « argumenté et basé sur la littérature », a été publiée dans le dernier numéro de la revue Exercer (revue francophone de médecine générale).

À la lumière de cette expertise, le CNGE va droit au but : la pratique de l’homéopathie arguant d’une activité scientifique est incompatible avec la médecine générale, qui s’appuie à la fois sur la « médecine fondée sur les preuves », sur une définition européenne (Wonca) et sur un « référentiel », souligne le CNGE.

Pis, l’homéopathie viendrait « en opposition avec tout le courant moderne et important de la médecine générale » qui promeut les approches non médicamenteuses, l’éducation et d’autonomisation du patient mais aussi le travail sur les changements d’habitude et de comportement, « indispensables pour suivre des patients avec des situations complexes ».

Pourquoi pas le tarot ou la voyance ?
Le CNGE souligne que la médecine générale est une « spécialité scientifique », qui utilise aussi bien les progrès techniques et médicamenteux que les sciences humaines et la communication. D’où la nécessité d’abandonner « les méthodes ésotériques qui appartiennent à l’histoire » et qui aujourd’hui « trompent les patients comme encore certains professionnels ». « Il n’y a aucun élément pour justifier encore aujourd’hui le remboursement de ces médicaments par la collectivité, tout comme il n’y a aucune justification à l’enseignement de ce type de pratique mystérieuse à l’université ni au moindre label universitaire », conclut le CNGE.

Joint ce jeudi par « le Quotidien », le Pr Vincent Renard, président du CNGE, se veut très clair. « Une fois que l’on a démontré que l’homéopathie n’avait pas de fondement scientifique, il faut arrêter de l’enseigner. Sinon, pourquoi ne pas alors enseigner le tarot ou la voyance en médecine ? »

Sur fond de querelle médicale, deux facultés ont déjà arrêté leur enseignement de l’homéopathie : celle de Lille a suspendu son DU, tandis que la faculté d’Angers a supprimé le diplôme. Celle de Bordeaux ne l’enseigne plus depuis 2009.

En revanche, d’autres ont refusé de le faire, notamment la faculté de Strasbourg, dans l’attente de l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS) sur le remboursement. Initialement programmé pour le mois de février, celui-ci a été repoussé au printemps 2019.