L’hôpital

Le Quotidien du médecin - Moins de 3 500 euros par mois pour un médecin, l’hôpital délabré : le dépit des soignants dans une mini web-série

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

PUBLIÉ LE 04/06/2022

Médecin, interne, infirmière… Dans la mini-web série « Mur de blouses », la réalisatrice Belisa Jaoul met en scène des soignants et des épisodes de leur vie pour sensibiliser l’opinion publique à « la dégradation de l’hôpital public ». À partir de témoignages de personnels hospitaliers, elle a écrit huit épisodes de 4 minutes, diffusés sur Youtube depuis la fin du mois de mai. Ces paroles « fictionnées » sont interprétées par Joshua, Aloïs, Grégoire, Sylvie, Jehane, Nathalie, Étienne et Marion, tous soignants à l’hôpital public.

Aloïs est interne. Il se dit « qu’il va prendre l’habitude », « que cela va s’arranger » mais « le temps passe ». « Tout empire et (il) ne s’y fait pas du tout ».

Sylvie, « infirmière depuis 30 ans », se remémore ce moment où son patient est mort alors qu’elle n’avait pas pu lui accorder les 5 minutes qu’il lui avait demandées du fait de « la réalité de son programme », « de ses 12 patients », de sa collègue « absente et non remplacée ».

Jehane Fadlallah est médecin « précaire » mais « veut rester  ; enfin voulait... », elle ne sait plus trop. La jeune femme de 37 ans, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), s’est également illustrée en faisant la Une de « Paris Match » le 25 mai dernier. Le magazine y consacre un dossier à l’hôpital public, dans lequel plusieurs soignants dévoilent leur fiche de paie, « Les salaires de la honte », titre l’hebdomadaire.

Précarité de nombreux soignants

Contractuelle depuis huit ans, Jehane estime qu’elle touche 2 000 euros de moins par mois en raison de son statut. Son salaire  ? « 3 484 euros net par mois, gardes comprises  ! », relate « Paris Match » qui précise qu’elle ne bénéficie pas de la prime d’exclusivité au service public.

Dans « Mur de blouses », la médecin met également en exergue la précarité des contractuels, qui représenteraient 41 % de la masse salariale médicale à l’AP-HP. « Je me bats pour un poste qu’on ne veut même pas me donner, se désole Jehane. Tous les six mois, je rédige une lettre de motivation pour le demander. » Elle fustige la direction de l’AP-HP, qui ne veut « plus engager des CDI alors ils privilégient des CDD ».

Très combative, Jehane a également interpellé sur France Inter le directeur général de l’AP-HP. « Pourquoi y a-t-il autant d’intérimaires  ? Parce que les conditions d’exercice n’attirent plus personne. Entre autres, le salaire, évidemment. […] Il faut revaloriser les salaires, il n’y a pas de discussion là-dessus », implorait la praticienne devant Martin Hirsch.

Les gens doivent savoir

À l’origine du projet « Mur de blouses » avec Belisa Jaoul, la Dr Marion Malphettes, hematologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) justifie cette initiative : « Les citoyens doivent savoir dans quelle situation se trouve l’hôpital, doivent se sentir concernés par la mort de l’hôpital, pour faire pression sur nos élus », explique-t-elle à l’AFP.

« Dans un contexte de dégradation extrême des conditions du soin à l’hôpital public, les enjeux des politiques publiques concernant l’hôpital ne font pas l’objet de discussions démocratiques. La parole des soignants rencontre de multiples obstacles qui empêchent chacun d’être conscient de ce qu’il se passe vraiment », détaillent les créateurs de « Mur de blouses » dans un communiqué de présentation de la série.