Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Quotidien du médecin - Obligation vaccinale au 15 septembre : des hôpitaux sur le fil

il y a 2 jours, par Info santé sécu social

PAR LÉA GALANOPOULO - JULIEN MOSCHETTI - PUBLIÉ LE 14/09/2021

À la veille de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les professionnels de santé au 15 septembre, les établissements sanitaires et sociaux faisaient les comptes des non vaccinés dans leurs rangs et s’apprêtent à gérer au mieux les situations conflictuelles.

Selon les derniers pointages de la Direction générale de la santé (DGS) communiqués ce mardi, la couverture vaccinale des professionnels de santé atteint 89 % dans les établissements de santé, les Ehpad et les USLD (au 12 septembre) et de 95 % chez les professionnels libéraux (au 30 août).

Une situation qui inquiète certaines fédérations, notamment dans le secteur des personnes âgées, à l’image de la FEHAP (privé non lucratif). Selon une enquête menée auprès de ses adhérents, les établissements de santé et du handicap font état de 5 % à 6 % de soignants non vaccinés. Cette proportion est plus importante dans le secteur des personnes âgées, si bien que certains directeurs envisagent de recourir à des contractuels ou des intérimaires.

Réfractaires

Du côté du SYNERPA (Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées), on se veut plutôt confiant. Près de 95 % des salariés du réseau (300 000 à 350 000 salariés en Ehpad) sont entrés dans un schéma vaccinal, a indiqué ce mardi sa déléguée générale, Florence Arnaiz-Maumé. Selon elle, sur le territoire métropolitain, environ « 2 % des équipes n’accepteront pas la vaccination et préféreront réorienter leur carrière professionnelle ». Pour autant, la plupart des établissements seront « en mesure de faire respecter cette date du 15 septembre », a-t-elle martelé.

Le SYNERPA reste très ferme sur le respect de ces mesures. Mais il n’exclut pas un assouplissement dans les Antilles, où les taux de vaccinés oscillent entre 50 et 60 % de salariés. Donc « cette date butoir du 15 septembre risque de poser des difficultés de service rendu dans ces territoires », craint Florence Arnaiz-Maumé. Sur le territoire métropolitain, des disparités existent : le Sud de la France est moins vacciné que le Nord, notamment dans la région PACA où le SYNERPA observe le plus faible taux de vaccination.

Opérations suspendues

Dans les hôpitaux publics, le refus de la vaccination est loin d’être résiduel.

Au Centre hospitalier de Montélimar – où 15 % du personnel non médical et 11 % des médicaux n’a toujours pas fourni de certificat de vaccination – des opérations non urgentes seront déprogrammées. Ainsi, 150 patients seront privés d’opérations sur une semaine, faute d’anesthésiste. « Trois vont être suspendus, donc il y a pratiquement quatre salles qui ne vont pas pouvoir tourner normalement à partir du 15 septembre », explique le Dr Henri Osman, président de la commission médicale du CH, interrogé par France Bleu. Pour pallier le manque de médecins, l’hôpital devra faire appel à des intérimaires. Le recours à l’intérim est également prévu à l’hôpital de Dax, où 50 à 100 salariés non vaccinés seront suspendus à partir de demain.

À Clermont-Ferrand, le CHU recense 10 % d’agents au statut vaccinal inconnu, soit 600 à 800 personnes, selon « La Montagne ». En attendant une régularisation, la direction table sur 50 à 100 réfractaires réels au vaccin. « Si l’on estime à une cinquantaine, le nombre d’agents absents le 15 septembre, les remplacements que nous prévoyons d’habitude sont largement en mesure de pallier la situation, rassure Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont. En règle générale, nous connaissons 10 % d’absence sur 7 500 agents. Donc nous ne devrions pas être dans une situation de rupture. La continuité des services n’est pas en jeu ».

Couacs administratifs

L’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale a drainé son lot de couacs administratifs.

À l’hôpital Robert Boulin de Libourne en Gironde, un quart du personnel a reçu le 9 septembre un courrier les informant de la suspension de leur fonction, rapporte « Sud Ouest ». Affolés, 1 000 salariés ont été visés par le message de la DRH – qui n’avait a priori pas reçu leur certificat de vaccination – l’immense majorité étant pourtant vaccinée. La situation a été régularisée pour la plupart d’entre eux.

Contacté par « Le Quotidien », le Dr Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) reconnaît que cela sera « difficile » et « compliqué » dans certains établissements et services, après le 15 septembre. Mais elle tient à rappeler que « la vaccination est le seul rempart contre l’épidémie. Or, quand on est professionnel de santé, on n’est pas libre. On doit raisonner collectif. On ne peut pas être antivax ».

Pour le Dr Jean-François Cibien, président d’Action praticiens hôpital (APH), « il y a aura sans doute des soignants en moins à l’hôpital, mais on va s’adapter ». Une difficulté supplémentaire de trop  ? « Il y a déjà un grand nombre de praticiens hospitaliers et de soignants en arrêt maladie pour de bonnes raisons, explique le Dr Cibien. Il y a également eu cet été de nombreuses fermetures de services d’urgences et de SMUR. Je ne sais pas comment on va passer la rentrée, mais, une chose est sûre, on ne passera pas l’hiver dans de telles conditions ».