Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Quotidien du médecin - Report de la 2e dose de vaccin Covid : l’Académie de médecine s’y oppose, sauf en cas de pénurie

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Alors que la possibilité de différer la seconde dose de vaccin Covid est discutée pour ouvrir la vaccination au plus grand nombre, l’Académie nationale de médecine (ANM) préconise « de se conformer autant que possible au schéma vaccinal prescrit par le fabricant », soit un délai de 21 jours pour le vaccin Pfizer/BioNTech et de 28 jours pour celui de Moderna, les deux vaccins autorisés à ce jour en France.

Dans un avis du 7 janvier, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) estime, concernant le vaccin Comirnaty (Pfizer/BioNTech), que la seconde dose peut être administrée entre 21 et 42 jours après la première, et ce en vue « d’élargir la couverture vaccinale des personnes prioritaires ». L’agence sanitaire souligne par ailleurs la nécessité d’administrer les deux doses.

Dans la foulée, le ministre de la Santé s’était alors prononcé sur la question lors d’un point presse, indiquant qu’il était « possible, sans risque et sans perte d’efficacité de différer la deuxième injection du vaccin Pfizer jusqu’à six semaines au lieu de trois ».

Une efficacité non garantie par le laboratoire au-delà de trois semaines

Dans une interview donnée au « Quotidien », le Pr Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, s’est en revanche montré plus prudent : « Mon sentiment personnel, c’est que plus nous nous rapprochons de la recommandation initiale, qui est de trois semaines pour le vaccin Pfizer et de quatre semaines pour Moderna, mieux c’est, car l’on dispose de données scientifiques solides pour ces délais. »

Selon les données de phase 3 du vaccin Pfizer/BioNTech publiées dans le « New England Journal of Medicine », le taux d’efficacité du vaccin est de 52 % après la première dose et de 95 % lorsque la seconde dose est administrée à 21 jours. Dès lors, rapporte l’Académie, « le laboratoire BioNTech ne garantit pas un taux d’efficacité aussi élevé si la seconde injection est différée au-delà ».

Toutefois, ce n’est pas d’une perte d’efficacité dont s’inquiète l’ANM : « L’expérience acquise en vaccinologie montre que l’administration tardive d’une injection de rappel ne compromet pas son efficacité puisqu’elle est généralement suivie d’une ré-ascension rapide du titre d’anticorps et d’un renforcement durable de l’immunité protectrice. »

La crainte d’une persistance d’un taux d’immunité faible

En revanche, alors que le virus circule activement, l’Académie craint davantage pour « la persistance d’un taux d’immunité faible, voire insuffisant, pendant les semaines supplémentaires précédant la seconde injection ». Au niveau collectif, une couverture vaccinale élargie mais avec un taux d’immunité faible constitue « un terrain favorable pour sélectionner l’émergence d’un ou de plusieurs variants échappant à l’immunité induite par la vaccination ». Concernant le risque individuel, elle évoque le risque d’aggravation par anticorps facilitants (phénomène Antibody-Dependant Enhancement ou ADE), qui peut survenir chez des personnes ayant un faible taux d’anticorps neutralisants, « le report de la deuxième injection prolongeant cet état de réceptivité accrue ».

Dès lors, l’Académie recommande de différer la seconde dose uniquement en cas de situation de manque de doses disponibles, et sans aller au-delà de six semaines. De plus, elle estime que cet allongement du délai ne devrait concerner que les individus de moins de 50 ans et ceux n’ayant pas de facteur de risque de Covid sévère. Dans l’attente de la seconde dose, les mesures barrière doivent bien entendu être respectées et même renforcées. Enfin, l’impact de cet espacement des doses sur le nombre de personnes primo-vaccinées devrait être évalué toutes les semaines, estime l’ANM.

De son côté, le Royaume-Uni a fait le choix de différer la seconde dose jusqu’à 12 semaines alors que le pays est confronté à une flambée de l’épidémie liée au variant VOC 202012/01, afin de « pouvoir doubler le nombre de personnes primo-vaccinées dans les trois prochains mois », selon l’ANM.