La santé au travail. Les accidents de travail et maladies professionnelles

Le Quotidien du médecin - « Travailler dans notre coin ne sert à rien » : pourquoi les experts de l’Observatoire de la qualité de vie au travail des soignants ont jeté l’éponge

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

PAR VÉRONIQUE HUNSINGER - PUBLIÉ LE 14/01/2022

Dans une tribune publiée cette semaine sur le site de francetvinfo, les Prs Philippe Colombat, hématologue au CHU de Tours, Éric Galam, professeur de médecine générale à l’université Paris-Diderot ainsi que Matthieu Sibé, maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Bordeaux, tous trois experts de l’Observatoire national de la qualité de vie au travail des professionnels de santé et du médico-social (ONQVT), expliquaient pourquoi ils ont remis leur démission.

Aujourd’hui, le Pr Galam confie son amertume.

Quelque chose de « costaud » au départ…

Cet organisme était issu de la stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail lancée en 2016 par l’ex-ministre de la Santé, Marisol Touraine. « Il faut mettre les choses en perspective, explique le Pr Galam au « Quotidien ». Au moment de son lancement, la stratégie était quelque chose de costaud, fait pour s’inscrire dans la durée. Elle avait d’ailleurs été complétée par un volet ambulatoire en mars 2017. »

Outre l’observatoire, cette stratégie comprenait le dispositif national de médiation pour régler les conflits hospitaliers et une mission ministérielle. « Au sein de l’observatoire, nous avons beaucoup travaillé à collecter des données et élaborer des recommandations, raconte le Pr Galam. Mais travailler dans notre coin ne sert à rien si on n’est pas accompagnés pour diffuser les recommandations. Nous avons, à plusieurs reprises, exprimé notre besoin d’accompagnement qui n’a malheureusement pas été entendu. » Bénévoles, les trois experts auraient souhaité bénéficier de l’appui de deux ou trois postes salariés.

Difficultés aggravées par le Covid

D’où leur démission après une rencontre avec le ministre en juillet dernier, conclue par une promesse non suivie d’effet. « La crise du Covid a évidemment aggravé les difficultés des soignants et pourtant notre observatoire n’a même pas été partie prenante du Ségur, se désole le Pr Galam. La santé des soignants, c’est un sujet vivant qui ne se traite pas qu’avec de l’argent, qui d’ailleurs n’est pas encore arrivé. Le sujet ne doit pas être limité à la santé mentale ni au bien-être ! Il faut travailler sur la santé professionnelle, ce qui passe par de la formation, la valorisation des retours d’expériences et l’intégration de la question de la qualité de vie au travail dans le management. »

À ce titre, depuis sa création effective en juillet 2018, par Agnès Buzyn, l’observatoire a multiplié les groupes de travail et formulé des préconisations sur la préservation des collectifs de travail, la nécessité de former au management tous les cadres, la mise en œuvre de la qualité de vie au travail en milieu ambulatoire (exposé à l’exercice isolé) ou encore ou encore la constitution d’un réseau d’équipes de recherche.

Récemment, une enquête par questionnaire auprès des médecins généralistes sur le sujet de leur équilibre professionnel a été lancée. Un congrès sur la qualité de vie au travail était envisagé en 2022. Pour l’instant, le projet est au point mort.