Les mobilisations dans les hôpitaux

Le Quotidien du médecin - « Une crise sans précédent » : les psychiatres de l’hôpital public en grève ce mardi

il y a 18 heures, par Info santé sécu social

PAR VÉRONIQUE HUNSINGER - PUBLIÉ LE 29/11/2022

Cinq mois après sa dernière journée de mobilisation, la psychiatrie publique est de nouveau dans la rue ce mardi 29 novembre. Un appel à la grève a été lancé par les quatre organisations du secteur : le SPH (Syndicat des psychiatres des hôpitaux), l’USP (Union syndicale de la psychiatrie), le SPEP (Syndicat des psychiatres d’exercice public) et l’IDEPP (Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique).

Plusieurs dizaines de personnes se sont notamment réunies en fin de matinée devant le ministère de la Santé à Paris, où une délégation devait être reçue par le cabinet de François Braun, à défaut du ministre lui-même qui est en déplacement depuis hier à La Réunion et à Mayotte. Ce dernier devrait néanmoins les entendre dans les prochaines semaines. « Nous ne voulons pas d’annonces, mais des actes concrets » a indiqué à l’AFP la Dr Marie-Josée Cortès, présidente du SPH. D’autres rassemblements étaient prévus en province devant les hôpitaux et les agences régionales de santé.

« Alors que toutes les disciplines médicales sont touchées (les urgences cet été, la biologie et la pédiatrie cet automne), la discipline psychiatrique continue de traverser une crise sans précédent et ce, dans un silence assourdissant des tutelles », avaient écrit les syndicats de psychiatres dans un communiqué. Selon eux, « il n’y a aucun dialogue engagé à ce jour avec le gouvernement malgré nos demandes insistantes et répétées ».

Les assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui se sont tenues à l’automne de l’année dernière n’ont pas donné les réponses attendues par la profession. Celle-ci dénonce toujours le manque « criant » de lits d’hospitalisation complète et les fermetures régulières de centres médico-psychologiques, « liés à une pénurie médicale et paramédicale qui touche aujourd’hui cinq établissements hospitaliers sur six ». « Cela est d’autant plus dommageable en période post Covid, pendant laquelle la souffrance de la population n’a cessé de croître en même temps que les demandes et besoins de soins » rappellent les organisations syndicales. Elles déplorent également une augmentation des situations de soins sous contrainte et d’isolement-contention ainsi qu’une surcharge administrative.

« Nous n’avons plus la capacité de soigner comme on voudrait », a déploré Norbert Skurnik, président de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp), lors de la manifestation parisienne. Selon le psychiatre, faute d’accueil, « rien qu’en Île-de-France, 60 000 à 70 000 personnes, dont au moins 60 % sont des malades mentaux, errent en dehors de toute institution et de tout domicile ». La spécialité ne séduit plus les jeunes médecins, déplore le Dr Skurnik, citant le chiffre de 100 internes à répartir chaque année en région parisienne, « là où il en faudrait 150 ».

« Le problème numéro un est celui de l’attractivité », abonde Clément Vansteeme, jeune praticien hospitalier à Sainte-Anne à Paris, qui a « vu en quelques années la qualité de l’accueil aux urgences psychiatriques se dégrader ». Pour rendre la profession plus attractive, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) demande une augmentation de 25 % des salaires « à chaque échelon de la grille », afin que leur rémunération soit comparable à celle « d’autres métiers qui engagent leur responsabilité pénale ».

Le plan santé mentale annoncé en septembre 2021 par le président Emmanuel Macron à l’issue d’assises de la psychiatrie, avec à la clé la création de 800 postes d’infirmiers dans les CMP, est lui jugé largement insuffisant. « 800 infirmiers, c’est moins d’un par centre… Et nous n’en avons pas vu arriver un seul  ! Même le "pas beaucoup" n’est pas » réalisé, glisse la présidente du SPH, Marie-José Cortès.

Soutien de l’INPH

La Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité a apporté son soutien aux psychiatres. Enfin, l’INPH (Intersyndicat national des praticiens hospitaliers) – dont fait partie le SPEP – se joint au mouvement de protestation et de grève initié par les syndicats de psychiatres « eu égard à la situation alarmante de la psychiatrie publique au bord de l’implosion ». Le syndicat présidé par la Dr Rachel Bocher, cheffe de service de psychiatrie au CHU de Nantes, partage « le constat désolant de la psychiatrie au sein de l’hôpital public, tant sur la démographie déficitaire des professionnels de santé (psychiatres, psychologues, infirmiers, assistantes sociales, secrétaires) que sur les difficultés financières ». Le syndicat dénonce également le manque de dialogue avec les tutelles.

Mise à jour mardi 29/11/2022 à 14 h 30 avec AFP