La psychiatrie

Le courrier picard : Amiens : l’hôpital psychiatrique Pinel placé sous administration provisoire

il y a 3 mois, par infosecusanté

Amiens : l’hôpital psychiatrique Pinel placé sous administration provisoire

Par Gael Rivallain | Publié le 22/03/2019

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L’agence régionale de santé (ARS) qualifie la procédure « d’exception ». Par un communiqué transmis ce vendredi matin, la directrice générale de l’ARS indique avoir décidé de placer l’hôpital psychiatrique Philippe Pinel « sous administration provisoire », à compter du 26 mars et pour une durée de six mois, le centre hospitalier « ne parvenant pas à conduire les transformations nécessaires pour garantir de manière pérenne la qualité et la sécurité des soins prodigués aux patients ».

Une équipe d’administration provisoire, « désignée dans les prochains jours par la ministre des solidarités et de la santé », assurera ainsi les attributions de l’actuel directeur du centre hospitalier spécialisé. Cette équipe assurera également la direction de l’hôpital de Montdidier-Roye, du fait de l’existence depuis 2013 d’une direction commune entre les deux établissements.

L’ARS évoque un déficit cumulé de 13 millions d’euros et « l’absence de perspectives d’amélioration de la situation financière ». Le communiqué parle également « d’une nécessaire refonte des organisations et des pratiques professionnelles pour renforcer l’attractivité de l’établissement ». Et pose un diagnostic : « Les hospitalisations complètes sont beaucoup plus nombreuses que dans les autres établissements de même catégorie, les durées d’hospitalisation sont plus longues, le recours à des prises en charge en ambulatoire est moins développé. Ces changements sont indispensables pour que l’établissement puisse recruter et fidéliser des professionnels de santé ».

Selon l’ARS, les administrateurs provisoires auront pour mission de « définir u n projet stratégique ». Ils devront « fédérer et mobiliser la communauté hospitalière autour de ce projet ». Une communauté qui a vécu, on s’en souvient, une très longue grève de 7 mois, dont la fin avait été votée en janvier dernier.

La CGT vigilante

Figure de proue de la grève, Chrystèle Leclercq, infirmière et déléguée syndicale CGT, se veut vigilante. Si, en début d’année, il y a eu des avancées avec notamment l’embauche de 20 équivalents temps plein sur des postes d’infirmiers et d’aides-soignants, c’est loin d’être suffisant pour les syndicats. « Il y a plein d’autres problématiques à revoir : la suroccupation, les médecins intérimaires qui entraînent des problèmes dans le suivi des patients, etc. » Mme Leclercq se dit prête à échanger avec la nouvelle administration mais « on ne laissera pas passer des décisions qui vont à l’encontre des patients et du personnel. On reste toujours dans la même optique à savoir la défense d’un système de soins de qualité. »

Barbara Pompili et François Ruffin réagissent

Pour la députée de la Somme Barbara Pompili (LREM) qui s’est beaucoup investie, bien souvent en coulisses, en dehors des projecteurs médiatiques, cette décision, « actée depuis un bout de temps », selon elle, va dans le bon sens. « C’est ce qu’il fallait faire depuis le début ! Avec d’autres, je n’ai cessé d’alerter le ministère, de piquer des coups de gueule, car cela n’avançait pas, car la direction actuelle, tout comme l’ARS, n’était pas à la hauteur des enjeux. Le projet d’établissement ne répondait pas aux problèmes, souligne-t-elle. Malheureusement, pendant des mois, tout le monde tournait en rond alors que l’on voyait bien que la solution ne pouvait venir que de l’extérieur. C’est en ce sens que cette administration provisoire va pouvoir faire évoluer positivement la situation de l’établissement. » Une nouvelle équipe « de choc », « de compétiteurs », qui devra, au préalable, rencontrer tous les acteurs et dresser un état des lieux avant de mettre en place ses solutions et ses méthodes. « Mon seul regret est tout ce temps perdu, déplore Barbara Pompili, pour qui la nouvelle administration devra faire un travail de fond. « C’est tout le fonctionnement de l’hôpital qu’il faut changer, on a besoin d’un réel parcours de soins, de connexions avec les autres établissements hospitaliers. » François Ruffin (LFI), un autre député de la Somme, a également fait de ce dossier une priorité, en participant à de multiples manifestations, en soutenant les syndicats, en proposant une loi (« visant à sortir la psychiatrie de la maltraitance budgétaire ») et même en écrivant un livre intitulé « Un député à… l’hôpital psychiatrique ». Contacté, il estime que « la médiocrité de la direction en place qui est parvenue à faire fuir presque tous les psychiatres, à décourager les soignants qui restaient, était dénoncée depuis au moins deux ans. » Pour autant, la prise en main, directe, d’une administration provisoire, ne le rassure pas. « Le médical l’emportera-t-il enfin sur le financier ? interroge-t-il. L’humain sur l’administratif ? On peut en douter. Notre souhait demeure inchangé : que l’on avance vers une démocratie du soin, que les familles, les associations, les infirmiers, les personnels, les élus pourquoi pas, soient associés à un véritable projet pour l’établissement. Un projet pour les malades. »

 G.R. et B.Z.