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Lequotidiendumedecin.fr : En Italie (aussi), les urgences débordent et les médecins épuisés quittent le navire

il y a 3 jours, par infosecusanté

Lequotidiendumedecin.fr : En Italie (aussi), les urgences débordent et les médecins épuisés quittent le navire

PUBLIÉ LE 25/11/2021

Il n’y a pas qu’en France que les urgences sont sous très haute tension. Epuisés et lassés par la dégradation de leurs conditions de travail, sous l’effet de l’augmentation constante du nombre de patients et du manque de moyens dans le secteur public, de plus en plus de médecins urgentistes italiens jettent l’éponge.

Pour enrayer le phénomène des démissions en cascade, le gouvernement transalpin vient de débloquer une première enveloppe de 90 millions d’euros. Objectif : stopper cet exode médical et paramédical qui s’accélère en améliorant les conditions salariales de l’ensemble du personnel des urgences.

« Quelques euros ne stopperont pas l’hémorragie »

Quelque 27 millions d’euros, soit moins du tiers de cette enveloppe, seront fléchés vers les médecins. Les crédits seront gérés par les régions, le système de santé italien étant décentralisé. Pour le Dr Mario Tudini, gynécologue urgentiste dans un hôpital de la banlieue romaine, « il était grand temps que le gouvernement fasse un premier geste car les salaires sont insuffisants face à la charge de travail de plus en plus lourde et aux responsabilités toujours plus importantes en cette période de pandémie ». De l’autre côté des Alpes, les émoluments annuels d’un jeune urgentiste se situent en moyenne autour de 2 500 euros net contre 3 600 euros pour un médecin avec 35 ans d’ancienneté.

Mais selon le syndicat Anaao-Assomed des médecins hospitaliers italiens, « quelques euros de plus n’arrêteront pas l’hémorragie car le malaise des urgentistes est trop profond, les héros de la pandémie méritent plus qu’une légère augmentation, il faut remettre tout le système à plat et investir ».

Des chefs qui jettent aussi l’éponge

Pour la Fédération nationale des Ordres des médecins (FNOMCeO), « c’est un premier pas mais il faut agir en profondeur pour éviter les départs beaucoup trop fréquents dans un secteur essentiel mobilisé 24 h/24 ». Selon un rapport publié par le ministère du Trésor, 2,9 % des médecins hospitaliers toutes spécialités – soit l’équivalent de 3 123 praticiens – ont abandonné leurs services depuis deux ans pour exercer ailleurs notamment dans le privé. Pour le Syndicat des médecins italiens (SMI), le nombre de praticiens hospitaliers démissionnaires (toutes spécialités) a bondi de 81 % depuis dix ans.

Mais avec la pandémie, le malaise des médecins urgentistes est particulièrement palpable, insiste la Dr Pina Onotri, secrétaire nationale du SMI. « La pandémie a exacerbé le caractère critique du système au niveau du nombre insuffisant de soignants, du manque de lits d’aval et des délais d’attente. À cela s’ajoute le problème des horaires extrêmement lourds car les normes ne sont pas respectées. En résumé, les médecins risquent le burn-out, la situation est telle que même les chefs de service jettent l’éponge ! »

En Toscane ou à Rome, même combat

Selon la Société italienne de médecine d’urgence (Simeu), le compte à rebours a commencé aux urgences car, aux démissions en cascade, s’ajoute le problème du manque de remplaçants – le métier ne faisant guère recette.

La situation est grave dans le nord du pays, point de départ de l’épidémie, mais aussi dans le centre. En Toscane, une enquête flash publiée par l’agence régionale de santé affirme que 25 % de médecins urgentistes manquent à l’appel. Dans la banlieue romaine, le scénario est identique. « En deux ans, une dizaine de médecins urgentistes ont rendu leurs blouses, ils ne tenaient plus le coup, certains se sont lancés dans le privé, d’autres ont entamé une spécialisation, se désole le Dr Mario Tudini. Pour compenser le manque de personnel, on recrute des jeunes diplômés… »

Source : lequotidiendumedecin.fr