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Lequotidiendumedecin.fr : Fin du concours de PH, statut unique, contractuels : des syndicats de praticiens hospitaliers affichent leur inquiétude

il y a 3 mois, par infosecusanté

Fin du concours de PH, statut unique, contractuels : des syndicats de praticiens hospitaliers affichent leur inquiétude

Martin Dumas Primbault

| 27.03.2019

L’article 6 du projet de loi de santé, adopté mardi par les députés en première lecture, fait grincer les dents des syndicats de praticiens hospitaliers (PH). En prévoyant la création (par voie d’ordonnances) d’un statut unique de PH, associé à la suppression du concours, au motif de la modernisation des conditions de l’emploi médical à l’hôpital, le texte est accusé, paradoxalement, de fragiliser les carrières hospitalières publiques.

Le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (SYNGOF) met ouvertement en cause la détérioration de la qualité et le a sécurité des soins. « Supprimer le concours de recrutement de praticien hospitalier (...) c’est faire fi du niveau requis des candidats pour soigner la population », accuse le syndicat qui appelle de ses vœux des mesures d’attractivité, notamment en gynécologie obstétrique, « spécialité particulièrement éprouvée par les restructurations ».

Le risque de recrutements locaux

Même inquiétude pour Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes médecins qui, d’une même voix, jugent que le « maintien d’une nomination nationale sur les postes de praticiens hospitalier » doit être une « exigence absolue ». Selon ces deux syndicats, en plus de dégrader la qualité du recrutement, la suppression du concours de PH et la création d’un statut unique mettrait en péril l’indépendance professionnelle. « C’est la porte ouverte aux recrutements locaux, à la discrétion de la gouvernance de l’établissement », alertent-ils.

Les opposants les plus radicaux se trouvent du côté de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Le syndicat du Dr Patrick Pelloux redoute, avec ce décloisonnement généralisé (statut unique de PH, fin du concours, facilitation de l’exercice mixte, carrières partagées), un risque de « fuite des PH vers le secteur privé lucratif ». D’autant que le même texte prévoit également de faciliter le recours aux contractuels dans les établissements, notamment dans certaines spécialités. « Toutes les barrières pour la privatisation de l’hôpital sautent », tonne l’AMUF.

« Les épinards » ne sont pas digérés

Outre le vote de ces mesures, une phrase d’Agnès Buzyn prononcée dans l’hémicycle irrite particulièrement les syndicats de PH. Prenant l’exemple des anesthésistes, dont la rémunération est plus avantageuse dans les cliniques, la ministre de la Santé justifiait la position du gouvernement ainsi : « Nous pensons que le recrutement de ces spécialistes serait plus facile s’ils pouvaient, si vous me passez l’expression, mettre du beurre dans les épinards en exerçant une journée par semaine dans une clinique proche ».

La formule n’est guère du goût des urgentistes de l’AMUF qui craint le déclenchement d’une « concurrence sauvage entre établissements et cliniques privées au détriment du moins offrant sur le plan financier ».

Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) a lui aussi tiqué sur les propos d’Agnès Buzyn qu’il juge méprisants. « Alors que 30 % des postes sont vacants, que rien n’est fait pour redonner de l’attractivité aux carrières hospitalières, une ministre de la Santé ose nous dire d’aller creuser encore plus les déficits humains, et donc l’activité, pour aller gagner des sous en clinique », se désole le syndicat, qui réclame une politique d’attractivité au bénéfice du secteur public. « Ce que nous voulons, c’est pouvoir travailler dans des conditions décentes, gagner dignement notre vie, dans le lieu que nous avons choisi pour exercer selon nos convictions, à savoir le service public », exprime avec force le SNPHARe.