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il y a 1 semaine, par infosecusanté

HP : poussé par 105 médecins à quitter le navire « comme Hulot », Hirsch fixe le cap du nouveau CHU

Anne Bayle-Iniguez

| 03.12.2018

105 médecins, PU-PH, praticiens hospitaliers et chefs d’un des 700 services de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont signé dans le « Journal du Dimanche » une tribune aigre douce, où il est question de l’avenir immédiat du CHU francilien et surtout de celui de son directeur général, Martin Hirsch.

Emmenés par le Pr André Grimaldi, qui n’en est pas à son coup d’essai, les cosignataires pressent le patron de l’AP-HP de prendre ses responsabilités et, « comme Nicolas Hulot », de s’exprimer « à l’occasion d’une intervention solennelle lors de la matinale de France Inter ». Le sous-entendu est limpide : les médecins appellent leur directeur à la démission pour refuser d’appliquer une politique gouvernementale jugée intenable.

Course à l’activité « jusqu’à l’absurde »

Les médecins estiment que le CHU s’est paupérisé sous le mandat de l’ex-patron d’Emmaüs France, aux affaires depuis cinq ans. La qualité des soins « s’est dégradée, parallèlement à l’aggravation des conditions de travail des aides-soignantes, des infirmières, des cadres de santé, des secrétaires, des internes et des médecins », écrivent les mécontents.

Ils reprochent à Martin Hirsch de contribuer à une « course sans fin à l’activité poussée jusqu’à l’absurde » pour résorber un déficit conséquent de 200 millions d’euros en 2017 et à nouveau en 2018. « Faute de pouvoir compter sur un accroissement des recettes, vous avez annoncé une poursuite de la diminution d’effectifs de 800 à 1 000 postes chaque année jusqu’en 2023 [sur 100 000 employés, dont 12 300 médecins, NDLR]. Le temps passé par les soignants au lit des malades va encore diminuer », se désolent-ils. Conséquence de ce cercle vicieux : « la diminution du nombre de services et la réduction des effectifs entraîneront inévitablement une baisse d’activité », inverse à l’effet recherché.

Les médecins blâment également la stratégie économique du gouvernement, fondée sur la « baisse automatique de tarifs, [la] sous-valorisation de la recherche, [la] réduction des dotations pour les malades précaires, décidées année après année. »

Assez de l’image du « monobloc rigide »

Cet appel à la « retraite » hospitalière de Martin Hirsch intervient au moment même où l’AP-HP confirme une restructuration d’envergure de ses 39 hôpitaux franciliens.

À l’occasion du congrès des cadres de l’AP-HP, ce lundi à Paris, le directeur général a répondu en creux aux médecins contestataires en présentant les grands axes de sa politique – avec plus ou moins de succès auprès des 500 personnels venus l’écouter.

Celui qui en a « assez de voir l’AP-HP considéré comme un grand ensemble, un monobloc rigide, qui ne pourrait pas se transformer » estime que le CHU est « plus fort en Ile-de-France qu’il y a quatre ans ». « Nous prenons plus de patients en charge. L’idée que l’AP-HP se rétrécit comme peau de chagrin est fausse », a-t-il défendu.

Martin Hirsch a même poussé l’argumentaire en expliquant que l’« augmentation très légère » de l’activité conventionnelle en 2018 n’est pas source d’angoisse. « C’est quelque chose que l’on voulait ! ose-t-il. En revanche, 2018 a connu un dynamisme très fort sur la chirurgie et la médecine ambulatoire. Aujourd’hui, quatre patients sur dix sont soignés à l’hôpital mais n’y dorment pas. »

Réduction du siège

Le DG a aussi voulu prouver qu’il avait les moyens de ses ambitions. 2,5 milliards d’euros sont prévus dans les cinq prochaines années pour moderniser le CHU (investissement dans la robotique, l’immobilier, etc.). Concernant les dépenses de personnels, le patron de l’AP-HP a convenu ne pas être en mesure de « créer des emplois quand [il le] veut ». « Parfois, on est même obligé d’en supprimer, mais c’est plus souvent à la tête du CHU, dont je suis d’ailleurs en train de réduire le siège, que sur le terrain », a-t-il tempéré.

La « nouvelle AP-HP » est fondée sur la suppression des 110 pôles, remplacés par 80 à 100 départements médico-universitaires (DMU) supra-hospitaliers et à la dimension universitaire plus forte. L’enjeu est de mieux structurer les filières de soins. Des groupes de travail ont été lancés. L’AP-HP devrait être en mesure de concrétiser ce nouveau projet fin 2019.