L’hôpital

Lequotidiendumedecin.fr : Samu-Urgences de France va recenser les « morts inattendues »

hier, par infosecusanté

Lequotidiendumedecin.fr : Samu-Urgences de France va recenser les « morts inattendues »

PAR VÉRONIQUE HUNSINGER - PUBLIÉ LE 01/12/2022

Quand il était encore leader syndical, François Braun avait lancé, en 2018, le « No Bed Challenge », une initiative de Samu-Urgences de France (SUdF) ayant vocation à documenter les difficultés des services hospitaliers à trouver des lits d’aval à leurs patients. Quatre ans plus tard, son successeur, le Dr Marc Noizet, annonce le lancement d’un recueil sur un autre registre, le « no dead », qui débutera le 1er décembre. « À l’image d’un calendrier, nous allons recenser tous les jours dans toutes les structures d’urgences les morts inattendues », indique SUdF.

Cette initiative fait suite à plusieurs décès dans des services d’urgences dans des conditions de prise en charge dégradées. En septembre, au CHU de Strasbourg, un patient de 81 ans est mort après une vingtaine d’heures sur un brancard. « Avec la fermeture de très nombreux lits dans nos établissements, le capacitaire hospitalier est exsangue, dénonce SUdF. Le cri des urgentistes face à cette problématique de gestion des hospitalisations post-urgence est devenu inaudible, tant le système se fragilise de partout. Les établissements ne parviennent plus à mobiliser de nouvelles ressources pour répondre à ces difficultés d’aval des urgences, étant dans un conflit paradoxal entre activité programmée, déficit financier, incapacité d’ouverture de nouveaux lits et encombrement des SAU ».

Concrètement, seront recencés les cas de patients retrouvés décédés au SAU alors qu’ils étaient en attente de soins ou d’hospitalisation et sans que le décès soit prévisible ; les décès constatés au SAU ou en Unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) consécutifs à une attente prolongée et liés à une complication, faute d’une surveillance rapprochée ou de soins appropriés dans le service de spécialité (sepsis grave, état de choc, hémorragie intra-cérébrale...) ainsi que les patients décédés en pré-hospitalier sans qu’un Smur n’ait pu être engagé. La déclaration quotidienne se fera sur le site NBC.

Premier motif de pénibilité

La présence de patients en attente sur des brancards dans les couloirs des urgences est même, selon le syndicat, « le premier motif de pénibilité de l’exercice » dans ces services en tension mais surtout une « cause curable de surmortalité des malades » pris en charge. « On laisse les urgentistes répondre seuls là où tous les autres ont fermé la porte », proteste SUdF.

Destiné à frapper les esprits, ce nouvel « indicateur de dangerosité » vise à une « prise de conscience de la nécessité d’une action profonde au sein de nos établissements ». « Malgré l’espoir suscité par la mission flash, la situation ne s’est pas améliorée », recadre l’organisation présidée par l’urgentiste mulhousien.

Dans son rapport d’évaluation des mesures estivales issues de la mission flash de François Braun, rendu public lundi, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) recommande « l’établissement de protocoles de gestion des lits adaptés à la réalité des territoires, avec l’objectif clairement affiché de "zéro brancard" pour les patients en attente ». La mission flash préconisait à la fois la mise en place d’une gestion territoriale des lits d’aval sous la responsabilité de l’ARS et l’instauration obligatoire de gestionnaires de lits – ou bed managers – dans tous les établissements de santé sièges de services d’urgence. Mais « les outils de bed management n’ont d’utilité que s’il existe un nombre suffisant de lits disponibles chaque jour », glissent les auteurs du rapport de l’Igas.