Le droit à la santé

Lequotidiendumedecin.fr : « Tout le monde a le droit d’être soigné » : l’AME en question entre médecins et politiques

il y a 1 mois, par infosecusanté

« Tout le monde a le droit d’être soigné » : l’AME en question entre médecins et politiques

Par Marie Foult

Publié le 23/09/2019

L’aide médicale d’État (AME) n’a pas fini de faire parler d’elle. Régulièrement pris à partie par la droite et l’extrême-droite, le dispositif semble cette fois être dans le viseur de l’exécutif, qui souhaite le réformer. Une mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’inspection générale des finances (IGF) lui est actuellement consacrée, et elle devrait être au cœur des débats sur la politique migratoire à l’Assemblée nationale, qui débuteront lundi 30 septembre.

En attendant, soutiens et détracteurs de l’AME – qui bénéficie à 300 000 personnes, pour un coût moyen de 943 millions d’euros par an – multiplient les déclarations. Dans le « Journal du Dimanche », Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, s’est ainsi déclarée le 22 septembre favorable à une « restriction » de l’AME au seul panier de soins nécessaires.

En guise de riposte, toujours dans le « JDD », 805 médecins et professionnels de santé ont signé une tribune appelant à préserver l’AME. Parmi les signataires, on retrouve le Dr Hélène Colombani, présidente de la Fédération nationale des centres de santé (FNCS), le Pr André Grimaldi, ancien chef de service en diabétologie à la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique – hôpitaux de Paris), le Pr Alfred Spira, membre de l’Académie de médecine, le Dr Laure Dominjon, généraliste et présidente du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR) et le Dr Baptiste Beaulieu, généraliste à Toulouse et auteur de plusieurs romans. Selon eux, « tout le monde a le droit d’être soigné ».

« Des restrictions seraient à la fois dangereuses pour la santé publique, la santé des personnes très précaires, contraires à la déontologie médicale, et ­néfastes pour notre système de santé », estiment les auteurs de la tribune. Outre un envoi de message « très négatif » sur la prise en charge des plus précaires, une restriction de l’AME entraînerait aussi « une nouvelle charge de travail intenable pour les urgences hospitalières », vers qui les patients se reporteraient « inévitablement et plus tardivement », indiquent-ils.

« Fantasmes »
Le même jour, la ministre de la Santé Agnès Buzyn est également montée au créneau lors du Grand jury RTL/Le Figaro/LCI pour défendre l’AME, un sujet qui suscite des « fantasmes » selon elle. « J’ai toujours défendu l’AME pour qu’elle ne se restreigne pas uniquement à l’urgence, c’est très important de soigner les gens tôt, au bon moment, pour éviter des dégradations de leur état de santé qui entraîneraient des coûts supplémentaires pour la collectivité », a souligné la ministre.
Le patron de LREM, Stanislas Guerini, avait évoqué de possibles « abus », « par exemple pour financer des prothèses mammaires ». « Il n’y a aucun soin esthétique dans l’AME, ni de soins dentaires, a rétorqué Agnès Buzyn. [...] On peut regarder s’il y a des actes qui ne sont pas nécessaires. Cependant, je suis médecin, je sais exactement ce qu’il est important de préserver. »

Sur RMC ce lundi matin, le délégué général du parti présidentiel est revenu sur le sujet, indiquant qu’il fallait « en préserver absolument le principe », tout en ouvrant la porte à « une éventuelle réforme si des abus sont découverts ». « Personne ne comprendrait qu’on regarde un système social, qui concerne les migrants ou pas, et qu’on ne regarde pas s’il y a des abus », a-t-il conclu.
Une opinion qui n’est pas partagée par tous les membres du parti. 35 députés, pour la plupart de la majorité, ont publié jeudi dernier une lettre ouverte dans « L’Opinion », adressée au premier ministre et au ministre de l’Intérieur pour leur demander « de ne pas toucher » à l’aide médicale d’État.