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Lequotidiendumedecin.fr : Variole du singe : 33 cas confirmés en France, une dizaine de vaccinations effectuées

il y a 1 mois, par infosecusanté

Lequotidiendumedecin.fr : Variole du singe : 33 cas confirmés en France, une dizaine de vaccinations effectuées

PAR DAMIEN COULOMB -

PUBLIÉ LE 02/06/2022

À la date du 1er juin, Santé publique France dénombrait 33 cas confirmés de variole du singe, dont 24 en Île-de-France, 2 en Auvergne Rhône-Alpes, 1 en Hauts-de-France, 1 en Centre-Val de Loire, 4 en Occitanie et 1 cas en Normandie. Les cas sont majoritairement observés chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) multipartenaires.

Ces données sont concordantes avec ce qui est observé dans d’autres pays européens et en Amérique du Nord. Cette épidémie présente des caractéristiques distinctes de ce qui était observé jusque-là en Afrique. « Ce n’est pas une infection sexuellement transmissible mais, épidémiologiquement, elle en a les caractéristiques puisqu’elle se transmet actuellement par contact avec les lésions cutanées, explique le Pr Xavier Lescure, du service maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat-Claude Bernard (AP-HP). Il y a dans les cas occidentaux une surreprésentation des lésions génitales et anales du fait de ce mode de transmission inédit. »

La transmission exclusivement interhumaine est une nouveauté, comme le confirme Steve Ahuka-Mundeke, chef du département de virologie à l’Institut national de recherche biomédicale (République démocratique du Congo) : « En RDC, environ deux tiers des transmissions sont zoonotiques, rappelle-t-il. Les cas occidentaux, plus nombreux, sont moins sévères. Cela n’est peut-être pas lié à une moindre virulence, mais à la population : chez nous, les crises alimentaires, l’isolement des communautés et les conflits armés rendent les populations plus vulnérables. Nous avons des cas graves et même des décès, mais il y a en général un contexte de surinfections bactériennes qui auraient été sans doute mieux prises en charge dans un pays comme la France. »

Premières vaccinations en France

En France, les premières vaccinations ont commencé vendredi 27 mai. « Moins d’une dizaine de patients ont été vaccinés à Paris et à Bordeaux », indique le Pr Lescure. Il s’agit d’un vaccin de 3e génération MVA utilisable selon un schéma à 2 injections espacées d’un mois. Pour la Pr Brigitte Autran, du Centre de recherche en immunologie et maladies infectieuses de Paris (Cimi-Paris), ce vaccin présente le gros avantage d’avoir un profil de sécurité bien connu : « Il avait été utilisé lors des grandes campagnes de vaccination contre la variole en Allemagne dans les années 60, puis dans les années 80 ou 90 comme candidat vaccin contre le paludisme, le VIH et la tuberculose, se souvient-elle. On se servait alors du MVA comme vecteur. » La France dispose de stocks acquis par le ministère de la Défense dans le cadre de la lutte contre le bioterrorisme.

La gravité de la variole du singe ne justifie pas de vaccination prophylactique. En revanche, le vaccin sera utilisé en prévention post-exposition, 4 à 5 jours après le contact, pour empêcher l’expression des vésicules qui sont l’élément de contamination. « Nous allons monter une cohorte de cas contacts pour comparer le risque de contamination de patients exposés vaccinés et non vaccinés », ajoute la Pr Autran.

Une cohorte pour les traitements

La maladie peut engendrer des formes graves, avec des séquelles dysesthétiques, c’est pourquoi il est important de disposer d’un traitement efficace. Et dans ce domaine, c’est le técovirimat qui tient la corde.

Cet antiviral inhibe la phase terminale de la réplication virale : l’enveloppement (juste avant la sortie du virus de la cellule infectée). Son spectre d’action très large sur les Poxviridae inclut la variole du singe. Il est indiqué chez les adultes et les enfants à partir de 13 kg. « En deuxième intention nous avons le brincidofovir, puis les immunoglobulines », complète le Pr Lescure qui va participer à la mise en place d’une cohorte observationnelle internationale avec les chercheurs de l’université d’Oxford autour de la question des traitements, et en particulier du técovirimat qui sera donné à tous les patients.

Comme les vaccins MVA, le técovirimat a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le cadre de la lutte contre le bioterrorisme. « Cette molécule étant déjà autorisée, il n’est pas évident de faire des études cliniques bien que l’on dispose de très peu de données chez l’homme : moins d’un millier en a reçu à ce jour, précise le Pr Lescure. Mais on va pouvoir mener des études à l’intérieur de cette cohorte sur l’histoire naturelle de la maladie et en proposant d’autres traitements. »

Source : lequotidiendumedecin.fr