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Les Echos - Covid : Quatre questions sur l’adaptation des vaccins au variant Omicron

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

DÉCRYPTAGE

L’émergence de ce variant préoccupant pousse les laboratoires pharmaceutiques à replancher sur la composition de leurs vaccins anti-Covid. Contraintes, délais… Voici ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas encore, sur ces vaccins de deuxième génération.

Par Neïla Beyler

Publié le 10 déc. 2021

Depuis l’émergence des premiers cas d’Omicron en Afrique du Sud il y a deux semaines, scientifiques, gouvernements et laboratoires préparent leurs ripostes.

Selon l’OMS, ce nouveau variant semble avoir un taux de réinfection plus élevé, mais provoquer des symptômes moins sévères. Pfizer et BioNTech ont de leur côté insisté sur l’efficacité de leur vaccin actuel contre le variant Omicron, mais sans préciser la durée de cette éventuelle protection. Ils planchent donc malgré tout sur une version « 2.0 » de leur vaccin anti-Covid. Moderna, Johnson & Johnson et AstraZeneca ont annoncé en faire de même - ces deux derniers n’étant plus utilisés en France. Voici les questions que suscitent ces nouveaux sérums tant attendus.

1. Pourquoi les vaccins doivent-ils être mis à jour ?
Lorsqu’un virus mute de façon significative, au point où les anticorps générés par le vaccin originel ne sont plus capables de reconnaître et de lutter contre un variant, il faut revoir la composition du sérum en question. Dans le cas qui nous occupe, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que la lignée B.1.1.529 du SARS-CoV-2, que l’on pense être apparue en Afrique australe, est désignée comme un variant préoccupant (VoC, pour variant of concern).

Le variant Omicron contient de nombreuses mutations de la protéine Spike, présente à la surface du coronavirus. Ces mutations empêcheraient certains anticorps - mais probablement pas tous - induits par les vaccins actuels de se fixer dessus. Si c’est le cas, les vaccins pourraient s’avérer moins efficaces en termes de transmission et de protection contre une infection.

Pour rappel, la protéine Spike est la clé qui permet au SARS-CoV‑2 de pénétrer dans les organismes pour se fixer aux cellules. La plateforme vaccinale à base d’ARNm consiste à porter à l’intérieur des cellules le code génétique (le message, d’où son nom de « messager ») de cette protéine présente à la surface du coronavirus. Charge ensuite à ces cellules de produire les protéines virales capables de déclencher une bonne réponse immunitaire.

2. En quoi les vaccins seraient-ils différents ?
Les vaccins ARNm existants, comme ceux fabriqués par Moderna ou Pfizer, sont programmés en fonction de la protéine Spike de la souche originelle du coronavirus. Dans le cadre d’un nouveau vaccin, ou d’un vaccin actualisé, l’ARNm serait reprogrammé en fonction de la protéine Spike d’Omicron.

En remplaçant le code génétique de la protéine Spike originelle par celui du nouveau variant, un vaccin revisité induirait des anticorps se fixant plus efficacement au virus Omicron pour l’empêcher d’infecter les cellules. Les personnes déjà vaccinées , ou ayant contracté le Covid, n’auraient probablement besoin que d’une seule dose de rappel d’un nouveau vaccin pour être protégées non seulement de la nouvelle souche, mais aussi des autres souches qui pourraient encore être en circulation.

3. Comment les scientifiques mettent-ils à jour les vaccins ?
Pour mettre à jour un vaccin à ARNm, il faut deux ingrédients : la séquence génétique de la protéine Spike du nouveau variant, et un modèle d’ARNm porteur du message protecteur. En l’occurrence, les chercheurs ont déjà trouvé le code génétique de la protéine Spike d’Omicron, reste à trouver la bonne formulation avant de passer à la fabrication.

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« C’est un processus relativement rapide, c’est d’ailleurs le gros avantage de la technologie à ARNmessager », avance Océane Sorel, docteure en virologie. « Le transporteur reste le même, seul le contenu de l’ARNm change. Sur le principe, cela ressemble à la stratégie vaccinale contre la grippe, avec chaque année un vaccin qui s’adapte », explique celle qui est aussi créatrice du compte Instagram de vulgarisation scientifique « The French Virologist »

4. Combien de temps faudra-t-il pour qu’un nouveau vaccin ne soit prêt ?
Mercredi 8 décembre, Pfizer et BioNTech ont indiqué déjà travailler au « développement d’un vaccin spécifique » au variant Omicron, qui pourrait être disponible dès « mars 2022 » , ce qui suggère une disponibilité avant l’été. Début décembre, le président du laboratoire américain Moderna , Stephen Hoge, avait aussi indiqué qu’un « programme et des travaux » étaient déjà en cours pour adapter leur vaccin à ce nouveau variant.

DECRYPTAGE
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A l’heure actuelle, on ne connaît pas encore la quantité d’essais cliniques nécessaires pour obtenir le feu vert des autorités de régulation (l’EMA en Europe, la FDA aux Etats-Unis ) à la mise sur le marché d’un vaccin anti-Covid « 2.0 ». On sait que la formule sera similaire, car seule la séquence génétique codée par l’ARN est modifiée. Pour ces raisons, les essais cliniques pourraient ne pas être aussi poussés que pour les vaccins anti-Covid de première génération. « On avance en temps réel », rappelle Océane Sorel, « personne ne peut lire l’avenir dans une boule de cristal mais pour le variant Omicron, les laboratoires ont un temps d’avance ; alors s’il devient majoritaire, ce qu’il n’est pas actuellement, et s’il s’avère que les vaccins actuels ne protègent plus suffisamment, nous aurons gagné quelques mois dans la stratégie vaccinale ».

Neïla Beyler