Environnement et facteurs dégradant la santé

Les Echos - L’alimentation, cette tueuse de masse

il y a 6 jours, par Info santé sécu social

Un décès sur cinq dans le monde serait imputable à une mauvaise alimentation, que celle-ci soit carencée ou au contraire trop « riche », selon une étude de grande ampleur parue dans « The Lancet ».

Par Yann VERDO
Publié le 06/04

Le temps est-il proche où les géants de l’industrie agroalimentaire vont remplacer les compagnies cigarettières et les fabricants d’armes en tête de la liste noire des principaux malfaiteurs de l’humanité ? On pourrait le penser, à la lecture d’ une étude récente publiée dans « The Lancet » . Signée entre autres du directeur de l’Institut de métrologie et d’évaluation de la santé (IHME, université de Washington), un organisme financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, cette enquête statistique d’une ampleur sans précédent a évalué, dans 195 pays, les conséquences sanitaires d’une alimentation déséquilibrée, qu’elle soit carencée ou au contraire trop « riche ».

Les résultats sont édifiants. Chaque année dans le monde, ce ne sont pas moins de 11 millions de décès, soit un cinquième des 57 millions de morts annuelles, qui seraient directement imputables à une mauvaise alimentation. Une proportion énorme, à rapprocher d’autres chiffres. Le tabac, responsable de 6 millions de morts par an, voit ainsi sa part s’établir à 10 %, moitié moins que la mauvaise alimentation. L’alcool (4,4 %), les accidents de la route (2,1 %), le suicide (1,6 %), la violence (1 %), les guerres (0,3 %) arrivent loin derrière au classement des principaux fléaux.

EXCÈS DE SEL
Si les carences en céréales complètes et en fruits font, respectivement, 3 et 2 millions de morts, une bonne partie des 11 millions de décès annuels pointés par l’étude sont au contraire dus à des excès. Lanterne rouge : le sodium. L’excès de sel causerait à lui seul 3 millions de morts par an. Boissons sucrées et viandes transformées sont également surconsommées. Selon les Nations unies, près de deux milliards de personnes dans le monde seraient ainsi « suralimentées », tandis qu’un milliard souffriraient de malnutrition. Parmi ce dernier milliard, un rapport publié deux jours avant l’étude du « Lancet » par plusieurs agences de l’Onu est venu cruellement rappeler que plus de 113 millions de personnes, dans 53 pays, étaient actuellement au bord de la famine.

On sait que la malnutrition ne va pas aller en diminuant avec le réchauffement climatique. Ironie du sort : en plus d’être responsable de la pandémie d’obésité qui sévit dans tant de pays riches ou en passe de le devenir, le système alimentaire mondial génère à lui seul, selon un autre rapport paru fin janvier, quelque 25 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre…

Yann Verdo (Journaliste scientifique aux « Echos »)