Les retraites

Les Echos - Métiers pénibles : le Medef fait monter la pression

il y a 21 heures, par Info santé sécu social

Les partenaires sociaux rencontreront jeudi à Matignon le Premier ministre sur la réforme des retraites, qui portera notamment sur la pénibilité.

La pénibilité ne sera pas le seul sujet évoqué jeudi matin, lors du rendez-vous des partenaires sociaux à Matignon avec le Premier ministre sur la réforme des retraites. Mais c’est sur cette question que va se concentrer l’attention. C’est en effet l’une des revendications majeures de la CFDT. Et donc pour l’exécutif une monnaie d’échange dans le bras de fer engagé avec le syndicat de Laurent Berger.

Il n’est cependant pas question que Matignon dévoile dès à présent toutes ses intentions en la matière. Le congé de reconversion que le gouvernement veut créer pourrait être précisé, mais pas l’éventuel volet réparation via des départs anticipés en retraite en cas de pénibilité. Tactiquement, le gouvernement n’a pas intérêt à abattre ses cartes indépendamment de la discussion ouverte dans le cadre de la conférence de financement (et des mesures d’âge qui seront nécessaires).

Un financement « solidaire »
On sait déjà que le syndicat de Laurent Berger n’obtiendra pas la réintégration dans le compte pénibilité des quatre critères (dont le port de charges lourdes, les postures pénibles, etc.) qu’Emmanuel Macron avait retirés l’année de son élection. La CFDT en a fait son deuil et a accepté la mise en place d’un dispositif collectif. Le gouvernement s’oriente vers la définition au niveau des branches de métiers reconnus comme pénibles qui donneront droit, à partir d’un certain nombre d’années d’exercice, à des dispositifs de reconversion ou d’aménagement de carrière, et sans doute à un départ anticipé à la retraite (ou à une annulation de la décote liée à l’âge pivot).

Mais ce n’est pas vraiment du goût du Medef, dont on constate, du côté de l’exécutif, qu’il se raidit. « C’est très simple, on recrée les régimes spéciaux [de retraite] dans le privé », « je [n’y] suis pas favorable », a affirmé lundi son président, Geoffroy Roux de Bézieux, sur France Info, jugeant qu’il « n’y aurait (dès lors) aucune incitation à améliorer la prévention ». Il a taclé au passage la centrale de Laurent Berger : « La CFDT veut ce régime universel à points que nous on ne demandait pas, elle veut améliorer [la prise en compte de] la pénibilité, mais […] il n’y a pas de contreparties ». Sur le dossier, le patronat ne parle cependant pas d’une seule voix, car la CPME et l’U2P portent, eux, un regard plus bienveillant sur la perspective d’une pénibilité de métier définie par les branches. « On peut reconnaître qu’il y a un certain nombre de métiers qui peuvent avoir physiquement une incidence sur la santé des hommes et des femmes qui l’exercent, y compris pour les travailleurs indépendants », estime Alain Griset, le président de l’U2P (artisans et professions libérales).

« Certains métiers sont plus exposés que d’autres, si on ne le prend pas en compte, on risque de créer, de fait, un nouveau régime de retraite qui s’appellera l’inaptitude », souligne le président de la CPME, François Asselin.

Mais pas question que les entreprises concernées paient, et c’est là que le bât blesse. Tous deux réclament un financement « solidaire ».

Le gouvernement s’orienterait vers un double dispositif : une majeure partie du financement assuré par la solidarité complétée par une surcotisation dans les branches concernées, selon une source patronale. Un partage 70 % -30 % est évoqué.

par Leïla De Comarmond