Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - « Antimasques » : la défiance se propage

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Par Fanny Guyomard — 3 août 2020

Des Etats-Unis à la France, les détracteurs du port du masque multiplient les théories complotistes.

Les masques sont dangereux pour la santé, voire abritent des puces électroniques pour surveiller la population, un traçage rendu plus performant par la 5G dont les ondes rendraient plus vulnérables au Covid, lequel, de toute façon, ne circule presque plus, ce qui rend le masque inutile… Voilà un aperçu des idées qui circulent sur les réseaux sociaux dès qu’un Etat américain impose le port du masque pour tenter d’endiguer la propagation du coronavirus.

Mais pas besoin d’adhérer à l’ensemble de ces thèses pour se dire « antimasque ». Certains, aux Etats-Unis, agissent principalement au nom de la Constitution qui garantit la liberté individuelle, invoquent aussi celle de respirer, parce que c’est un « don de Dieu »… D’autres dénoncent la « propagande » de l’Etat et des médias « à la botte de milliardaires », ou soutiennent le président Trump, qui a d’abord refusé d’en porter, contrairement à son concurrent démocrate, Joe Biden, avant de faire machine arrière tout récemment. Le masque s’est mué en objet idéologique, qui va bien au-delà du virus.

« Mesure inutile »
Ces dernières semaines, aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre ou encore en Allemagne, des « anti » ont même défilé dans la rue masque barré ou troué. En France, la première manifestation groupée pourrait avoir lieu incessamment : sur un groupe Facebook, un internaute propose une « première journée sans masque » le 8 août.

Pour l’heure, ce sont surtout des agressions isolées qui ont été enregistrées, notamment contre des employés de transports en commun. A Bayonne, le 5 juillet, un chauffeur de car a été battu à mort par des jeunes à qui il demandait de présenter leur ticket et de mettre un masque, obligatoire dans les bus, les métros ou les trains.

Mais c’est avant tout sur Internet que les « antimasques » s’expriment. Une fois qu’ils sont suffisamment nombreux et organisés, ils proposent des actions groupées. Le groupe Facebook « Contre le port obligatoire du masque au Québec » créé le 13 juillet, rassemble plus de 23 000 personnes, entre membres convaincus et simples curieux. Un autre, « Unmasking America », en comptait plus de 9 000 mais a été fermé fin juillet par le réseau social au motif de diffusion de fake news sur le Covid. Le groupe français « Anti-masque obligatoire », créé en mai « pour tous ceux qui sont contre cette mesure inutile et liberticide », compte pour sa part 3 600 membres, et annonce de « futures actions locales ». Quant aux 6 800 adhérents du groupe belge « Accrochez-vous, ça bouge », ils échangent sur toutes sortes de sujets polémiques, de l’efficacité de la chloroquine contre le Covid au déploiement controversé de la 5G.

Un internaute dit se placer dans la lignée des droits de l’homme et de Martin Luther King. Un autre poste une image d’Anonymous, emblème du cyberactivisme, et des chiffres qui répartissent la population entre les « 1 % qui contrôlent le monde », « 90 % d’endormis » et « 5 % qui savent et essaient de réveiller les 90 %». Plus loin, un troisième s’insurge contre les amalgames entre ceux qui doutent de l’intérêt du masque et ceux qui croient que la Terre est plate. Parfois aussi, des internautes s’interrogent sincèrement : « Quelqu’un peut me dire comment bien suivre les recommandations du gouvernement en salle de sport, quand la transpiration rend l’intérieur du filtre humide ou quand on est censé le changer dès qu’on l’enlève pour boire ? »

L’exécutif français en prend pour son grade, et dans son sillage les études sanitaires et scientifiques sur lesquelles il s’appuie. Mais les antimasques ne sont pas foncièrement « antiscience » : certains brandissent des études en surlignant les passages où elles nuancent l’efficacité du port du masque… sans préciser que le même rapport recommande son usage. Dans le même registre, une utilisatrice de Twitter dégaine une photo des instructions qui figurent sur une boîte : « Si les masques sont mal utilisés, mal ajustés, trop minces et pas lavés, ils ne fonctionnent pas », peut-on lire. Conclusion hâtive de l’« anti » : « Les emballages sont formels, le masque chirurgical ordinaire ne vous protège pas contre le virus. »

Un dénominateur commun relie ces révoltes : le doute avec pour corollaire la défiance. Et souvent, l’antimasque est anti beaucoup de choses, à commencer par être anticonfinement, antivaccin. Johan Livernette, auteur d’Une loge maçonnique dirige le Vatican et de la Franc-maçonnerie, 300 ans d’imposture, est l’une des voix des antimasques. Cette figure du complotisme, qui se définit comme « écrivain français catholique », a publié récemment un article sur Reseauinternational.net, rubrique « Mensonges et manipulation », intitulé « La dictature du masque sert les intérêts du vaccin ». « Depuis le début de cette crise, tout converge vers la vaccination, avance-t-il. Car ce qui est testé aujourd’hui avec le masque s’appliquera demain avec le vaccin. En gros, mieux vaut être masqué que confiné et pour en finir avec cette crise, faites-vous vacciner. » Plus loin, les gouvernements sont présentés « aux ordres des cartels (bancaire, pharmaceutique…) ».

On retrouve ce thème de la machination orchestrée par les grandes firmes pharmaceutiques sous la plume d’Alain Soral, idéologue d’extrême droite et fondateur de l’association antisémite « Egalité et Réconciliation ». Pour lui, le bien serait du côté des antimasques, des « résistants », le mal du côté d’une certaine « chaîne franco-israélienne socialo-sioniste néolibérale » et « collabo », servant les intérêts des réseaux mondialistes liés au Big Pharma.

Figures antimasques
Aux « anti » répondent les « promasques », qui défendent leurs idées sur le même terrain - Facebook. C’est par exemple le groupe « Pour le port de masque pour tous !!!! » lancé par une infirmière libérale française. Les promasques ont aussi leurs grandes figures, comme l’astrophysicien Aurélien Barrau dont un post qui répond point par point aux « rebelles » a été aimé 23 000 fois et partagé par 28 000 personnes. Parmi ses arguments : « Masquer la population ne fait pas les affaires de l’Etat : rien ne fait plus peur à une société de contrôle que des citoyens non identifiables ! », « Que le virus soit plus petit que les mailles du masque ne dit évidemment pas que ces derniers ne servent à rien : les gouttelettes qui portent une bonne partie des agents pathogènes sont arrêtées », ou encore « Oui, nous pouvons - et c’est mon cas ! - avoir de nombreux griefs contre ce gouvernement et sa politique. Et alors ? En quoi cela nous autorise-t-il à mettre en danger la vie des plus fragiles ? Nous "entretuer" fragiliserait-il le pouvoir en place ? » A côté de ça, toujours sur Facebook, une entreprise en profite pour vendre des formations de gestion de crise…