Le chômage

Libération - Assurance chômage : à un an de la présidentielle, un projet devenu boulet

21 mai, par Info santé sécu social

Analyse

L’exécutif s’entête à vouloir réaliser sa réforme pour lutter contre le recours aux contrats courts, quitte à pénaliser les plus précaires.

La promesse figurait noir sur blanc dans le programme du candidat Macron en 2017 : « Nous créerons un bonus-malus sur l’assurance chômage. » Quatre ans plus tard, l’exécutif s’accroche coûte que coûte à son projet devenu maudit. Car à l’idée – plutôt bien accueillie par les syndicats – d’alourdir les cotisations sociales des entreprises abusant de contrats courts a été ajoutée une autre, bien plus explosive : revoir les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi, et notamment des « permittents » qui alternent CDD et périodes de chômage. Un objectif très symbolique en période préélectorale, sur lequel la majorité ne veut pas reculer. « Sinon, on acte qu’on ne fait plus aucune réforme, défend Thomas Mesnier, rapporteur général LREM de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale. Or, nous sommes attendus sur notre capacité à continuer les transformations malgré tout. Cela fait partie de notre ADN depuis 2017 et doit rester notre boussole. »

L’équilibre des comptes sociaux est un marqueur pour les macronistes. « La permittence coûte 2 milliards d’euros chaque année au système. Certaines entreprises gèrent leur flexibilité sur le dos de l’assurance chômage en abusant des contrats courts de quelques jours ou quelques heures », insiste-t-on au ministère du Travail. Tout en « partageant cette philosophie », l’aile gauche de la macronie tique sur « le timing » d’une réforme qui revoit le mode d’indemnisation des chômeurs en pleine crise sanitaire. « On fait le quoi qu’il en coûte pour les prêts garantis par l’Etat, pour le fonds de solidarité, mais pas pour les plus précaires ? s’alarme le député LREM Jacques Maire. Tout cela dans un contexte de contentieux avec les partenaires sociaux ? Or, on a besoin d’eux pour mener d’autres réformes comme les retraites ou l’autonomie. » Maire et ses camarades du mouvement En commun ont écrit à la ministre du Travail pour lui faire part de leurs réserves. « Avec cette réforme, on peut perdre l’image de la gestion sociale de la crise sanitaire que l’on a construite depuis un an », s’inquiète-t-il.

« Paris-Bruxelles »
Pire, l’ex-ministre du Travail Muriel Pénicaud a elle-même sous-entendu que la copie de l’exécutif n’allait pas. « Il faut continuer à discuter car il faut vraiment qu’une réforme de l’assurance chômage soit adaptée à un contexte », a-t-elle dit sur RTL jeudi. En mars, son ancien directeur de cabinet avait déjà dézingué le décret dans une interview au Monde, pointant le « lourd sentiment d’injustice » que pourraient ressentir les demandeurs d’emploi. Venant d’Antoine Foucher, un ancien collaborateur du Medef, la pique a irrité en haut lieu. « Il critique cette réforme alors que celle qu’il portait en 2019 était bien pire ! » s’agace un conseiller de l’exécutif. L’entourage d’Elisabeth Borne balaie les critiques en insistant sur les « clauses de retour à meilleure fortune » que la ministre a insérées dans son nouveau décret : les nouvelles règles d’éligibilité à l’indemnisation n’entreront en vigueur que lorsque le taux de chômage reculera significativement.

Durcir les règles pour les demandeurs d’emploi n’est-il pas aussi un moyen d’adresser un nouveau clin d’œil à l’électorat conservateur ? « C’est attendu par une partie de nos concitoyens », reconnaît un ministre venu de la droite. « Bercy n’en a rien à foutre de parler à la droite là-dessus, diverge un député LREM. En réalité, c’est un sujet Paris-Bruxelles. » Donc continuer à donner des gages sur la capacité de la France à mener des réformes structurelles et ne pas entamer en mauvaise posture la présidence de l’Union européenne en janvier.