La santé au travail. Les accidents de travail et maladies professionnelles

Libération - Au travail, une personne sur quatre victime d’un accident

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Par Amandine Cailhol — 15 novembre 2018 à 18:37

Selon une étude de l’Insee publiée jeudi, 26 % des travailleurs disent avoir été blessés dans le cadre de leur activité professionnelle. Un risque inégalement réparti qui touche davantage les ouvriers, les hommes et les salariés exposés à la pénibilité.

C’est un technicien, blessé, ce jeudi, après s’être retrouvé coincé sous une presse qu’il était en train de réparer dans une usine PSA en Moselle. Ce sont des accidents parfois mortels, comme celui qui a coûté la vie, il y a une semaine dans le Bordelais, à un homme employé de la construction, écrasé par trois tonnes de barres métalliques qui lui sont tombées dessus. C’est un salarié qui a eu le doigt coupé sur un site industriel en Picardie, il y a dix jours. Un gérant de société qui a reçu une cargaison de plusieurs kilos sur la tête en chargeant un camion. C’est cet autre accident grave, survenu en octobre dans une sucrerie dans le Loiret, au cours duquel un conducteur d’engin a été retrouvé inanimé sous une benne. Ce sont aussi ces lombalgies, notamment dans la construction, le transport ou encore le soin à la personne, qui représentent « 20 % des accidents au travail », selon la Caisse retraite et santé au travail.

Au total, l’an passé, l’assurance maladie a recensé 632 918 accidents au travail aux conséquences plus ou moins graves, en France. C’est un peu plus que l’an passé, avec une hausse de 1,1 %. Mais, rapporté au nombre de salariés qui est en hausse, cette sinistralité recule toutefois de 0,5 % sur un an (avec 33,4 accidents pour 1 000 salariés en 2017). Cette baisse est notamment palpable dans le BTP, qui enregistre une diminution « de plus de 3 %» de la fréquence des accidents, même si cette dernière reste très élevée (56,8 accidents pour 1 000 salariés). En revanche, la situation se dégrade dans les secteurs de l’aide à la personne et de l’intérim.

Les ouvriers 2,5 fois plus exposés que les cadres
« Une personne sur quatre a été blessée au travail au cours de sa carrière », alerte de son côté l’Insee, dans une note publiée ce jeudi. Dans le détail, en 2013 (derniers chiffres étudiés par l’organisme de statistiques), « sur l’ensemble de leur vie professionnelle, 26 % des personnes travaillant ou ayant travaillé se souviennent avoir eu au moins un accident au travail, hors accident de trajet, ayant entraîné une blessure ». Parmi les causes d’accident les plus fréquentes : les chutes (28 %), suivi des machines et outils (22 %) et de la manipulation d’une charge ou un effort excessif (17 %).

Sans grande surprise, les ouvriers courent plus de risques que la moyenne (le chiffre monte à 40 %). Ils sont surtout 2,5 fois plus exposés que les cadres (16 %). Entre les deux se situent les employés (22 %) et les professions intermédiaires (25 %). Le risque d’accident varie aussi selon le secteur d’activité : « les travailleurs de la construction (42 %), et dans une moindre mesure ceux du transport (34 %), de l’agriculture (32 %) et de l’industrie (31 %), ont plus souvent eu des accidents », précise l’Insee. Dans les services financiers, elle n’est que de 13 %. En partie en raison de la répartition genrée des métiers, les hommes subissent deux fois plus souvent que les femmes des accidents au travail (35 %).

Situations de travail accidentogènes
Autre inégalité, les personnes exposées à la pénibilité subissent plus souvent de tels accidents. Concrètement, quand les conditions de travail sont difficiles, le risque d’accident est plus grand. Ainsi, alors que 18 % des personnes ont été blessées dans un accident au travail dans leur emploi le plus récent, cette part grimpe à 28 % pour les personnes qui travaillent dans des postures pénibles ou effectuent des mouvements fatigants. Elle est même de 38 % pour les personnes exposées à de fortes vibrations. De 31 % pour celles travaillant en contact avec des produits chimiques. Et 30 % pour celles amenées à manipuler des charges lourdes.

Des situations de travail accidentogènes connues – la manutention manuelle de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux – qui ont pourtant, sous couvert de simplification, été exclues du compte professionnel de prévention en 2017. Résultat : les employés exposés à ces risques, ainsi privés de la possibilité de cumuler des points « pénibilité » dans leur compte, ne peuvent bénéficier d’un départ anticipé à la retraite. Sauf s’ils déclarent une maladie professionnelle et une incapacité supérieure à 10 %. Mais on est alors face à une logique de la réparation, et non plus de la prévention, un mot d’ordre pourtant cher à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui promet un projet de loi sur la santé au travail au printemps ou à l’été 2019. Un chantier qui, à l’instar de la réforme des retraites, pourrait permettre de « rouvrir le débat sur la pénibilité », comme le souhaite la CFDT.

Amandine Cailhol